L’événement majeur de l’automne

Depuis fort longtemps, la plupart des pays ont fait leur nid concernant l’enseignement moral et religieux. Plusieurs, ayant pourtant la laïcité dans leurs attributs, offrent ces cours dans leurs écoles.

Au Québec, il faut tourner la page sur 400 ans d’histoire. On ne peut passer sous silence, ce grand virage imposé par le gouvernement. À partir de l’automne, les cours d’enseignement moral et religieux seront donc remplacés par des cours en Éthique et culture religieuse. Nous sommes loin de Marguerite Bourgeois qui, dès le début de la colonie, enseigna aux enfants des colons et des amérindiens.

Il faut dire que pendant des siècles, les autorités religieuses ont assumé l’éducation puisque le pouvoir civil laïque n’assumait cette importante responsabilité.

Ainsi, au fil du temps, des milliers de Québécoises, de Québécois, inspirés par leur foi, ont fondé des centaines d’écoles primaires et secondaires, des collèges classiques et professionnels à travers toute la province pour couronner le tout par la création d’universités. Après avoir courageusement et généreusement assumé ce rôle crucial de suppléance, quand vint les années ’60 et ’70, ils ont tout remis au gouvernement civil sur un plateau d’argent.

Puisque cette évolution implique la jeunesse, ne faut-il pas se demander :

Depuis quand une nation se construit, se modernise en rejetant ce qui a constitué son âme depuis sa fondation?

Jamais, dans toute l’histoire du Québec, nous avons vécu un changement aussi radical.  

Face à une telle situation, le plus important c’est de savoir que l’ÉDUCATION À L’INTÉRIORITÉ demeurera toujours possible dans le milieu scolaire. Nous faisons pleinement confiance au dévouement, au talent et à la créativité du personnel enseignant qui sait toujours mettre les jeunes au cœur de son action pédagogique.

La découverte de l’intériorité pour un jeune, 

c’est une descente en soi,
c'est l'éveil de sa conscience,
c'est l'apprivoisement du silence,
c'est l'apprentissage de la relecture des événements de sa vie,
c'est le dialogue avec lui même.

Miser sur les richesses intérieures des jeunes, tel est notre espoir.

Ci-dessous, le texte déjà paru sur le cours d’éthique et de culture religieuse.



Avec le nouveau programme d'éthique et de culture religieuse, n'y a-t-il pas lieu d'être pleinement confiant? 

Alors qu’en France, après deux siècles, la laïcité s’ouvre à l’enseignement du fait religieux (Rapport Stasi), au Québec, le gouvernement met en place un cours d’éthique et de culture religieuse qui entrera en vigueur à l’automne. Celui-ci concerne donc toute personne qui se préoccupe de l’éducation des jeunes et de leur vie spirituelle. Déjà, ceux et celles qui ont pris connaissance de ses fondements et de ses visées en reconnaissent le mérite et la valeur. 

 Les gouvernants affirment : « L’instauration d’un programme commun d’éthique et de culture religieuse pour tous les élèves du Québec prend racine dans la volonté du gouvernement de servir au mieux l’intérêt de tous : les élèves, les parents, le personnel scolaire et l’ensemble de la société. »
(Document : La mise en place d’un programme d’éthique et de culture religieuse – Orientation d’avenir pour tous les jeunes, Gouvernement du Québec, Ministère de l’Éducation, du loisir et des sports. 2005)

Les Québécois et les Québécoises ont donc toutes les raisons de miser sur les promesses de ce programme novateur. Il y a là assurément un grand espoir… mais il est fragile. Un optimisme béat n’arrangerait rien. Au contraire, en étant conscient des faiblesses, il sera possible de corriger le tir pour une parfaite réussite. Voici quelques points problématiques : 

PREMIÈREMENT, pour imposer ce programme, les gouvernants ont fait fi de la démocratie. Plutôt étrange de la part de personnes qui se réclament de la laïcité. Une majorité de parents ne souhaitaient-ils pas le maintien du choix entre l’enseignement moral et religieux? Selon la journaliste Katia Gagnon :

« Les Québécois, c’est manifeste, tiennent à ce que leurs enfants conservent une certaine culture religieuse. Ils veulent que leurs bambins sachent qui est Jésus, connaissent le message qu’il a transmis et réalisent à quel point la foi catholique a marqué l’histoire du Québec. »
( GAGNON, Katia, L’enseignement religieux que veulent les Québécois, art. La Presse du 6 mai 2005)

DEUXIÈMEMENT, dans l’élaboration du dit programme, il y a l’erreur d’avoir écarté les autorités religieuses des grandes traditions spirituelles : catholicisme, protestantisme (évêques), judaïsme (rabbins), bouddhisme (bonzes), islamisme (imams), spiritualité amérindienne (ainés). S’agit-il là d’un relent du laïcisme revanchard qui a des comptes à régler avec le religieux? La nouvelle laïcité se sent-elle trop facilement menacée? Sinon, pourquoi se priver de l’expérience et de la compétence de ces leaders? Avec eux, il y a un lien essentiel à tisser pour une collaboration féconde entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux. Chacune de ces autorités ne doivent-elles pas manifester le « vivre ensemble » qu’elles prêchent aux autres?

TROISIÈMEMENT, il y a le manque de temps pour former le personnel enseignant. Voilà ce qui peut mettre le plus en péril la réalisation de ce programme. Durant les dernières décennies, que de prometteuses réformes scolaires ont échoué parce qu’on n’avait pas accordé le temps nécessaire à la formation. De plus, la mise en place de ces cours va s’inscrire dans une réforme boiteuse et souvent contestée dont les jeunes servent de cobaye. C’est là la plus grande appréhension de nombreux observateurs de la vie scolaire. 

Ajoutez à cela le fait qu’il y aura seulement environ 37 heures de cours par année. Très difficile de susciter un intérêt soutenu chez les élèves et de leur faire croire que cette matière est importante. 

QUATRIÈMEMENT… Et que dire du déni de la pédagogie particulièrement au primaire en confrontant  l’enfant à une multitude de croyances. Bien sûr, dans les grandes villes, cet enfant est plongé dans la diversité religieuse. Mais ce jeune vit aussi dans un entourage où l’on parle espagnol, italien, anglais, arabe, allemand, etc. Faut-il pour autant lui faire apprendre toutes ces langues dès le début du primaire? 

CINQUIÈMEMENT : Où est l’urgence après quatre siècles? Pourquoi a-t-on fixé une si brève échéance? Et si c’était principalement, pour ne pas dire uniquement, pour des raisons politiques? Malheureusement, celles-ci l’emportent trop souvent sur le souci des jeunes. Pour l’avenir, ne faudrait-il pas dépolitiser l’éducation?

« Malheur à l’État (…) qui pourrait prendre, à lui tout seul, le monopole de l’enseignement! »
(FERRY, Jules, Discours devant l’Association philotechnique en 1882)

EN GUISE DE CONCLUSION… 

S’il y a tout lieu d’avoir pleinement confiance en ce programme et d’en relever ses défis, la vigilance est de mise.