Dans la vraie vie, méditer
donne-t-il des
résultats ?
La recherche
scientifique contemporaine s’intéresse à cette question
justement. Un film de
l’O.N.F. du Canada reprend à son compte divers résultats
des neurosciences
analysant les effets physiologiques de la pratique
méditative : Le cerveau mystique(1).
Les
recherches états-uniennes sont antérieures , mais toutes
confirment certains
résultats similaires. Et cela s’applique quelle que soit
l’approche méditative
de l’une ou l’autre des traditions religieuses concernées, y
compris aussi les
approches séculières de la méditation. D’ailleurs,
un certain nombre de
méditantes et méditants s’applique à cette
discipline pour des retombées
personnelles, étrangères aux fruits escomptés dans
un contexte spirituel ou
religieux.
Si
la méditation devient un outil efficace pour
gérer le stress,
renforcer la mémoire, retrouver une meilleure concentration, on
peut comprendre
l’intérêt grandissant de nombreuses personnes, surtout si
des confirmations
scientifiques abondent en ce sens. Il faut cependant être prudent
devant
certaines écoles de méditation qui semblent promettre mer
et monde à des
clients soucieux de résultats rapides, efficaces et efficients
moyennant des
sommes d’argent non négligeables.
La
méditation authentique,
séculière, spirituelle
ou en contexte religieux
s’accommode mal du prêt à mesurer sur demande. Elle fait
partie d’un
apprentissage exigeant. Tout aussi exigeant que le jeune athlète
qui se voit
honoré(e) par un trophée ou une médaille suite
à des années d’entraînement
physique, de régime alimentaire strict et d’horaire
équilibré entre la vie
d’étude, la vie sociale, la vie amoureuse et la pratique d’un
sport choisi. La méditation
n’a pas de lien avec la
pensée magique. Simple, bien sûr,
mais elle demeure une
discipline exigeante. Toute personne qui médite demeure
perpétuellement une
débutante. Car on reprend à chaque fois l’effort soutenu
et continu d’un même
cheminement répétitif et renouvelé.
On ne médite pas en vue de se
mettre en vedette. Résolument non !
Pour se convertir à l’essentiel ? Assurément.
Ce qui veut dès lors
signifier un changement intérieur profond. Le diamantaire qui a
entre les mains
une pierre précieuse à l’état brut va la ciseler,
la travailler facette après
facette, la polir jusqu’à ce qu’en jaillisse toute la valeur
intrinsèque. Elle
a un grand prix.
Oui, la méditation apporte des
fruits. Ce qui
reste étrange,
c’est que souvent ce sont des personnes de l’entourage, parents et
ami(e)s
d’une personne méditante qui découvrent ces fruits. Elles
vont exprimer des
changements subtils mais vrais opérés chez cette personne
sans connaître la
source de ces résultats qui ne mentent point.
On dira d’elle
qu’elle est plus
calme, plus pondérée, plus sereine. Qu’elle juge moins
les
autres
qu’auparavant. Elle est plus réfléchie. Elle
intègre mieux son travail
professionnel à ses responsabilités familiales. Elle est
moins superficielle et
moins attachée aux apparences. Elles reprennent les fruits
décrits par Saint
Paul – nous y reviendrons le mois prochain – mais sans le savoir. Car
une
personne humaine debout et qui rayonne de joie constitue un
préalable avant
même de s’identifier comme juive, chrétienne, musulmane,
hindoue, bouddhiste
etc.
(1) Résumé
Peut-on faire la lumière sur les
états de grâce vécus par les mystiques et les
personnes en état de méditation?
Dans Le cerveau mystique, la documentariste Isabelle
Raynauld
fournit l’occasion d’accéder au coeur du chapitre le plus
récent de la
recherche scientifique portant sur ce phénomène.
Des carmélites et des moines bouddhistes ont accepté de
se prêter à
l’expérience. « Je suis convaincu que la nature bouddhique
se trouve quelque
part dans le cerveau », déclare le Dalaï-lama, chef
spirituel des bouddhistes
tibétains. Le film nous présente, notamment, les travaux
exploratoires d’une
équipe de l’Université de Montréal.
L’extase mystique serait une expérience profondément
transformatrice. Elle
pourrait contribuer au mieux-être psychique et physique des
êtres humains et
permettre de soigner la dépression ou d’accélérer
la guérison des patients qui
allient la méditation aux traitements médicaux classiques.
Professeure de cinéma, Isabelle Raynauld est une documentariste
chevronnée et
une scénariste reconnue.
Production Colette
Loumède. Maison
de production Office
national du film du Canada
2006, 52
min 15 s (extrait du site
suivant :
http://www.onf.ca/collection/films)
Ne
pas confondre relaxation et
méditation
Étonnant, dirons plusieurs, de
voir surgir un peu partout un tel engouement pour la méditation
à notre époque.
On constate qu’à chaque période, variable dans le temps,
marquée par une
profonde mutation culturelle et des chambardements économiques
et politiques
majeurs, correspond l’émergence de courants alternatifs qui
viennent, en
contrepoids, assurer un équilibre salutaire. Parfois, on a
l’impression que les
dimensions du sacré, du spirituel et du religieux s’estompent au
point de
laisser croire à leur disparition quasi totale et
définitive. Dans toutes les
cultures et civilisations du passé on peut observer des cycles
récurrents. Il y
a effectivement des mouvances et des déplacements de ces
dimensions. Des disparitions,
assurément, mais de nouveaux surgeons apparaissent sous de
nouvelles formes. De
toute manière, chaque génération doit adopter pour
ses besoins spirituels
manifestes, des récits, des rites et des règles qui
répondent à ses aspirations
authentiques tout en les adaptant à la culture propre de son
temps.
J’observe
parfois que des exercices de relaxation dans certaines écoles du
primaire ou du
secondaire sont confondus avec la méditation. On veut aider le
jeune à
apprendre à gérer son stress, à retrouver une zone
de confort intérieure faite
de tranquillité et de paix. Ces efforts sont dignes de mention
et on doit les
encourager. Mais, dans le contexte de la méditation, ils
correspondent
davantage à un stade préparatoire à celle-ci. Bien
sûr qu’il faut obtenir une
immobilité extérieure qui permettra d’accomplir
progressivement l’immobilité
intérieure. C’est pourquoi toutes les formes de
méditation font appel également
au corps, à l’esprit, voire même au cœur. La posture du
corps a son importance.
Le dos bien droit, perpendiculaire, les pieds bien ancrés au
sol, les mains
déposées sur les cuisses. Ensuite on ferme lentement les
yeux. Dans la
méditation chrétienne selon Dom John Main,
bénédictin, il est question de
s’affranchir de toutes les pensées, idées ou images pour
concentrer son esprit
– avec la plus grande attention
possible (relire la chronique L’attention comme boussole
indispensable dans ma vie ) sur le seul mot prière
ou mantra :
MARANATHA (mot araméen dans la
langue
maternelle de Jésus de Nazareth, que l’on trouve dans la Lettre de Paul aux
Corinthiens, 16, 22 et dans Apocalypse 22,20 et qui se veut un cri du
cœur,
un appel de tout notre être :
Viens
Seigneur !).
Il
faut demeurer détendu mais vigilant.
Pendant les vingt minutes qui suivent un court extrait musical, me
préparant
ainsi à l’immobilité intérieure, écouter l’écho du mot
prière MARANATHA qui se
dit au plus profond de mon être dans un silence extrême. Ce
vingt minutes,
matin et soir, est un véritable cadeau que je me fais à
moi-même : je me
réserve un espace pour me recueillir
(faire l’unité de mon être), attentif
et silencieux, pour l’écouter
Lui se dire à moi tel qu’Il est.
C’est, en quelque sorte, provoquer en moi l’éveil à
l’essentiel. Pour y
arriver, il faut éviter des attentes particulières
(extraordinaires,
spectaculaires ou inédites). Ne pas évaluer son temps de
méditation, ni
soi-même par conséquent. Finalement,
persévérer à temps et à contretemps. Une
discipline simple mais combien exigeante. Comme l’alpiniste qui veut
arriver au
sommet malgré tous les obstacles rencontrés en cours
d’ascension.(1)
Yvon R. Théroux (yvonrtheroux@hotmail.com)
(1) Roger
Frison-Roche, Premier de cordée,
Grenoble, Arthaud, 1942. Un roman lu alors
que j’avais 18 ans et
qui a marqué ma vie. Un classique qui inspire toute personne
à aspirer à plus
que ce qu’elle croit être.
L'histoire
Premier
de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit
à Chamonix dans les
années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la
même profession que son
père : guide de montagne. Il est en formation
d'hôtelier et se prépare à
passer l’examen de guide. Quand un jour lors d’une escalade son
père est
foudroyé au sommet de la montagne, Pierre décide d'aller
récupérer le corps de
son père : accompagné de ses amis il se lance donc
dans une escalade
périlleuse. Pendant cette escalade il manque d’y laisser sa vie
en tombant d'une
falaise. Quelques mois plus tard, après s’être remis de sa
chute Pierre
découvre qu’il a le vertige. Il décide de surmonter cette
peur et de devenir
guide en l’honneur de son père. (Voir encyclopédie
Wikipédia en ligne).
Éthique
et culture religieuse : quand
il est question
de prière et de méditation
L’implantation de ce
nouveau programme dès le mois prochain permet
d’y trouver des richesses insoupçonnées. Ainsi, à
la référence suivante Éthique et culture
religieuse, Primaire, Version approuvée, Gouvernement du
Québec, Ministère de
l'Éducation, du Loisir et du Sport, Direction
générale de la formation des
jeunes, Direction des programmes, Québec, le 27 août 2007,
p. 71, nous pouvons
y lire, concernant le deuxième cycle du primaire, dans les
éléments de contenu,
sous le titre Des pratiques de prière et de méditation
des réalités
importantes issues de diverses traditions religieuses. Il y a un accent
porté
sur les aspects externes de la prière et de la
méditation. Pour enrichir ce
chapitre il faudrait distinguer, minimalement, les grands types de la
prière.
Il y a bien sûr la
prière orale, récitée ou psalmodiée,
parfois même chantée. Elle est souvent
contenue dans diverses formules, tirées des Livres sacrés
ou produites par des
auteures réputées ou des auteurs reconnus. Elle est
facilement accessible à
toutes et tous. Les enfants, dans toutes les traditions religieuses,
les
apprennent de bon cœur dans le circuit familial ou celui de la
formation
religieuse dans leur communauté d’appartenance.
Intégrées à leur vie, ces
prières apprises reviendront selon un rythme que va scander la foi
vécue.
Puis la prière
liturgique qui préside les grands rites, les fêtes
à caractère religieux, les
rassemblements de croyantes et de croyants. Elle est essentiellement
communautaire, empreinte de symboles, de paroles solennelles et
dirigée par une
femme ou un homme selon la tradition religieuse ou un de ses courants
internes.
Plus généralement, on identifie la prière
liturgique aux grands rites de
passage (naissance, maturité sociale ou/et religieuse, mariage
et mort).ou lors
de grandes fêtes marquantes d’une tradition religieuse
spécifique (Fête du
Nouvel An, fête de la Lumière,
fête du Pardon etc.).
Enfin, la prière contemplative
ou méditation. Dans
certaines traditions, la méditation est le fondement même
de son existence
(bouddhisme, soufisme) ou une voie privilégiée parmi
d’autres ( hindouisme/yoga).
Dans certaines autres, elle fut en un temps, fort présente et
accessible à
toutes et tous.. Puis elle disparut pour se cantonner auprès de
groupes précis
(moniales chrétiennes et moines chrétiens). Au tournant
du XXIe siècle, des
traditions retournent aux racines
de leur histoire et redécouvrent cette forme de prière
contemplative ( judaïsme
et christianisme : Méditation
juive. Guide pratique1 ;
Tsimtsoum.
Introduction à la méditation hébraïque2.
Méditation
chrétienne dans le sillon de John Main, moine
bénédictin (consultez les sites
web www.meditationchretienne.ca, www.
meditationchretienne.org et www.wccm.org), la méditation
hésychaste des Églises
orthodoxes (consultez le site web suivant : www.centre-emmaus.qc.ca).
Voici un troisième et dernier exemple, le Centering Prayer
avec le moine
cistercien Thomas Keating (www.centeringprayer.com);
une communauté francophone de ce
type de méditation existe à Sherbrooke avec l’abbé
Bernard Dionne.
Des
personnes
voulant retourner à leur tradition religieuse originelle –
après une absence
plus ou moins prolongée - y reviennent par la porte
discrète et silencieuse de
la méditation. Les communautés de méditation
se caractérisent par leur accueil chaleureux, celui du
regard attentif
plus que de la parole3. Ce ne sont pas prioritairement des
groupes
sociaux. Ces personnes forment une communauté soucieuse
d’accompagner chacune
et chacun dans l’effort d’unité intérieure
(recueillement), d’attention
intériorisée, de silence et d’écoute du
« Tout Autre » qui habite le
tréfonds de chaque être. Souhaitons des collaborations
assidues entre les
enseignantes et enseignants de ce nouveau programme et leurs
collègues,
animatrices ou animateurs à la vie spirituelle et à
l’engagement communautaire.
Ce n’est pas un programme pour la performance d’érudition, mais
surtout pour
une compréhension cordiale et expérientielle du
phénomène religieux, de la
contribution des traditions religieuses à l’éthique, et
la formation au dialogue
interculturel et interreligieux. Quant
aux communautés confessionnelles qui président à
la formation religieuse de
leurs fidèles, petits et grands, elles auraient avantage
à maîtriser ce
programme, ne fut-ce que pour s’ouvrir à la
fécondité du dialogue dans le
respect intégral des autres et pratiquer la
« Règle d’or » que l’on
retrouve manifestement exprimée dans tous les écrits de
traditions
philosophiques et religieuses : « Fais à autrui
ce que tu voudrais
qu’il te soit fait ».
Yvon R. Théroux
- L'écoute,
une clé d'ultime compréhension de soi-même, des
autres et du "Tout autre".
Entendre
est le propre de l'ouïe, un sens
relativement développé chez les humains. Avec certaines
variables d'intensité selon les individus. On ira même
jusqu'à qualifier des habilités liées à
l'ouïe. Telle personne a "l'oreille musicale"; une autre capte des
sons quasi inaudibles pour la majorité; une personne
ainée est "dure d'oreille" et cela devient un handicap.
Au sens figuré, on dira d'un individu qu'il n'entend rien de ce que je lui dis ou
que je tente de lui expliquer. L'émotion n'aura pas d'oreille
pour entendre raison. Un
être humain perçu comme très rationnel n'entend pas ce que le coeur veut
exprimer. En définitive, on entend
ou pas pour des raisons physiologiques ou à cause de
motifs psychologiques qui peuvent induire des blocages empêchant
d'entendre. Bref, il y a des
surdités qui ne sont pas d'ordre physique. N'y a-t-il pas plus
sourd que celle ou celui qui
ne veut pas entendre? Écouter,
est-ce différent?
L'écoute est la
résultante d'un apprentissage exigeant et n'est pas
nécessairement liée à l'organe de l'ouïe. Je
vais évoquer dès maintenant le cas de Beethoven, ce grand
musicien frappé par la surdité à l'âge de 32
ans, au sommet de son art, et qui pourtant composera des oeuvres
grandioses: d'exceptionnelles sonates pour piano (notamment la
Tempête et la Chasse, opus 31), la deuxième et la
troisième symphonie - l'Eroïca - et bien d'autres.
Beethoven aimait dire qu'il composait ses pièces musicales en écoutant
intérieurement des partitions qui se révélaient
à lui.
L'écoute
intériorisée est du même type que le
"révélateur" en photographie: progressivement se
manifeste avec force et détails ce qui était au
départ flou et indescriptible. La configuration devient nette et
précise et enchante l'oeil de l'artiste ou l'oreille du
musicien. L'écoute peut
permettre de se découvrir soi-même intérieurement
au-delà des apparences, des images et des clichés.
C'est qu'elle met en branle la réflexion, la pensée. L'écoute ne s'alimente
guère du superficiel. En revanche, elle nourrit les racines de
notre être essentiel, abreuve le terreau qui nous singularise et
syntonise avec justesse la vérité de qui je suis
foncièrement. Elle m'aide grandement à me
découvrir tel que je suis.
Les gens d'écoute sont
ces personnes qui ont pratiqué l'écoute attentive
d'elles-mêmes. Elles sont généralement reconnues
pour leur grande capacité à percevoir, voir, comprendre,
saisir même le langage non verbal (sans sonorité). Peu
bavardes, ces personnes d'écoute.
Bien appréciées par les gens qui vivent une remise en
question, une forme ou l'autre de peine, de souffrance ou de
détresse et qui se confient à elles. Souvent
silencieuses, toujours attentives, elles ont réussi leur propre
bilan de vie en écoutant vivement ce qui se passe
intérieurement.
L'écoute est le
quatrième et dernier ingrédient de la méditation
qui me dispose à l'écouter Lui, le "Tout Autre" qui
habite le tréfonds de mon être. En m'affanchissant, au
surplus, de toutes les idées, conceptions ou images sur Dieu que
je véhicule depuis parfois trop longtemps, je me dispose, au
coeur de la méditation, à L'écouter pour qu'il se
révèle à moi tel qu'Il est.
Le Credo, le "je crois" de la tradition juive débute par ces
mots révélateurs; "Écoute Israël",
souviens-toi de ce qu'a fait Yahvé pour toi. Dans le livre du
Deutéronome, le passage suivant est fort explicite:
"Fais silence et écoute,
Israël. Aujourd'hui, tu es devenu un peuple pour
Yahvé ton Dieu.
Tu écouteras la voix de
Yahvé ton Dieu, et tu mettras en pratique les commandements
et les lois que je te prescris aujourd'hui." (Dt 27, 9-10)
Reprenons à notre compte ce passage en nous remémorant
tout ce qu'Il a fait pour nous, et écoutons en silence sa voix
dans bruissement de la brise légère (Élie).
Méditons.
Yvon R. Théroux
Je consulte les site suivants: http://www.wccm.org
(Communauté mondiale de la méditation chrétienne)
http://www.unitasmeditation.ca
(Un centre oecuménique de méditation chrétienne et
de spiritualité)
http://www.interbible.org
(Écouter les Écritures avec l'intelligence et le coeur)
www.meditationchretienne.ca
- Le silence,
l’ingrédient d’un
mode
d’être tout à fait étrange!
Jusqu’ici
j’ai réfléchi avec toi sur le recueillement et
l’attention dans le cadre de
l’expérience d’intériorité. Mais les deux
deviennent possibles qu’avec le
silence! On peut spontanément penser que le silence est d’abord
absence de
bruit. Ce n’est pas du tout faux mais c’est incomplet. Si le silence extérieur évoque un lieu ou un
temps de sérénité, de paix et de
tranquillité, il est certes désirable pour
ponctuer le rythme de nos vies dans la farandole de nos nombreuses
activités.
Mais lorsqu’il est question du silence
intérieur, c’est traiter d’un tout autre aspect. Partons de
l’enseignement
de John Main, ce moine bénédictin qui a
réintroduit la prière contemplative (ou
méditation) pour toutes et tous, de 1977 à 1982 à
Montréal même. Il insiste
avec vigueur sur le silence que j’oserais qualifier d’extrême.
Non pas que le
silence peut être absolu – au contraire, il ne peut l’être
-! Je pense plutôt à
ses consignes quand il nous invite courageusement à nous
affranchir de toutes
les pensées, images, fantasmes durant les 20 à 30 minutes
de la méditation.
Certaines
personnes ne comprennent pas que John Main incite aussi les
méditantes et les
méditants à se libérer des images et des
idées concernant Dieu lui-même. Jongler avec mes
idées de Dieu ou sur
Dieu, avec mes images que je me fais de Lui depuis ma tendre enfance,
voilà
bien, au même titre que mes occupations et préoccupations
quotidiennes, des
sources sûres de distraction. Les autres formes de prière,
orale et liturgique,
se réalisent par et dans la parole,
le
chant, la demande, l’action de grâce. La prière
contemplative ou méditation est
d’un genre différent. Si je me sais habité(e) par Dieu,
je dois créer un espace
de silence extrême, pour le laisser
se dire à moi et me laisser la pleine liberté
intérieure de l’écouter,
simplement l’écouter pour le saisir dans sa
réalité et non comme je l’imagine.
John
Main signale souvent que la méditation chrétienne est
d’une grande simplicité,
et il rajoute sur-le-champ, d’une grande exigence aussi. En fait, la
difficulté
majeure provient du silence intérieur
à réaliser. C’est l’ingrédient primordial pour se
disposer à l’écoute, et j’en
traiterai au mois de mai prochain. C’est un mode d’être qui nous
est peu
familier. De tous les temps, d’hier à aujourd’hui, le silence intérieur apparaît étrange.
Il a quelque chose de
bouleversant sans qu’il opère par des manifestations
extraordinaires. C’est
d’ailleurs pourquoi il ne faut pas avoir d’attentes quand on
médite : ni
rien de merveilleux, ni rien de miraculeux, ni rien, au surplus, de
magique. La
simplicité, liée au silence intérieur,
opère de façon imperceptible, gré à
gré. Ce sont souvent les proches de
l’entourage immédiat de l’individu méditant qui
constatent de légers
changements positifs , constructifs et constitutifs de la
personnalité. Le silence intérieur est
un sculpteur
discret, voire même secret qui nous aide à faire de notre
vie une œuvre d’art.
Voilà l’accomplissement des gens qui se tiennent debout tant
dans leur humanité
que dans leur foi profonde et authentique.
Yvon R.
Théroux
- L’attention
comme boussole indispensable dans ma vie
« Le
recueillement est le fruit de l’attention, seconde composante de la
posture du
sujet spirituel. Aussi est-il d’une
importance primordiale de porter attention à
l’attention." Richard
BERGERON 1
Dans notre monde d’aujourd’hui nous
entendons parler
souvent de déficit d’attention. Il semble bien que ce soit
contraire à notre capacité de pouvoir
comprendre, analyser et faire la synthèse de ce qui se passe
dans notre
environnement habituel qui n’est pas seulement extérieur. Quand
une personne
veut observer, elle se munit d’instruments qui vont l’aider à
mieux réaliser
ses observations. Celle qui observe les oiseaux a des lunettes
d’approche qui
ont été conçues expressément pour cette
fonction. L’astronome amateur se
procure un télescope parmi les plus performants. Dans le premier
cas,
l’observation, pour très bien réussir, exige le silence
le plus complet pour ne
pas interférer dans la vie de l’oiseau observé dans son
habitat naturel
(prairie, savane, forêt, littoral etc.). L’autre observera le
silence sidéral
des espaces célestes. Observer, c’est ultimement être
très attentif.
Porter attention à soi c’est vouloir,
dans un premier
sens, se saisir dans sa réalité avec ses forces, ses
potentialités, mais aussi
avec ses faiblesses et ses limites. C’est une observation fort attentive de qui je suis vraiment. Sans
me diminuer, sans me grandir au-delà de qui je suis. Bref, c’est
simplement de
faire la vérité en moi. Une vérité qui
libère quand je suis authentique d’abord
avec moi. Car, comment être vrai avec tous les autres de mon
entourage si je ne
suis pas vrai avec moi? La plus grande des libertés est la
liberté
intérieure : celle qui me promeut à une vie
meilleure. Je me dis souvent
que la vie est simple, pas du tout compliquée…mais que les
humains ont la
fâcheuse manie de la compliquer à souhait avec
leurs entourloupettes, leurs scénarios
comiques ou dramatiques ou tragiques, avec leurs feintes et multiples
stratégies, avec leurs racontars, bavardages et clavardages,
commérages et
ragots et je ne sais trop quoi! Et qu’en est-il des autres?
Dans un deuxième sens, porter attention
à soi signifie
être pleinement conscient de la qualité de mes relations
avec autrui qui est
totalement redevable à la qualité de ma propre vie que je
prends le temps de
polir, de corriger, d’améliorer toujours dans la
vérité de qui je suis. Pour
cela il me faut puiser intérieurement
le meilleur de moi-même. L’attention est la véritable
boussole de ma vie.
Surtout si mon objectif de vie est de toujours devenir meilleur
à mes yeux pour
rendre les autres plus heureux. Je saurai à partir de là
inspirer les autres,
humblement et simplement. Et qui sait si cela ne viendra pas contribuer
chez
certains à aspirer à devenir vrais à leur tour?
Entreprise difficile, certes,
mais pas impossible. Un défi pour femmes et hommes qui veulent
marcher debout
avec fierté et grandeur. La méditation est un lieu
privilégié de l’exercice de
l’attention. Un apprentissage exigeant pour qui aime la vie en
plénitude. Il
n’y a pas d’âge idéal ou prescrit pour entamer d’une
nouvelle manière ou
poursuivre le pèlerinage dans cette existence-ci. Porte toute
l’attention
nécessaire à toi. Le reste suivra, car cela relève
du spirituel vrai.
1 BERGERON, Richard, La vie à tout
prix! En quête d’un art de
vivre intégral, Montréal/Paris,
Médiaspaul, 2006. 183 p. (Chapitre
8
fortement recommandé).
Yvon R. Théroux
- « Le
silence comme un souffle
ténu » (Élie)
Chers
jeunes et chères personnes de tous les âges,
J’accepte
aujourd’hui l’invitation
de vos responsables et animateurs d’écrire une chronique
mensuelle liée à l’expérience
de l’intériorité. Parmi toutes les expériences
humaines, elle se situe
probablement pour un grand nombre dans l’ombre de la vie privée,
discrète,
voire même secrète. Elle fait partie de notre vie intime.
Elle exprime souvent
un besoin senti ou ressenti quand une réalité
s’écroule, quand l’on se sent
dépassé par les événements, quand on
connaît l’échec ou la perte. Cela affecte
et déstabilise notre vie.
Car elle se compose beaucoup d’occupations et de
préoccupations.
Il n’est pas du tout naturel de se sortir du trafic de la vie active
des études,
de l’emploi, des engagements sociaux, amoureux, sportifs, et pour
certains,
des responsabilités familiales. On
a
parfois l’impression que notre vie se déroule rapidement comme
un bon film sans
annonces publicitaires. Le bruit scande nos heures quotidiennes :
en son
absence on se munit d’écouteurs avec les fournisseurs
technologiques les plus
récents. On est de son temps, quoi? Aimer la vie, croquer
à pleines dents tous
les instants qui la meublent est, certes, un signe de santé tant
au plan physique,
que psychologique et spirituel. Essoufflé, on a parfois
simplement le goût étrange
de se retrouver seul, en silence, en paix. Quand on sort d’une grande
ville
pour se retrouver dans un paysage inspirant qui nous calme et nous aide
à nous
recueillir, c’est que nous sommes au seuil d’une expérience
d’intériorité.
Car se recueillir veut simplement signifier se ramasser, s’unifier
intérieurement, faire un bilan avant de reprendre la route. Et
cela est aussi
un signe de bonne santé. Le silence facilite ce
recueillement. Il est
l’étoffe même de l’Univers.
Le silence extérieur d’un lieu choisi, pacifiant,
en pleine
nature ou dans un monastère est de même parenté.
Mais c’est tout un défi que de
provoquer un silence intérieur, libéré des
images, des idées, des pensées.
La rencontre avec l’Auteur de toute vie se réalise dans le
silence. Élie (1R
19, 9-14) en a fait l’expérience. Dans le bruit d’une brise
légère, Élie
reconnut la présence de Yahvé et non dans le bruit de
l’ouragan, du tremblement
de terre ou le crépitement du feu. Remarque tout autour de
toi : le soleil
se lève et se couche dans le silence, la fleur de l’hibiscus
voit le jour dans
le silence…
Si tu veux aller plus loin dans cette
réflexion, rends-toi sur
le site suivant en cliquant sur MÉDITER : www.meditationchretienne.ca …et
à la prochaine.
Yvon
R.Théroux