Méditation inspirée d’une naissance bouleversante

Il y a toutes sortes de naissances. Des glorieuses dans des palais royaux, celles-là même qui assurent la succession dans les monarchies. Des naissances nobles dans des dynasties familiales de haut rang qui permettront aux héritiers de faire perdurer des traditions politiques ou d’affaires ou encore artistiques. Des naissances bien ordinaires, dans l’anonymat et la simplicité, qui feront vivre de nombreuses familles au diapason de la vie. D’autres plus tragiques, non désirées, qui amènent leur lot de souffrance. Certaines, fruits de l’amour, d’autres laissées au hasard des passions humaines. Certaines tendrement voulues, d’autre regrettées.

Toute entrée dans l’univers mérite d’être soulignée, fêtée, applaudie. Le mystère reste entier au départ. Qu’apportera cette nouvelle personne à son entourage immédiat, à sa société d’appartenance? Tous le sauront en temps et lieu. Sachons, d’ores et déjà, que la plus petite contribution positive et constructive à l’humanité est inestimable. La naissance d’Ieshoua (Jésus) de Nazareth fournit un récit peu ordinaire. Il connaît une mère biologique ou porteuse du divin et un père adoptif. Le christianisme et l’islam insistent sur sa conception virginale. Elle n’est point inédite dans l’histoire des naissances de grands personnages de l’humanité. Mais dès les premiers moments, la naissance d’Ieshoua (Jésus) fait problème. Hérode le pourchasse devant la menace d’une concurrence inavouée. C’est l’exil, et à la mort de ce roi, un retour dans un patelin d’où il ne devait pas sortir de grandes figures marquantes. Enfance, adolescence, début de l’âge adulte se passent discrètement sous la gouverne de Marie et Joseph dans ce petit village plutôt éloigné des grands centres et de la capitale Jérusalem.

Une famille ordinaire où le père adoptif fait fonction de menuisier-charpentier. Une famille soucieuse de vivre sa foi juive selon les coutumes et les rites de l’époque. Respectant les grandes fêtes du calendrier qui les convoquent parfois au Second Temple à Jérusalem (ville de la paix). Et Ieshoua/Jésus grandit, apprend, comprend, découvre le Dieu de ses ancêtres. Il développe une sensibilité tant au plan humain et spirituel. Il a un préjugé favorable envers les plus démunis, les laissés pour compte, les oubliés tout en saisissant la « pauvreté » des riches. Sa foi vécue, tout au long de sa croissance humaine, le fait rechercher ce qu’il y a de meilleur dans sa tradition juive. Il veut toucher l’essentiel et laisser tomber l’accessoire, le superficiel, le surplus qui ne se situe pas au coeur de la spiritualité - noyau de toute tradition religieuse -. De cette spiritualité qui le fera vivre intensément. Au point d’alimenter une relation intime avec Abba (littéralement papa), le « Tout Autre », Auteur de tout ce qui est.

Une naissance de prédilection pour toutes les personnes de son temps qui souffrent dans leur corps, dans leur coeur, dans leur esprit, dans leur âme. Une naissance qui n’a pas généré une commotion dans l’Univers. Paradoxalement, c’est sa mort qui va engendrer cette dernière, et des ondes de choc frappent encore régulièrement la conscience humaine. Naissance guidée par une étoile mais pas sous une bonne étoile, auraient pu déjà dire les astrologues de ce temps. Des bergers et des mages en témoignent, semble-t-il. À sa mort, des riches de pouvoir et de gloire verront à le faire taire de façon définitive tandis que le pauvre peuple suivra les événements, manipulé qu’il est par l’autorité politique et religieuse. La force de sa vie prend racine dans sa naissance.

Ses parents auront tout fait pour le préparer à affronter la vie dès les premiers jours de son existence. Ils lui auront donné le meilleur d’eux-mêmes. Ils l’accompagneront à chaque étape de sa vie, même lorsqu’il revendiquera plus d’autonomie (l’épisode d’Ieshoua/Jésus demeuré au Temple à Jérusalem). Sa mère ne l’abandonnera jamais, elle qui a même dû recevoir son corps à la descente de la croix. Une naissance prometteuse au plan spirituel, décevante au seul plan humain. Échec selon toute vraisemblance. Mais Ieshoua a assumé la seconde naissance : celle-là même où une personne renaît à elle-même pour devenir complètement elle-même, ce qui n’est jamais sans souffrance (Maurice Zundel). Et sa troisième naissance, celle-là spirituelle, la résurrection : fulgurante, renversante, bouleversante, exaltante. Une naissance qui devient Source intarissable d’amour, de tendresse et de miséricorde. Image incarnée du Père (Abba).

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com




Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (3 de 3)

Combien de fois Jésus s’est-il retiré au désert ou dans un jardin (Gethsémani, des Oliviers) pour y prier en  toute intimité son Père? Quand Il fut abandonné de tous ses apôtres et disciples, renié et trahi, il a continué à s’adresser à son Père. Même que, dans un moment très humain de détresse psychologique, il Lui demandera directement pourquoi l’a-t-il abandonné? Sur la croix,  Il implorera le pardon pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’ils font. Prière d’abandon. Quand tout semble perdu, même Jésus prie sans cesse! Et toujours en fonction de la volonté de son Père qui, seul, sonde le coeur et les reins.

De la méditation dans le sillon de John Main, bénédictin

C’est une longue tradition persistante dans le temps. Inspirée des Mères et des Pères du désert qui voulaient revenir aux sources du christianisme et vivre intégralement l’esprit des évangiles, la prière contemplative (ou méditation) faisait l’économie de la parole. Le moine Jean Cassien parlait d’un court verset des Écritures, idéalement d’un mot. Avant le grand schisme d’Orient il n’y avait pas les distinctions culturelles et linguistiques qu’on connaîtra par la suite, c’est-à-dire aux lendemains de 1054 (XIe siècle). Le mot « mantra » qui n’est aucunement une propriété exclusive de l’hindouisme, du bouddhisme ou de traditions philosophiques ou religieuses orientales ou de l’Extrême-Orient, signifie, en définitive, un mot-prière, un mot sacré, une clé d’entrée, un moyen et non une fin en soi. John Main, bénédictin, a donc restauré la méditation pour la rendre accessible à toutes et à tous.

Il retiendra le mot-prière maranatha qu’on retrouve dans une Lettre de Paul aux Corinthiens et qui constitue le dernier mot du Livre de l’Apocalypse. Ce cri du coeur et de l’esprit, maranatha, dans la langue maternelle de Jésus, l’araméen galiléen, exprime un appel cordial : Viens Seigneur! Saint-Jacques lui-même dira sans ambages « Approchez vous de Dieu et Il s’approchera de vous ».  La répétition continue de ce mantra pendant les vingt minutes, matin et soir, de la période de méditation, marque une empreinte indélébile sur le coeur, lieu symbolique de la présence du « Tout Autre » au tréfonds de mon être.

Dans les moments de joie et de plénitude, méditons. Dans les moments de turbulence et de souffrance, méditons encore et toujours. Car quand tout semble perdu, la prière contemplative devient un tremplin dans ma vie. Puis-je encore m’en passer?

Je terminerai par un extrait de la préface de Benoît Garceau, omi. dans  l’ouvrage cité à la note (1) :

« Ce qu’il y a de meilleur en chaque tradition religieuse, c’est sa dimension mystique. Amputée de cette dimension, toute religion devient une monstruosité, un principe de conflits et de violence. Or, pour connaître la dimension mystique d’une religion, pour comprendre comment se vit chez elle l’expérience de l’Absolu, comment se traduit sa manière propre de concevoir le retour de l’être humain à la Source de tout être, il importe de regarder le rôle qu’elle accorde à la méditation ».

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(1)THÉROUX, Yvon R., (dir.), En quête de l’Absolu. La méditation selon cinq traditions religieuses, Montréal, Éd. Paulines, 2009.  124 p.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com




Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (2 de 3)


Les ingrédients communs à toutes les formes de la prière contemplative

Que la méditation soit séculière (ou laïque), c’est-à-dire sans référence à un Absolu d’ordre divin, ou relevant de l’une ou l’autre des grandes traditions religieuses (1) on y retrouve un commun dénominateur constitué de quatre ingrédients : Le recueillement, l’attention, le silence et l’écoute. Je ne saurais trop insister sur le recueillement qui n’a rien à voir avec une attitude dévote. L’étymologie du mot suggère plutôt l’effort d’unité de soi, en soi. S’unifier alors que l’on est facilement dispersé, morcelé, éparpillé, distrait, décentré. Se ramasser en quelque sorte pour ouvrir notre conscience en toute sa plénitude. Ouverture active au moment présent en esquivant consciemment le passé qui n’est plus et l’avenir qui n’est pas encore là. Ce recueillement est facilité par la généreuse contribution de l’attention. Être attentif, c’est en soi tout un programme. Lequel exige patience et vigilance, persévérance et une certaine dose de courage. Retenons que la désespérance ne sied pas au christianisme! Combien sommes-nous, de nos jours, à souffrir d’un certain « déficit d’attention »? L’ingrédient qui nourrit le mieux l’attention est le silence.

Le silence, musique de l’âme. Ce silence qui nous façonne. Ce silence qui demeure la toile de l’émergence de la création. Le soleil ne se lève-t-il pas, ne se couche-t-il pas en silence? Les belles fleurs de mon hibiscus qui se présentent à l’aube ont advenu en silence. Les musiciennes et les musiciens, ici présents, savent combien le silence est précieux dans la composition musicale. Sa présence est indiscutable! Le silence pour favoriser au maximum l’écoute.

L’écoute toute silencieuse de Celui qui m’habite. Entendre n’est pas écouter. Car écouter fait appel à tout mon être : corps, coeur, tête, âme. L’écouter Lui se dire à moi tel qu’Il est et non plus comme je le perçois ou comme je le conçois!

Quand tout semble perdu...

Certaines lectures d’ouvrages de deux oncologues réputés, Norman Cousin et Henri Joyeux, ont démontré lors d’études cliniques échelonnées sur au moins quinze ans, que les personnes d’une même cohorte d’âge, atteintes du même type de cancer, pouvaient survivre en moyenne de sept à dix ans de plus si elles avaient un état d’esprit positif et constructif. Si elles nourrissaient encore des projets, voyageaient, bref, si elles vivaient intensément le moment présent nonobstant cette limite. Des transformations s’opèrent alors à l’avantage de la personne. Leur influence est débordante d’énergie. Il y a un lâcher prise souverain et exaltant. Pour celles et ceux qui vivent la foi, il y a une reformulation radicale et authentique de cette dimension constitutive de leur existence. S’abandonner à plus grand que soi. On retrouve un passage de Matthieu fort évocateur à cet égard.

Matthieu, immédiatement après la présentation du « Notre Père... » consacre plusieurs versets à la prière d’abandon à la Providence (Mat 6, 25-34). Il questionne nos craintes et nos angoisses. Pourquoi avoir peur et s’inquiéter pour notre vie et de ce que nous mangerons? Pour notre corps et ce qui le revêtira? Les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent et pourtant ils mangent tous les jours. Les lis des champs ne peignent ni ne filent, or même le roi Salomon, dans ses plus beaux atours, n’a jamais eu un vêtement plus beau que les lis des champs! La prière contemplative oblige à un abandon de soi, de ses occupations et surtout, de ses préoccupations. Les quatre ingrédients mis en relief tantôt forment l’acronyme R.A.S.E. (Recueillement, Attention, Silence, Écoute). Rase tout ce qui a alimenté ta journée pour te faire le cadeau à toi-même d’un vingt minutes de silence, de paix, de tranquillité, d’abandon à la Source même de ton être. (Suite le mois prochain).

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(1) THÉROUX, Yvon R., (dir.), En quête de l’Absolu. La méditation selon cinq traditions religieuses, Montréal, Éd. Paulines, 2009.  124 p.


Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com



 

Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (1 de 3)


Prière,  méditation et la science

Je vais débuter avec une anecdote. Lors d’une conférence à l’hôpital Hippolyte Lafontaine, il y a quelques années, je me suis retrouvé devant plus de soixante psychiatres. Un auditoire qui voulait comprendre la montée de cas de délires religieux. Je pouvais facilement distinguer deux groupes : des freudiens de la génération des « baby boomers » et la jeune génération montante.  Après ma communication, une période de questions et d’échanges a eu lieu. Je fus agréablement surpris de l’intervention d’une et d’un jeunes des leurs qui affirmèrent avec conviction que lorsque la médication (psychotropes) et divers autres traitements n’arrivaient pas à résoudre des problèmes bien identifiés chez certains patients, alors ils leur montraient à méditer ou à prier. Au dîner, je me suis retrouvé aux côtés du directeur du département de gériatrie qui me fit l’aveu premier d’être athée. Il ajouta que les quatre années à cette direction lui avaient fait tout de même observer que les patients qui avaient la foi, ou se référaient à l’expérience religieuse mouraient en général beaucoup plus sereinement. Sur quoi j’ai voulu l’inviter à me laisser avoir accès aux dossiers pour pousser une recherche dans le sens de ce qu’il venait de me confier d’un point de vue clinique. Avec un sourire expressif, il me répondit non, car il ne voulait quand même pas se contredire!

Cette expérience m’avait fait beaucoup réfléchir sur le fait que dans les situations où les thérapies devenaient inutiles en certains cas, l’ouverture à l’expérience spirituelle ou religieuse pouvait avoir un certain effet. Un peu analogiquement comme la musicothérapie. Y a-t-il un effet thérapeutique de la prière, de la méditation? De nombreuses études étatsuniennes et maintenant canadiennes démontrent la portée de la pratique de la méditation au plan physiologique, entre autre. Voilà pour cette brève entrée en matière.

Des types de prière

Je pourrais regrouper principalement trois types de prière. D’abord la prière vocale, de demande ou d’action de grâce, comme le signale l’évangéliste Matthieu (6, 1-4). « Prier en secret », retiré(e) dans sa chambre, en tête-à-tête avec ton Père « qui est là dans le secret... qui voit dans le secret » (Mat 6,4). N’insistons pas trop sur les demandes car le Père les connait déjà avant même qu’on veuille les lui confier. De plus trois réponses sont possibles de la part du Père. La première est un « oui » rapide à notre demande, un « oui » étonnant qui interpelle. La deuxième peut être un « oui » à retardement. Le temps de Dieu n’est pas le temps des humains. Finalement, la troisième est une sorte de « non » amoureux où Dieu se dit qu’Il pourrait avoir une meilleure solution que celle préconisée dans le libellé même de la demande. C’est un clin d’oeil du Père qui peut être compris dans le contexte d’une foi authentiquement vécue. Nous omettons souvent dans nos demandes l’ajout suivant : mais que cela soit conforme à ta volonté! Le deuxième type est la prière communautaire.

Déjà Jésus  incitait les siens en son temps à se réunir quelques-uns ensemble pour prier. Car, disait-il, «... quand vous êtes deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ». Plus tard on parlera de la prière liturgique de la communauté assemblée. C’est l’expression d’une foi partagée dans un contexte rituel précis. Le troisième type est la prière contemplative.

Ou, plus brièvement, la méditation. Une prière silencieuse pour entrer en contact avec le « Tout Autre » qui nous habite. Il ne s’agit pas ici de parler à Dieu mais bien de l’écouter attentivement pour qu’Il se dise à moi tel qu’Il est. Trop souvent on parle de Dieu à travers des images de Dieu enregistrées depuis la petite enfance selon l’éducation religieuse reçue. Des idées sur Dieu, il y en a à l’infini. En définitive, que peut-on dire sur Celui qui nous échappe au plan des conceptions, des notions et de l’imaginaire? Caractérisons particulièrement ce troisième type de prière. (À suivre le mois prochain).

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com






Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec 2

Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec et des régions francophones du Canada (www.meditationchretienne.ca) est toujours en cours. Il en va de même aussi pour le le 20e anniversaire de la Communauté mondiale de méditation chrétienne (www.wccm.org).

Prendre le temps de réfléchir à la distance parcourue sur ce chemin de pèlerinage intérieur, pour un individu ou un organisme, c’est une nécessité vitale qui oblige à considérer les raisons et motivations profondes qui ont fait jaillir ce choix librement consenti dans la vie, dans ma vie. Je dois toucher aux racines de ma croissance spirituelle. Pourquoi méditer?

Au début, il y a, bien sûr, l’enthousiasme inhérent à la nouveauté. Je plonge facilement dans l’écriture de scénarios où je me projette dans une nouvelle phase de ma vie. Un commencement, ou un recommencement, avec les meilleures intentions au monde. Enfin quelque chose de facile, à ma portée. Le contact avec une communauté de méditation me confirme dans mon choix, me stimule et m’encourage à aller de l’avant. Je constate que je ne suis pas seul (e). J’effleure cette solidarité, indispensable au plan humain. Tout va bien, tout roule dans l’huile et j’en suis même personnellement surpris.

Tout commence dans la vraie vie par l’extérieur. Et tant que je n’intègre pas intérieurement une nouvelle expérience, elle peut s’additionner aux mille et une autres qui ont précédé, sans plus. Intérioriser signifie avoir un regard juste et réaliste sur ce que je vis. Au seul plan humain, toute croissance passe inévitablement par des crises, c’est-à-dire de profondes remises en question, des doutes qui interpellent, qui déstabilisent, qui me sortent de ma zone de confort. Quand ce processus de croissance se met en branle, il est beaucoup plus facile de tout lâcher, de tout abandonner...voire même laisser tomber une occasion ultime de changer en profondeur avec ce que cela exige d’efforts, de ténacité et de persévérance! Au plan spirituel, c’est la même réalité qui me rattrape.

Pourquoi en serait-il autrement? La spiritualité s’incarne dans un être de chair et d’esprit. Il faut convenir que la méditation - qu’elle soit dans le sillon de John Main, bénédictin, ou autre - surprend par sa grande simplicité. C’est ce qui la rend séduisante pour plusieurs. Mais on oublie trop vite qu’elle est une discipline à acquérir au fil des jours, des mois, des années, et cela est très exigeant. Des occasions pour éviter ou ne pas faire pullulent à l’infini. S’asseoir et se faire le cadeau de méditer pendant vingt minutes matin et soir pour se réconcilier avec soi-même, avec les autres et le Tout-Autre est une démarche qui ne va jamais de soi.

Dans ma vie quotidienne, ma réalité biologique n’exige-t-elle pas de manger, boire, dormir, bouger et quoi encore? Au moins minimalement. Ma vie spirituelle, pourquoi serait-elle sans exigence aucune, à « la va comme je te pousse »? Le parent « pauvre » de ma vie globale? Pense un instant que si tu découvrais, par hasard, un trésor inestimable dans un terrain vague, au surplus fiché d’une pancarte « à vendre », ne ferais-tu pas tout ce qui est possible pour trouver des solutions en vue d’acquérir ce terrain? Je ne fais que reprendre ici une parabole de Jésus dans les Évangiles! Notre vie spirituelle a un besoin impératif d’être nourrie judicieusement, adéquatement. Tout comme notre vie biologique, relationnelle, intellectuelle. Alors pourquoi hésiter à se faire du bien, à faire le bien envers soi, envers les autres? Car méditer transforme même et surtout à mon insu, pour le bien global de ce que je suis et ce que je deviens, pour moi et pour les autres. Pour renforcer ce lien avec la Source de ce que je suis essentiellement.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com






Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec et des régions francophones du Canada (www.meditationchretienne.ca).


Aussi le 20e anniversaire de la Communauté mondiale de méditation chrétienne (www.wccm.org).
C’est un temps de bilan et de prospective.


De réjouissance de toutes les réalisations accomplies et de prospective pour stimuler la croissance à venir. De souvenir inspirant : tout a commencé ici à Montréal, au Québec.

Quand Mgr Crowley a demandé à John Main, bénédictin, de venir fonder un prieuré à Montréal pour y enseigner la méditation chrétienne, ce fut le début d’une aventure sous la mouvance de l’Esprit. De 1977 à 1982 (John Main osb décède le 30 décembre 1982 à l’âge de 56 ans), c’est bien ici que la semence a été mise en terre. Johm Main, Irlandais catholique d’origine, de culture anglo-saxonne s’adressait à toutes et tous sur l’avenue des Pins. Pas de barrière linguistique en méditation. Sa simplicité recherche et va à l’essentiel. La méditation ou prière contemplative est une pratique qui s’apprend en l’actualisant (learning by doing it). Simple, oui, mais en même temps exigeante. Non élitiste, elle s’adresse à toute personne attirée par le silence et l’attention.

C’est une discipline, au sens grec de « paideia », éducation, auto-éducation pour grandir intérieurement. Rien de contraignant, Il faut progressivement intégrer, comme une seconde nature, cette décision quotidienne de se faire le cadeau personnel de fuir bruit, occupation et préoccupation pour renouer avec la sérénité existentielle, la paix intérieure, vingt minutes le matin et vingt minutes en fin de journée. Mais courage et persévérance sont des tremplins incontournables.

L’image la mieux adaptée à la méditante et au méditant est celle souvent mise en relief par Paul dans ses Lettres : l’image privilégiée de l’athlète. L’effort soutenu et continu. La détermination à se vaincre soi-même d’abord. La volonté de se surpasser pour extirper le meilleur de soi. Pour se réaliser pleinement et en harmonie avec ses meilleures inspirations. Mais contrairement à l’athlète, il y a une liberté d’accomplissement sans concurrence, les personnes méditantes ne se laissent pas tenter par la performance. On est toujours une débutante ou un débutant en méditation.

Le plus heureux aussi, c’est d’apprendre à ne pas se juger soi-même d’une période de méditation à une autre. Pas plus que de juger de la qualité de sa méditation. Parfois, il nous semble que cela est plus facile, que ça coule de source. D’autres fois, c’est plus difficile. Se libérer des diverses sources de distraction n’est jamais une sinécure. C’est l’effort déployé intérieurement.

Mes amis musulmans soufis évoquent régulièrement que mille voiles nous séparent de la vision béatifique du Très-Haut. L’acte de méditation lève un à un chacun de ces voiles : la lumière émerge, écartant la part d’ombre qui marque chacune de nos existences. Je vous invite à consulter les sites web inscrits au tout début. N’hésitez jamais à vous faire du bien!

« Père du ciel ouvre mon coeur à la présence silencieuse de l’Esprit de ton Fils. Conduis-moi dans ce mystérieux silence où ton amour est révélé à toutes celles et à tous ceux qui appellent ‘Viens, Seigneur!’,  ‘Maranatha’.  John Main, bénédictin.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




« Se diviniser » : qu’est-ce à dire pour l’être humain?


(Troisième partie de trois)

Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église / Homélie 14, sur l'amour des pauvres, § 23-25 ; PG 35,887 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 161 rev.)
« Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande »

« Tu dois savoir d'où vient pour toi l'existence, le souffle, l'intelligence et ce qu'il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu, d'où vient l'espérance du Royaume de cieux et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd'hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat (1Co 13,12). D'où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ (Rm 8,16-17) et, j'oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D'où vient tout cela et par qui ?

Ou encore, pour parler de choses moins importantes, celles qui se voient : qui t'a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les étoiles innombrables et, en tout cela, l'harmonie et l'ordre qui les conduisent ?... Qui t'a donné la pluie, l'agriculture, les aliments, les arts, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ?

N'est-ce pas de Celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d'aimer les hommes ?... Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n'a pas honte d'être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ? Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas des gérants malhonnêtes des biens qui nous sont confiés ».

« Soyez parfaits comme Dieu votre Père l’est » : n’est-ce pas là une invitation directe pour diviniser l’humain en le rendant semblable à Celui qui habite au tréfonds de l’être essentiel de chaque personne ? La méditation est cette rencontre, dans le silence, de l’humain avec le « Tout Autre » : maranatha, « Viens Seigneur » puisque je m’approche de toi pour notre rencontre. Je veux t’écouter car Tu te dis tel que tu es et cela me libère de toutes mes conceptions reçues par l’éducation et la culture, depuis mon enfance jusqu’à maintenant.

Les images de Dieu ne sont pas Dieu. Et tes témoins privilégiés, celles et ceux qui Te ressemblent à ne pas s’y confondre, sont celles et ceux qui, librement, intelligemment et dans la foi donnent le meilleur qui les habite, tournés vers les autres pour leur venir en aide. Et ton Fils, lors de son passage en cette existence terrestre, n’a-t-il pas révélé ta vraie nature quand il accueillait inconditionnellement toutes et tous ? Exprimait son souci de justice, d’équité et de solidarité ? Exprimait amour et tendresse. Pardonnait sans retenu, témoignant de ta miséricorde infinie ? La force intrinsèque de la méditation : se situer au centre, là où notre nature humaine peut devenir divine et réaliser l’équilibre entre le visible et l’invisible, entre le terrestre et le céleste. C’est comme déjà goûter aux délices de ce à quoi aspire le plus l’humain quand il se transcende lui-même.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




 


« Se diviniser » : qu’est-ce à dire pour l’être humain?

C’est opter « en pleine conscience » pour « Être plus » selon le mot même de Pierre Teilhard de Chardin. Ce n’est donc pas l’ajout d’un simple vernis de finition sur la réalité humaine. Ce n’est pas non plus un gargarisme langagier pour dessiner un idéal abstrait. Ce n’est pas non plus une composante moderne d’un rêve idyllique. Cette aspiration à correspondre au meilleur de l’humain en se réalisant en plénitude se trouve déjà exprimée dans des prières de religions disparues.

« Innocent devant le grand Dieu » présente des formules tirées du Livre des morts, que le défunt devait prononcer afin de justifier son existence passée. Texte selon le papyrus du Nu(1). Égypte.

« Je n’ai pas commis l’iniquité contre les hommes.                       
 Je n’ai pas maltraité les gens.                                   
 Je n’ai pas commis de péchés dans la Place de Vérité.                   
 (...) Je n’ai pas appauvri le pauvre.                                
 (...) Je suis pur, je suis pur, je suis pur, je suis pur!...
   
Gâthâ dit « Les questions au Seigneur (Ahura Mâzdâ) » Iran

 «... Voici ce que je te demande, Seigneur - réponds-moi bien :               
 Pour que je fasse ma sagesse de ton enseignement, ô Sage,                   
 Et des paroles que j’aurai obtenues de la Bonne Pensée,                   
 Et que je sache ce qui, dans l’existence, est conforme à la Justice,               
 De quelle façon mon âme, parvenue au Bien, sera-t-elle ravie? (2)
   
 L’homme de la Dévotion est saint; par l’Intelligence, par les paroles,           
 par l’action, par la conscience, il accroît la Justice;(3)
   
À Zeus, toi qui connais nos coeurs (Grèce Antique)
 « Grand Zeus! Tu me surprends, toi, le maître des choses!                   
 Toi qui connais nos coeurs et pénètre les causes,                       
 Regardant d’un même œil nos vertus et nos crimes...(4)
   
La relation entre l’humain et le divin met souvent en relief cette capacité unique pour les femmes et les hommes de penser et d’agir en conformité avec ce qui agrée davantage aux déesses ou aux dieux. S’approcher ainsi du divin, c’est - à ne pas s’y confondre - devenir tel, non par simple imitation mais en puisant en soi ce qui est plus qu’humain. En guise d’exemple, dans de nombreuses traditions spirituelles et religieuses, le seul effort de pardonner semble tout à fait impossible pour l’humain. Pardonner demande un état d’esprit qui transgresse toute idée de vengeance, de ressentiment, de colère. En cela, pardonner ne peut pas seulement relever de la volonté humaine première. Pardonner ne serait-il pas une forme concrète de « divinisation » de l’humain. Se pardonner, pardonner à autrui est une vertu divine incarnée en l’humain.

On peut comprendre que diviniser l’humain ne correspond nullement à se prendre pour un dieu ou pour Dieu, ou encore s’élever au-delà de notre nature et de notre condition humaine. Au contraire, c’est l’assumer dans ce qu’il y a de plus lumineux, de plus noble, de plus vrai, de plus beau et de meilleur. Méditons sur cette réalité. Les conséquences ne seraient que bénéfiques et salutaires et pour l’humain et pour l’univers qui constitue son écrin vital privilégié.
                           
(1)CHALIAND, Gérard, Les Voix du sacré. Les plus beaux textes des religions disparues, Paris, Robert Laffont, 1992, p. 69.

(2)(3) Idem, p. 85 et 89.

(4)  Idem, p. 116.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




Et si l’humain se divinisait quelque peu, qu’arriverait-il?

Selon un dicton commun, les années se succèdent et ne se ressemblent pas. Au niveau des événements produits par les humains, cela se défend, du moins en apparence. Quand à la nature cosmique qui l’environne, elle connaît des cycles répétitifs : saisons des moussons, des typhons, des tornades, des pluies, de la sécheresse, de la neige et du soleil. À bien regarder l’espèce humaine, on croit, bien sûr, qu’elle évolue, lentement mais sûrement. Les références sont des paramètres extérieurs. Comme l’humain nous semble défini selon ces mêmes paramètres une fois pour toute, il va de soi qu’on n’attend pas de métamorphoses subites et encore moins une révolution.

La preuve en est que des expressions, nombreuses et banales résument l’état d’esprit d’une conception généralisée de l’être humain. « Qu’est-ce que tu veux, c’est bien humain... ». «  Après tout, c’est un homme... ». « On ne refera pas l’espèce humaine ». « L’homme est un loup pour l’homme ». « L’erreur est humaine » etc. Parler ainsi de l’être humain évoque sans nul doute sa partie animale, tant d’un point de vue biologique que psychologique. On pourrait alors signaler tout ce qui relève de l’instinct, des réflexes inhérents à son côté animal, de l’irrationnel qui, parfois, annule sa capacité de réflexion et inhibe ses facultés intellectuelles. D’où tiendrait-il alors sa supériorité par rapport aux autres espèces vivantes, nommément animales? Son langage? La plupart des espèces animales ont des codes de communication et des langages tant gestuels que non verbaux. Son intelligence caractérisée et ses nombreuses capacités d’inventer, d’imaginer. On pourrait s’approcher peu à peu d’une série de critères qui pourrait effectivement reconnaître l’animal humain comme non seulement différent des autres espèces animales mais en un certain sens doué de capacités supérieures qu’il a le fardeau de rendre opérationnelles. Au strict plan matériel on doit accepter, qu’en pourcentage, la différence entre l’humain et certains singes évolués, le chimpanzé par exemple, ne totalise que 1%. La frontière est mince!

Mais voilà, l’humain est un sujet éthique qui a conscience des réalités de ce monde et qui peut prendre position tout en débattant des enjeux afin de répondre aux défis de l’heure. L’humain peut être « spirituel » : en bref, cela signifie qu’il peut intervenir au nom d’une cause à défendre qu’elle soit politique, sociale, relevant de la justice ou de la non violence. Il s’agit de l’expression d’un humanisme, d’une solidarité qui transcende son seul ego pour s’ouvrir aux autres. Les registres d’expression sont nombreux : toutes les formes d’art, les affirmations culturelles, les résultats des sciences etc. Le « spirituel » peut aussi prendre une connotation « religieuse » en référence à un Absolu qui transcende toute la Réalité. Chez certains penseurs de diverses traditions religieuses d’obédience chrétienne, par exemple, revient souvent l’idée et l’image que Dieu s’est fait homme pour que l’homme se divinise. C’est simultanément une incitation, une invitation, voire même une convocation à s’élever bien au-delà non seulement de son animalité, primaire et grégaire, mais de s’affranchir de toutes ces conceptions limitatives, coercitives et grossières de l’humain.

Parfois on s’étonne - et c’est là une douce consolation - des merveilles produites par l’humain en divers secteurs d’activités : la musique, l’architecture, la peinture etc. On parle du génie humain. C’est peut-être là une limite où s’établit de façon plus manifeste et transparente la frange divine de l’humain. Personne, mais personne ne résiste au Vrai, au Bien, au Beau. Faire de manière extraordinaire les choses ordinaires de la vie courante est à la portée de tous les humains de partout et de tous les temps. Et faire un petit pas en cette direction durant l’année 2011 témoignerait peut-être de cette capacité pour l’humain de se diviniser sans aucune prétention mais avec la volonté d’une transformation profonde, possible et réelle, d’une conversion qui inévitablement fera vivre un bonheur renouvelé, provoquera le sentiment qu’être pleinement humain ne peut être étranger à cette capacité de se diviniser.

Bonne route en 2011.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com 



   
Une communauté de méditation chrétienne de l’avenir

La réflexion que je veux partager avec vous toutes et tous se dessine à l’horizon du 20ème anniversaire de fondation de Méditation chrétienne du Québec (MCQ) et des régions francophones du Canada (RFC) en 2011. Il s’agit de construire, de recontacter le « feu sacré » qui a animé, dès les débuts, Michèle Dubuc, Monique Piché et finalement Michel Boyer ofm.  C’est trop courant, trop facile de s’asseoir sur les acquis. Les habitudes se durcissent rapidement. Chaque communauté de méditation chrétienne du Québec et du Canada francophone doit se poser des questions viscérales pour répondre maintenant à cette soif grandissante de chercheurs de Dieu, femmes et hommes de toutes les générations.

1- Suis-je une personne qui consomme de la méditation comme d’autres consomment d’autres produits issus de la religion, de la culture? Consommer veut limitativement dire ici venir chercher un certain confort (ou réconfort) auprès de personnes que j’aime bien socialement et qui me le rendent plutôt bien. Ce type de consommation peut aller jusqu’à développer une certaine dépendance. Le groupe se ferme progressivement sur lui-même (tout en niant cette tendance) et toute nouvelle personne arrivante risque de déranger un peu. La nouvelle personne a besoin impérativement de s’adapter à notre groupe rapidement. Et non l’inverse. Tout cela se sent. Car ce sont les attitudes qui expriment la vérité des êtres, des groupes, des communautés. Imaginez un seul instant un Jésus intéressé exclusivement par les membres de son peuple (Israël), fermé aux autres, satisfait des résultats remportés dans les diverses provinces autour de la capitale Jérusalem. Le christianisme de serait jamais né! Pour qu’il y ait naissance, il faut une promesse d’avenir ouverte à toutes les personnes concernées et de bonne volonté.

2- Le facteur de vieillissement des communautés de méditation laisse croire parfois que cela va s’éteindre avec la génération de fréquentation actuelle. Absence de souci des générations montantes? Fait-on « sa petite affaire » tant que cela marche? Pour l’après, on ne peut guère l’inventer. Quelle tristesse! Former un couple, quel défi. Former une communauté vivante, vivace et vivifiante pour l’aujourd’hui des femmes et des hommes, quel projet grandiose et exigeant?

3- Comment ma communauté réagit quand l’une des environs s’éteint faute de relève, de leadership assumé et partagé? Trouver cela de valeur n’arrange rien. Le leadership d’une communauté ne peut pas reposer sur les épaules d’une seule personne, sans risque d’extinction éventuelle. Le meilleur leadership au sein d’une communauté de méditation est celui qui est partagé en fonction des talents et des charismes des uns et des autres. Et personne n’est totalement dépourvu de talents, dons ou charismes!

4- Quels sont les liens dynamiques et complémentaires qu’entretient ma communauté avec l’accompagnatrice ou l’accompagnateur régional et réciproquement? Ou, à défaut, avec la coordination générale de MCQ/RFC? Je sais bien qu’aucune communauté n’entretient peur et méfiance. Mais la prudence n’est pas toujours ce que l’on croit! Elle peut même s’avérer un bon alibi. Si on respecte et on accepte sincèrement la différence, alors on admettra que toutes les communautés sont différentes dans leur nature et semblables dans leur mission. Est-ce que les communautés d’un même territoire se rendent visite mutuellement? S’entraident réciproquement? Organisent ensemble une ou l’autre activité pour se ressourcer et fraterniser? Une communauté n’appartient à personne en particulier, ce n’est pas une propriété dont je revendique la paternité ou la maternité.

5- Tout devient possible quand on fréquente les Écritures. Par exemple, les Actes des Apôtres inspirent le sens à donner à une communauté (naissante ou plus expérimentée), révèlent les attitudes gagnantes dans l’évolution de toute communauté (imaginez les différences profondes entre celles fondées par Paul, d’autres fondées par Pierre et Jacques, entre Juifs et Gentils de pays aux cultures si dissemblables)!

6- La lecture ou relecture des enseignements de John Main osb et de son successeur Laurence Freeman osb pour réactualiser l’intuition profonde qui a présidé à la mise en place de la prière contemplative au sein du christianisme.

7- Combien de fois nous consultons les principaux sites web reliant les communautés de méditation de toute la planète?

8- En conclusion, revoyons ce que nous étions à l’âge de vingt ans? Et, avec l’expérience et la sagesse acquises nos deux ou trois fois vingt ans devraient générer suffisamment de puissance et d’attrait pour donner des ailes à chaque communauté de méditation chrétienne du Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et d’ailleurs.

Bien amicalement, Yvon R. Théroux coanimateur de la communauté de méditation chrétienne Marie-Rivier à Mont-Saint-Hilaire.

Yvon R. Théroux, bioéthicien, religiologue, théologien
yvonrtheroux@hotmail.com


 



      Leadership  et communauté de méditation1 -2

•    L’envoi en mission: Initiative de l’Esprit
« Or un jour, tandis qu’ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit: Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l'oeuvre à laquelle je les ai appelés. » Actes 13,2. Il est impératif de réaliser en plénitude la mission qui nous est confiée.

•    Les personnes qui animent une communauté de méditation contribuent à réaliser ici et maintenant le Royaume de Dieu en renouvelant l’Église, en réalisant l’essentiel de « sa mission ».

•    Conditions gagnantes pour l’équipe d’animation: les attitudes de Jésus de son vivant :

1- Un coeur ouvert aux autres, quels qu’ils soient (l’accueil chaleureux et expressif est la clé de voûte au sein d’une communauté de méditation). Décentration du moi pour aller vers autrui.

2- La transformation intérieure opérée par la méditation touche toute la personne a) Dans son corps (gestes d’accueil, sourire et rire, joie expressive, détente); b) Dans son coeur (compassion, compréhension libre de tout préjugé); c) Dans son esprit (libéré-e de toute peur, contrainte, fausse appréhension); d) Dans son âme (sentiment de paix, d’équilibre, de joie profonde).
 
•    Une communauté de foi n’attend pas d’être dirigée, mais guidée dans le respect;
l’équipe d’animation n’est pas au-dessus de la communauté mais en son centre;
elle reflète les valeurs évangéliques fortement humaines et humainement spirituels.

•    Le meilleur leadership est un leadership partagé en fonction des charismes de chaque membre.
Sous la mouvance de l’Esprit, guider, lever les obstacles, soutenir chaque membre, créer une vraie communauté en étant des témoins vivants d’une vie spirituelle inspirante, dans la persévérance et la patience aimante.

•    Une équipe ne se dissout pas à cause de problèmes:
La colère envers les personnes qui résistent au changement.
La frustration devant ce qui ne peut être changé.
Le désappointement devant une réalité prometteuse mais finalement stérile.
Déception de gens à qui on exprime sa tendresse et qui la rejettent!

Les problèmes sont-ils des épreuves pour l’être spirituel ou des questions que Dieu lui pose?

•    Tout ce qu’une équipe entreprend ne peut pas toujours réussir MAIS elle ne doit jamais cesser de revenir à la charge car elle est appelée à porter des fruits en abondance d’une saison à l’autre.

L’expérience de Paul nous éclaire ici: « C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Cor 12,10.

Enjeux et défis de fonder une communauté de méditation authentique.
Être vrai avec soi pour l’être avec les autres.
Développer une pensée proactive, positive, constructive.
Compter sur l’appui de Dieu pour changer en nous ce qui doit l’être, pour affronter des personnes difficiles et des situations tourmentantes.

Leçon de vie: Viktor Frankl.
•    Un long séjour dans un camp de concentration l’a amené à penser que tout est dans l’attitude adoptée vis-à-vis la vie. Il n’a jamais douté un seul instant qu'il allait un jour s’en sortir…et c’est ce qui arriva dans les faits!

La désespérance ne relève pas du christianisme.
•    À quelles conditions les communautés de méditation peuvent être ou devenir un « signe vivant d’espérance » dans notre monde actuel?

L’équipe est incontournable
•    Faire couple n’est point facile. Faire équipe est encore plus difficile, plus exigeant, mais cela est possible. Il faut relire les Actes des Apôtres pour observer comment les premières communautés ont réussi le pari de transmettre la Bonne Nouvelle et de vivre en ressuscité-e-s.

•    La fin de cette réflexion ouvre sur l’avenir.
Formons une petite équipe (2 personnes et plus), TRAÇONS ensemble UN PROJET qui puisse rassembler des femmes et des hommes qui veulent grandir ensemble tant au plan humain que spirituel.
Bonne route…

•    Consultez le site web: www.meditationchretienne.ca pour la version intégrale du diaporama, avec photos, à l’onglet « Publications », rubrique « Documents divers », dernier de la liste intitulé Leadership et communauté de méditation / Yvon R. Théroux, format PDF (2,80  Mg).

* Texte tiré d’un diaporama réalisé par l’auteur -  Tous droits réservés.

    Yvon R. Théroux    yvonrtheroux@hotmail.com


 



          Leadership et communauté de méditation1

 

Quelles sont les attitudes-clés de l’exercice d’un leadership au sein d’une communauté de méditation?

        Un premier élément de réponse dans l’épître de Jacques 3, 13-18 : La vraie et la fausse sagesse - « Est-il quelqu’un de sage et d’expérimenté parmi vous? Qu’il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse. Si vous avez au cœur, au contraire, une amère jalousie et un esprit de chicane, ne vous vantez pas, ne mentez pas contre la vérité. Pareille sagesse ne descend pas d’en haut: elle est terrestre, animale, démoniaque. Car, où il y a jalousie et chicane, il y a désordre et toutes sortes de mauvaises actions. Tandis que la la sagesse d’en haut est tout d’abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de compassion et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. Un fruit de justice est semé dans la paix pour celles et ceux qui produisent la paix.»

 

        La question: pourquoi je me retrouve dans une équipe d’animation d’une communauté de méditation?

John Main et Laurence Freeman enseignent souvent la nécessité de laisser « son image de soi » loin en arrière. Les personnes qui méditent veulent être des témoins vivants, vivaces et vivifiants d’une foi vécue, incarnée et enracinée dans l’engagement gratuit envers les autres! Des personnes qui ne sont pas là pour elles-mêmes mais capables d’accueillir toutes et tous SANS AUCUNE FORME DE DISCRIMINATION.


Les leaders authentiques pratiquent la fonction de prophétesse ou de prophète au sein de leur communauté de méditation. Écoutons Amos: « Je ne suis pas prophète…je suis bouvier et pinceur de sycomores. Mais Yahvé m’a pris de derrière le troupeau et Yahvé m’a dit: « Va, prophétise à mon peuple Israël. » 7, 14-15

 

       Amos, Jérémie… Alain, Claudette, Darquise, Diane, Emoke, Florence, François, Geneviève, Gisèle, Jean-Pierre, Johanne, Laurence, Lise, Louis, Louise, Lysanne, Madeleine, Marie-Thérèse, Mariette, Martial, Michel, Mylène, Paulette, Pierre, Pierrette, Raymond, Robert, Roger, Suzanne, Yvette, Yvon et tant d’autres… Jérémie: « La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes: Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré comme prophète des nations, je t’ai établi. » Jr 1,4-5

 

De la même manière, nous, femmes et hommes de ce temps sommes tous appelés à exercer la fonction de prophétesse ou de prophète et de leader au sein d’une communauté de méditation, comme nous pouvons le faire dans les réalités de ce monde.

 

La question sous-jacente: êtes-vous conscient-e que si vous êtes là, c’est parce que Dieu vous y a appelé-e?

       Aimé-e-s de Dieu, nous devons aimer à notre tour comme le dit si bien Jean: «Vous êtes mes ami-e-s si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle ami-e-s, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Jn 15, 14-17.

 

       Rappel: attitudes-clés: 1- s’affranchir de son image de soi; 2- nous sommes appelé-e-s pour exercer ce travail de leadership et accomplir la fonction prophétique de notre baptême; 3- aimé-e-s de Dieu, à notre tour, et tout comme Lui nous devons aimer sans aucune condition.

Nous devons aussi chercher et invoquer l’Esprit pour nous guider, y compris au cœur de nos activités car c’est l’Esprit qui distribue dons, talents et charismes pour que l’unité se réalise dans la diversité. 1 Cor 12. (La suite au mois prochain)

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com
 



Le septembre festif : toutes les activités humaines y sont concernées. Quelle révélation!

   
Quand on embrasse la vie dans toute sa plénitude, on ne s’enfarge pas dans de menus détails qui asphyxient, démobilisent, démotivent. On se dresse debout, à pleine grandeur. On vit passionnément l’instant présent qu’il soit heureux ou éprouvant. Qu’il soit hilarant ou démoralisant. Septembre est un mois des bilans, le dernier mois du troisième trimestre. L’agriculteur fait le bilan de ses récoltes comme d’autres font le bilan des vacances. Positif ou négatif, un bilan n’est toujours que sommaire et passager. Incontournable, certes, pour apporter les correctifs nécessaires et rebondir à nouveau. Mais il n’est pas la mesure absolue de toute une vie. C’est pourquoi les activités humaines diversifiées de septembre permettent la réflexion qui suit.

La « Fête du travail » permet à toutes et tous de se réjouir durant une journée - prolongeant ainsi une fin de semaine - de cette activité primordiale du gagne-pain. Le travail qui donne la dignité aux femmes et aux hommes, à des jeunes et à des seniors. Travail qui permet de réaliser « sa mission », c’est-à-dire de mettre à contribution talents et savoir-faire. Fête qui laisse à penser à celles et ceux qui sont privés de ce lieu d’épanouissement et d’altruisme potentiel. Le travail partagé permet des solidarités. La simplicité volontaire engage à partager plus de temps avec les siens en délaissant une part de profits plus gros qui risqueraient de devenir problématiques et en même temps en laisse à d’autres, jeunes, débutants, travailleurs recyclés dans un nouveau domaine. Une fête bien humaine.

Septembre, c’est aussi le mois des fêtes juives, quasi exclusivement. Juives et Juifs fêtent du 8 au soir au vendredi 10 Roch Hachana, le premier de l’An 5771. « D’autre part, cette fête tombe au septième mois de l’année hébraïque selon le calendrier biblique. Ainsi, l’origine de la fête de Rosh Hashana se trouve dans la Bible (Lévitique 23, 23-25) »1. Puis la fête du « Grand Pardon » les 17 et 18 septembre : « Le but de tout ce que l'on fait à Yom Kippour (jeûne, prières et autres) est d'obtenir l'atonement, la décision Divine de suspendre le jugement pour nos mauvaises actions. Et pour cela, il faut éprouver une sincère repentance, c'est-à-dire identifier ces actions, les avouer et regretter ce que l'on a fait. Il est évident qu'un profond désir de ne pas retomber dans ces mêmes erreurs doit accompagner toute repentance »2. Deux fêtes où se mêlent la fibre humaine et des significations religieuses.

Du 22 au soir au vendredi 1er octobre : Souccot. La plus universelle des fêtes juives. « Comme nombres de fêtes juives, Souccot - cabanes ou tentes en hébreu - a une origine agricole. À l’époque biblique, on construisait des cabanes dans les vignes pendant les vendanges pour protéger sa récolte durant la nuit. Peu à peu, Souccot devint une fête d’action de grâce pour la récolte d’automne et particulièrement les vendanges comme il est écrit dans le livre du Deutéronome : "Quant à la fête des tentes, tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir" (16, 13) »3. Relatons aussi les fêtes suivantes : Chemini Atseret : (hébreu: Yom hachemini atseret « solennité de clôture du huitième jour ») est une fête juive prescrite par la Bible, célébrée le huitième jour à dater du début de la fête de Souccot, et marquant le début de la saison des pluies en terre d'Israël. Bien que fortement associée à Souccot, elle n'en est pas moins considérée comme une fête indépendante de cette dernière »4.

Sim’hat Torah : « Toute l'année, le peuple juif souffre pour la Torah, voire se bat pour elle. En ce jour de Sim’hat Torah, il exprime sa joie à son égard - non seulement du fait que la Torah soit réalité, mais encore, et surtout, car il y est profondément attaché, de par une appartenance intime. Et en ce jour il ressent carrément une joie de l'âme, et ce, grâce à la Torah »5.

Septembre enclenche les activités nombreuses et diversifiées dans tous les secteurs de la vie humaine.
Fêtes des récoltes, pardon, reconnaissance : une « nouvelle » année d’activités se met en branle. On veut faire mieux qu’hier. Mais cette farandole  d’engagements ne doit pas nous éloigner de notre être profond qui peut leur donner une portée significative hautement humaine et ultimement spirituelle. Sachons garder des temps de silence pour nous. Ils sont si révélateurs. Précieux pour le corps, l’esprit, le coeur et l’âme.

1 www.jerusalem-religions.net 
2 www.harissa.com
3 et 4 www.wikipédia.org
5 www.lamed.fr

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com
 




                                                  
 Un mois de transition, un tournant, une charnière.

On vient tout juste de vivre des vacances, seul, en couple ou en famille. Ce fut un grand bienfait pour la majorité d’entre nous. Cela a permis de prendre des distances bénéfiques par rapport au quotidien, exigeant et souvent répétitif, accaparant et parfois préoccupant. La vie a de ses surprises…une façon originale, et parfois inédite, de faire comprendre que seulement penser pouvoir  contrôler sa vie – à divers degrés - relève souvent d’une illusion. Le mois d’août annonce pour un grand nombre la fin de la récréation et la perspective du train-train quotidien. Fin de la récréation, disions-nous?

Dans ce mot clé il faut saisir le verbe actif « recréer ». Nous ne sommes plus les mêmes et de subtiles transformations se sont opérées. Car en période de latence, la réflexion se réalise plus facilement. Les décisions se prennent plus aisément. Plusieurs ont même déménagé le 1er juillet et s’adaptent tranquillement à un nouveau quartier, à une nouvelle ville, voire même à une nouvelle région. Mais on se souvient, assurément et non sans nostalgie, de moments marquants vécus en plénitude, seul(e), en couple ou en famille. Les vacances qui font franchir aux uns et aux autres une nouvelle étape dans l’année courante, dans leur croissance humaine, et ce, au niveau de diverses dimensions de leur être. Un temps nécessaire de répit, de remise en question, d’élaboration de projets de toutes sortes, de planification pour soi et pour les enfants quand il y a lieu.

On a passé du temps à la campagne, en camping ou autrement. On a fait des rencontres signifiantes. On a goûté de plus près la nature dans ses multiples expressions. On s’est réjoui ensemble autour d’un bivouac, on s’est surpris à contempler un coucher de soleil en silence. Bref, on a touché à l’essence de notre être que la vie ballotte allégrement au gré des vents de changements, de marées basses ou hautes. Telle est la vie dans son abondance et sa complétude. Mais notre fragilité demeure néanmoins. Déjà interpellé par le retour au quotidien qui risque trop souvent de devenir banal et effacer l’élan vital d’un nouveau départ annoncé par la fin des vacances. Tout s’oublie trop rapidement comme les enfants qui grandissent si vite qu’on néglige les repères fondamentaux d’une relation vitale parents-enfant(s).

Des inquiétudes montent devant les nombreux défis afin de répondre à tous les besoins de chacun(e) à l’aube de la nouvelle année scolaire. Surtout s’il s’agit d’un nouveau lieu à fréquenter. L’inconnu fait peur. Mais c’est aussi un carrefour où il faut savoir puiser à même nos « forces intérieures », des « forces vives » qui, seules, permettent d’avancer positivement et constructivement en avant dans la « vraie vie ». C’est l’aventure « spirituelle » de tout être humain. Comprenons que le qualifiant « spirituel » indique simplement ce qui relève de l’esprit humain. Il sert aussi à décrire tous les efforts faits pour répondre personnellement et intérieurement aux éternelles questions de l’humain : pourquoi je suis là, je vis, je vis telle réalité ici et maintenant, je souffre, je fais l’expérience opposée et contradictoire du bien et du mal qui coexistent, je perds des êtres chers, etc.

C’est le seuil d’une réflexion qui se tisse à même ma croissance à tous les niveaux. J’apprivoise tranquillement la nécessité vitale de contacter une vie intérieure qui m’habite et dont je ne soupçonne pas tout le potentiel! Mon comportement psychologique, ma vie psychique font intégralement partie de ma « vie intérieure » tout comme mes catégories mentales propres, mon jugement moral. Mais il a cette synapse qui unit tout et me révèle mon caractère unique et ma personnalité spécifique au sein de cet univers dont je suis partie prenante. Je touche alors à la fibre qui m’élève comme « être spirituel en plénitude ».

Je puis alors méditer sur ce « mystère » que je suis à moi-même et pour les autres et qui ne sera jamais épuisé à travers les multiples relations dans toute mon existence. Pour cela, il me faut accéder à mon « jardin intérieur ». Prends le temps d’y entrer. Tu verras, ça en vaut l’effort et l’audace. Ce site web - www.nidraj.ca - peut t’y aider.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com

 


La pauvreté de la méditation


Un interlocuteur me disait récemment que la méditation était « tendance ». Une expression pour expliquer l’engouement actuel des personnes de notre temps pour la méditation, qu’elle soit séculière ou pratiquée dans le cadre d’une tradition religieuse. Cela ne m’étonne guère car il en est de plus en plus question dans les milieux scientifiques. On mesure l’impact de la méditation sur la santé globale. La quatrième émission radiophonique de la série « Vivre autrement », entièrement consacrée à la méditation, laisse la parole à des scientifiques reconnus et d’autant plus crédibles. On traite nommément des fruits de cette pratique et quelques témoignages de méditantes et de méditants corroborent les avancées de l’investigation scientifique.

Alors plusieurs personnes décident de s’inscrire à des cours de méditation offerts par des particuliers, des institutions ou même encore par le volet des activités culturelles d’une municipalité (comme à Saint-Basile-le-Grand sur la rive-sud de Montréal). Cette pratique peut se confondre avec une prescription médicale où les résultats devraient venir assez rapidement et contribuer soit à la guérison ou, à tout le moins, à une amélioration sensible de l’état de santé. Et tout cela va bon train. Une vogue?

La méditation, pratique séculaire au sein de traditions religieuses occidentales et orientales ou de sagesses de l’Extrême-Orient, permet peut-être de cerner certains aspects de façon première. Certaines d’entre elles se fondent essentiellement sur la pratique méditative - rappelons-le- comme l’hindouisme (le yoga indien), le bouddhisme, le taoïsme (yoga chinois) via la respiration embryonnaire pour ne citer que celles-ci. Assis-toi et médite. Car c’est en pratiquant celle-ci qu’on apprend (learning by doing it). Quelques techniques de base, postures et respiration, qui, bien intégrées, permettent de passer au coeur même de cette activité. À trop insister sur l’approche physique et psychologique, on risque d’en oublier la portée spirituelle. Et cette portée vaut aussi pour les approches séculières! Mais il y a des attitudes classiques, longuement éprouvées, qui président à toutes les formes de méditation.

On ne doit pas se fixer des objectifs ou exprimer des attentes spécifiques. Il s’agit d’un abandon tout à fait gratuit aux forces vives. Nous, les Occidentaux en général, sommes habitués à payer et à obtenir en retour : biens de consommation, services, privilèges etc. De plus, les résultats devraient venir selon un échéancier prédictif, efficace et efficient. Or la condition préliminaire exigible est la persévérance. Mais d’un type particulier : elle échappe en partie à l’espace temporel qui constitue, chez l’humain, une limite incontournable. Au surplus, il faut constamment se remémorer le fait suivant : dans la pratique méditative nous sommes toujours des débutantes et des débutants. Analogiquement, cela correspond à une sorte d’ « éternel recommencement ». Il n’y a pas de place, mais aucune, pour la vantardise. C’est plutôt l’humilité comprise dans son sens fort et inspirant :

« L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de tout ce qu’on n’est pas 1. »

Dénudée, simple et humble, voilà bien la méditation. Elle porte l’étoffe de la pauvreté. Et plusieurs l’abandonnent plutôt rapidement après quelques temps d’essai. Car il s’agit principalement de devenir libre et libérée des occupations et préoccupations qui forment le menu de notre quotidien. Et, pour ce faire, on développe, en sens inverse, des aptitudes à l’attention, à l’écoute, au silence pour mieux s’unifier, pour réaliser l’unité intérieure tout à l’opposé de la dispersion mentale. On s’habilite progressivement, et fort lentement, à sortir de la farandole des distractions multiformes. Conscient qu’on ne peut pas arrêter le flux des pensées pas plus qu’on peut arrêter les battements cardiaques. Mais les moyens simples de la méditation, en l’occurrence revenir au mantra, nous sculptent presque qu’à notre insu. Celles et ceux qui goûtent la « pauvreté » de la méditation en sortent enrichis. La période estivale ne serait-elle pas un moment opportun pour commencer à méditer?

Les vacances fournissent tout naturellement l’immobilité extérieure propice à la méditation. L’immobilité intérieure, en contactant le silence déjà là en moi, me permettra de faire une expérience hautement spirituelle si je demeure moi-même « pauvre en esprit ».

1 Comte-Sponville, André, Petit traité des grandes vertus, Paris, P.U.F., 1998,  p. 187

Yvon R. THÉROUX
yvonrtheroux@hotmail.com



 

Un lien de parenté entre méditation et résurrection?

   
Une période du mazdéisme (ancienne religion perse), le judaïsme, le christianisme, l’islam postulent la « résurrection ». Mal comprise, l’idée de « résurrection » laisse planer exclusivement un état d’être à venir, une action qui précéderait un ‘Jugement dernier’. Ce serait donc une réalité qui échappe totalement au commun des mortels en cette vie ici-bas.

Pourtant, la méditation veut, dès maintenant, présider à la seconde naissance (lire M. Zundel) de chaque être humain ici et maintenant. Expression d’une liberté consentie, « se lever une nouvelle fois », bref la résurrection, est aussi une réalité du présent. Marc (1,15) nous dit que le « Royaume est déjà là parmi nous ». Alors, et dans ce sens,  il nous faut proclamer que la Vie est belle pour les ressuscité-e-s dès maintenant!

Le monothéisme mazdéen : « Dans les Gâtha, recueil essentiel de l'Avesta -où Zoroastre s’exprime- est affirmée l'immortalité de l'âme, une immortalité qui n'a rien à voir avec la géhenne ou shéol judaïque, celui-ci étant similaire au séjour des morts décrit dans les textes akkadiens (voyage d'Ishtar aux enfers). Dans l'eschatologie avestique, les âmes immortelles, après un passage discriminatoire, le pont Cinvat, qui correspond au jugement, seront dirigées vers l'enfer, le purgatoire ou le paradis (paradis vient du mot " paradesa ", qui veut dire " jardin " en vieux persan), séjour des bienheureux. La résurrection des corps est également promise à la fin des temps dans un monde délivré du mal. » Élisabeth Marescot dans http://www.culture-arabe.irisnet.be/zoroastre.htm

Le judaïsme : Lors des funérailles, l'espoir dans la résurrection est inclus dans une prière pour la rédemption du peuple tout entier. « Comme le dit Nahmanide   (XIIIe s.), ce n’est pas la résurrection elle-même mais la croyance en la résurrection qui se trouve mise en cause par la crémation, du fait que l’on n’accorde plus aucun égard au corps. » Il écrit : « Rien n’empêche, le Saint béni soit-Il, de réunir toutes les parties disséminées d’un corps ou de destiner à la résurrection tous les martyrs qui ont péri par le feu. Il n’en demeure pas moins que tout ce qui est dit dans la Loi est destiné à conforter la croyance en la résurrection des morts, c’est pourquoi on ne doit pas porter atteinte à la dépouille » (Chaâr ha-Guemoul). » rabbin Rivon Krygier « L’angoisse de l’après-mort »  dans http://www.massorti.com/Cremation-et-Judaisme

Le christianisme : Le mot résurrection vient du latin via le moyen français (resurrectiun, première moitié du XIIe siècle), formé sur le supin resurrectum de resurgere, littér. se lever une nouvelle fois. Avec une majuscule, Résurrection désigne le passage physique de Jésus-Christ de la mort, suite à sa crucifixion, à la vie manifestée le matin de Pâques, « le troisième jour, selon les Écritures ».  Le christianisme se fonde sur la croyance que Dieu nous a été révélé par la personne ou l'histoire de Jésus Christ. Le sommet de cette automanifestation, selon la constitution dogmatique Vatican II sur la révélation (Dei verbum, 4) a atteint son sommet avec la mort et la résurrection glorieuse du Christ qui furent suivies de l'envoi de l'Esprit Saint. La résurrection de Jésus crucifié est l'acte décisif qui non seulement a révélé Dieu en trois personnes de façon définitive et insurpassable, mais aussi inauguré la fin de l'histoire et la plénitude du Salut. La résurrection ne doit pas être confondue avec la simple réanimation physique comme le propose le texte biblique de la fille de Jaïre (2 Marc 7). Elle doit être comprise comme une anticipation de la résurrection générale et glorieuse, telle que la littérature apocalyptique l'attend à la fin de l'histoire. Passage tiré du site de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org,  (taper christianisme et résurrection).

 L’islam : Le Jour Dernier ou Jour de la Résurrection est le jour où les comptes seront faits, où les récompenses seront attribuées. On l'appelle ainsi car ca sera le tout dernier Jour, où il n'y aura pas d'autres jours après lui, où les gens du Paradis et de l'Enfer gagneront leurs demeures. La Croyance au Jour Dernier comprend trois points : la Résurrection, la Rétribution et le Paradis et l'Enfer. Croire en la Résurrection, qui sera le retour à la vie de tous les morts, et cela au moment où l'on soufflera pour la deuxième fois dans la Trompe. Les gens se lèveront vers le Seigneur des Mondes, ils ne seront ni vêtus, ni chaussés, leur nudité ne sera pas cachée, et ils ne seront pas circoncis. Allah, le Très-Haut dit : « Tout comme nous avons commencé la première création, ainsi nous la répèterons comme nous nous le sommes promis, car certainement, nous sommes ceux qui accomplissent. » Sourate 21. Les Prophètes (Al-Anbiya).Verset 104.   La Résurrection est un événement fondé et prouvé par le Coran, et la Sounna et le consensus des premiers musulmans. Allah dit : « Ensuite, vous serez morts après cela. Ensuite vous serez ressuscités le Jour de la Résurrection. » Sourate 23. Les croyants (Al-Muminune) verset 15-16.
 
La méditation amène à la contemplation du Ressuscité qui agit en nous par l’Esprit. Faire lever une nouvelle fois ce monde en se levant soi-même une nouvelle fois pour rendre témoignage à la Lumière (Jean). Transcender, dans la foi, l’imaginaire apocalyptique.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com



Méditer, c’est passer du printemps de la vie à la vie du printemps!

 Des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes aînées méditent ici et sur tous les continents. Certains objecteront qu’on ne voit pas souvent ces personnes. Ces méditantes et méditants  ne sont pas préoccupés par un intérêt à exhiber ou à démontrer publiquement cet espace  d’intériorité initié par la prière contemplative. Ces personnes ont quitté l’esprit du monde et son vernis superficiel. Elles ont opté pour l’essentiel qui se traduit par l’apprivoisement du silence, le recueillement (unité du dedans), l’attention et l’écoute. C’est l’éclosion du printemps d’une vie, d’une vie nouvelle consentie librement.

Un recommencement notable et important. C’est se situer à la Source même qui peut tarir toute soif. Une eau pure et vive qui n’étanche pas qu’une soif passagère mais nourrit tout l’être et le revitalise entièrement (La Samaritaine des Évangiles : Jn 4, 5-42). La lumière se fait plus proche et chaleureuse et devient indispensable pour la croissance de tout le vivant. Chaleur du cœur qui revigore et redonne des ailes aux humains: courage, détermination, volonté de grandir sont au rendez-vous (Guérison de l’aveugle-né en l’Évangile de Jean : Jn 9, 1-41). Les parfums printaniers taquinent les narines. Tout se renouvelle. Le grand ménage du printemps effacera les dernières traces de l’hiver. Les torrents s’écoulent dans un grondement de ténor, les ruisseaux et les rivières courent comme de folles gazelles. C’est partout les manifestations de la vie qui pousse.

 Les méditantes et méditants ne sont pas des personnes exceptionnelles, des athlètes de la prière. Elles ont tout simplement résolu de faire de manière extraordinaire les choses les plus ordinaires. Centrées sur l’essentiel, sur le moment présent qu’elles vivent intensément. Comme ces enfants auxquels Jésus de Nazareth réfèrent si souvent pour expliquer qui peut participer au Royaume (Mc 10, 13-16; Lc 18, 15-17).

 Ces personnes qui leur ressemblent sont celles qui ont gardé leur sens de l’émerveillement, leur capacité de reconnaissance devant la vie donnée. Humant le moment présent en le dégustant sans devoir se préoccuper d’hier qui n’est plus et de demain qui n’est pas encore. Leur vie est un continuel printemps : un hymne à l’amour de la vie. Profondément ancrées dans l’instant présent, elles ne déchantent pas au premier obstacle, au premier échec, à la première épreuve. Elles rebondissent et trouvent les solutions appropriées. Habituées à garder le silence, la réflexion devient plus aisée et plus aidante. Elles ont tout simplement quelques atouts de plus que d’autres personnes, fruits de la méditation biquotidienne.

 Le printemps est synonyme de bouillonnement, d’éclosion, de croissance, de poussée vers l’avant. Des personnes méditantes sont apparemment et paradoxalement engagées dans la vie courante de toutes leurs forces : pensons à Mahatma Gandhi, à Teresa de Calcutta, Jean Vanier. Que faut-il alors comprendre?

C’est que plus nous avons une vie engagée, plus nous assumons d’importantes responsabilités, plus des moments d’arrêt s’imposent au quotidien. La qualité des projets, de leur résultat, se mesure souvent à l’aulne des temps de silence qui les renforcent, les précisent, les élèvent. Un peu comme ces silences incontournables en musique pour tout compositeur. Si la vie du printemps est exaltante, la vie des méditantes et des méditants est inspirante. On apprécie toujours des gens tranquilles, calmes et sereins. Dans les moments pénibles d’une vie, on fait appel à leurs services On les sait capables, on les sent prêts à intervenir judicieusement et adéquatement. Ils ne sont pas supérieurs. Bien au contraire. Mais du printemps de leur vie qu’ils ont décidé, ils vivent maintenant un printemps perpétuel qui est une symphonie gracieuse, harmonique, stimulante, créatrice, lumineuse. Ils gèrent les difficultés sans se décourager.

 Décide par toi-même et pour toi-même de renaître, c’est-à-dire de connaître un nouveau printemps dans ta vie. Tu seras époustouflé(e) du résultat. Un grand spirituel contemporain, Maurice Zundel, affirme dans ses écrits que ce n’est pas la première naissance qui est la plus difficile, celle que nos parents nous ont donnée, préfabriquée. C’est la seconde, la plus déterminante, car je dois personnellement  m’arracher à la première pour devenir moi-même en plénitude. Renaître à moi-même, me découvrir dans la vérité de qui je suis pour me lever et aller vers… (L’enfant prodigue du texte de l’évangéliste Luc re-naît : Lc 15,11-32). On comprend ici le malheur de celles et ceux qui s’apitoient sur leur passé, rendant responsables tantôt leurs parents, tantôt certains membres de la famille ou de leur entourage immédiat. Ce sont des victimes perdantes. Nous sommes nés pour devenir des vainqueurs, des re-né(e)s gagnant(e)s. Relis le passage du dialogue entre Jésus et Nicodème (Jn 3, 1-21).

 Fais-toi ce cadeau inestimable. Il n’y a pas d’âge pour RE-NAÎTRE.

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com


 

Février : un mois bref dédié à l’amour éternel

Parmi les expériences humaines universelles, l’amour remporte la palme sans nul doute. En parler n’est jamais simple puisqu’il s’agit d’une expérience si intense que les mots ne peuvent en épuiser le sens et la profondeur. Et la poésie est probablement de par sa nature litteraire, le meilleur véhicule pour en témoigner. La Saint-Valentin (1)  veut donner une occasion de réfléchir, et de vivre, au-delà de la tourmente quotidienne, un moment d’amour ineffable. Journée-oasis dans la vie de chacune et de chacun. L’amour, une réalité trine qui jalonne le cours de notre vie. La terminologie grecque emploie trois concepts différents pour tenter de le cerner : éros, philia et agapè. Il ne s’agit pas de degrés qualitatifs mais de qualifiants marquant des étapes de transformation de la personne dans le processus de maturation qui devrait aboutir naturellement à la sagesse.

Éros (Chez les Grecs de l’Antiquité, le dieu de l’amour (2).) Il caractérise cette phase incarnée de l’amour où deux êtres s’unissent, corps, cœur, tête et âme. Il n’est point étranger à l’expérience spirituelle et la mystique l’évoque à travers des métaphores évocatrices. Le moment extatique n’est pas seulement charnel. Il est plus et transcende les personnes qui le vivent. C’est pourquoi des philosophies religieuses l’intègrent pleinement à l’expérience spirituelle universelle tout comme certaines sagesses de l’Extrême-Orient. Le taoïsme qui, entre autres choses, enseigne des « techniques sexuelles », le fait pour que le corps « se spiritualise ». Et la respiration embryonnaire du yoga chinois incarne bien le mouvement cosmique (Tao/Dao) avec lequel tout adepte veut entrer en harmonie. La méditation taoïste intègre donc "Éros". 

Philia "Aristote appelle philia l'affection qui fait que nous aimons un être pour ce qu'il est et non pour ce qu'il peut nous apporter" Wikipédia, et il correspond à l’expérience d’amitié. Expérience relationnelle et communicationnelle qui défie parfois le temps pour certains individus. D’où les expressions « ami-e-s d’enfance », « ami-e pour toujours » et on se fait un plaisir de retracer l’histoire d’un événement-clé qui a vu naître une telle amitié. Il est question de liens sacrés. C’est une expression amoureuse modulée par une fréquence différente de l’amour conjugal. On se sent bien en la présence d’un-e- ami-e. La confiance tisse leur relation. C’est pourquoi Jésus Ben Sira (IIe siècle av. J. C.), dans un extrait consacré à l’amitié, signalera la rareté des vrais amis et leur valeur inestimable :

" Un ami fidèle est un puissant soutien : qui l’a trouvé a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, on ne saurait en estimer la valeur.  Un ami fidèle est un baume de vie… "  (Ecclésiastique, 6, 14-16)

Agapè retrouve toute la force de l’amour altruiste et réciproque. C’est un amour engagé, concret, inconditionnel et sublimement partagé. C’est à ce signe vivant qu’on repérait dans les temps apostoliques les disciples de la Voie (Actes des Apôtres) nommés ultérieurement, chrétiennes et chrétiens.  Lorsque Luc évoque la première communauté chrétienne, il en parle en termes inspirants :

« Ils se montraient assidus à l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Ils mettaient tout en commun (…) Jour après jour, d’un seul cœur, ils rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. »  (Actes 2, 42-47)

Méditer sur l’amour c’est peut-être aussi travailler sur soi pour en extraire le meilleur. C’est aussi contempler le bon, le bien, le beau qui gisent en nous mais qui appellent, par amour, à s’extérioriser, à se manifester. Ce trésor enfoui au tréfonds de notre être n’existe que pour être partagé et faire le bonheur de toutes et de tous. Les contrefaçons de l’amour par trop nombreuses, sont à discerner de l’essence même de cette expérience lumineuse.

(1) (2) Voir les termes "Saint Valentin" et "Éros" sur Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com             



Janvier 2010 : Déjà une décennie du IIIe millénaire achevée…

Le «bogue de l’an 2000 », c’est presque déjà très loin! Une revue des actualités marquantes durant ces dix dernières années laisse entrevoir les grandeurs et les misères de l’humanité, ses aspirations et ses déceptions, ses victoires et ses échecs. Et à chaque nouvel an, on se targue de recommencer à neuf, de repartir d’un bon pied et de faire les choses comme jamais auparavant. L’intention est bonne, la volonté politique de changer en profondeur est souvent absente. C’est tellement humain. C’est à croire que la seule espèce pensante désespère de s’améliorer, de se dépasser, de s’autotranscender. Sa zone de confort  est tellement sécurisante! Pourquoi en sortir? Pourquoi changer quoi que ce soit?

Alors qu’on tente d’exploiter l’intelligence animale sous divers angles, des chimpanzés apprivoisent un clavier d’ordinateur, la corneille apprend à parler etc., que fait-on de cette espèce pensante, unique en son genre? Elle a le génie de faire évoluer rapidement la technologie dans toutes les sphères d’activités des humains, et plusieurs de ses exploits sont nommés « miracles de la science ». C’est tout à son honneur. Mais n’y aurait-il pas la possibilité d’autres « miracles »?

La pleine conscience, la réalisation intégrale de qui je suis au tréfonds de mon être,  l’éveil au Réel, ne sont-ils pas tout aussi importants que la conquête de l’espace et la maîtrise des technologies de l’infiniment petit (nanotechnologies)? Car si de plus amples efforts étaient orientés dans cette direction, les réalisations humaines dans tous les champs du savoir et de leurs diverses applications n’en seraient-elles pas enrichies au maximum? Et, me semble-t-il, l’environnement global en serait, certes, plus sain, plus harmonieux, plus pacifique. Comme de  l’ « uranium enrichi » à des fins nobles, légitimes et pour desservir la cause infiniment précieuse de toute l’humanité.

À partir de cet énoncé plausible et possible - et pas du tout utopique - j’arrive à mieux saisir et comprendre la pensée de mystiques qui affirment, du moins dans la tradition chrétienne, que Dieu a voulu s’incarner (prendre chair au sein de l’humanité) pour que l’humain se divinise. C’est un appel tout à fait vraisemblable!

On pourrait me rétorquer facilement qu’une telle idée est irréaliste, et en fait, irréalisable. L’attraction de la zone de confort est si séduisante, puissante, totale…En revanche, je me réfère fréquemment à une étude d’un jeune chercheur qui a voulu comprendre le phénomène de la vague dans les stades. Avec l’hypothèse de 100,000 personnes dans un immense stade, il a conclu qu’il fallait trente-cinq personnes seulement pour initier et activer la vague. Je trouve intéressant de constater depuis le début du IIIe millénaire la réalisation de certains visionnaires : André Malraux avait affirmé que le XXIe siècle serait mystique ou il ne serait pas. Dans des termes similaires, l’éminent théologien Karl Rahner a tenu des propos semblables. Un grand nombre de traditions religieuses reviennent à l’essentiel et reformule la voie mystique par excellence, celle-là même qui est faite d’attention, de  concentration, d’écoute, de silence. Les méditantes et les méditants de constituent pas une majorité dans les sociétés et les populations de l’ère postmoderne. Ils correspondent peut-être à ce noyau minimal qui peut faire lever une vague porteuse du bien, du beau et du vrai?

Toutes les personnes de bonne volonté - et particulièrement les jeunes des générations montantes - pourraient-elles  s’inscrire dans ce noyau minimal qui peut devenir levain dans la pâte? Ne serait-ce pas la voie royale pour rendre la possibilité que l’humanité révèle le meilleur d’elle-même dans l’espace cosmique de l’infini et dans le temps présent de chacun des instant qui composent les existences?

Que cette année soit surprenante, enthousiaste, emballante, féconde en rebondissements imprévus mais constructeurs. Une nouvelle décennie commence…

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com



II- Quelques fruits, non exclusifs, de la méditation.

1-    Calme : La personne active, et parfois même nerveuse, ressent progressivement la détente intérieure. Pourquoi s’agiter au niveau de l’accessoire alors qu’il serait primordial d’écouter son corps, son coeur et son esprit dans un état de maîtrise de soi?

2-    Discipline : Un mot qui fut ballonné  jusqu’à récemment de façon malveillante. La discipline n’entrave en rien la liberté d’être. Au contraire, elle lui sert un supplément inestimable et contribue au calme et à l’équilibre. Indispensable pour méditer deux fois le jour, matin et soir.

3-    Équilibre : C’est la vertu du milieu qui libère des excès dans un sens ou dans l’autre. Siddhârta Gautama S. Bouddha, dont la vie a oscillé entre la richesse princière et l’extrême dépouillement, y compris dans le jeûne, a découvert la joie profonde de l’équilibre. Depuis cette expérience on surnomme souvent le bouddhisme « la Voie du milieu ». Un état de bien-être entre la léthargie et l’agitation.

4-    Apaisement : pour arriver à la concentration, il faut un corps et un esprit apaisés. John Main osb. parle de l’immobilité, intérieure et extérieure, toutes deux prérequises au développement de l’attention. Cette dernière est indispensable pour faire l’unité de soi, en soi.

5-    Vigilance : C’est une aptitude à la pleine conscience d’être. La vigie est un contrôleur qui observe avec tout son être dans des situations ou des états extrêmes : brouillard, visibilité nulle ou fortement amoindrie. Au-delà du mental et de ses nombreuses distractions, revenir au point de concentration.

6-    Souplesse : La rigidité n’a aucune parenté avec l’une ou l’autre forme de méditation. S’il y a toujours une technique de base à assimiler et à intégrer dans l’apprentissage de la méditation, ce dernier se réalise davantage dans la souplesse et la vigilance. Autrement, à trop insister sur la technique, on en vient à oublier l’essentiel : méditer. La méditation doit épouser l’horaire de tous et chacun, et non l’inverse. La méditation assise et la méditation en marchant supposent une adptatabilité circonstancielle

7-    Bienveillance : La méditation cultive le goût du bien et du bon en pacifiant les relations humaines. Elle suggère fortement l’éradication de la violence sous toutes ses formes. C’est, en quelque sorte, transcender l’animal que nous sommes pour faire advenir l’humain en nous, pour nous et pour tous les autres.

8-    Harmonie : Au contraire de la discordance, de la dispersion et de l’incohérence, la méditation amène une relation harmonieuse de toutes les composantes de la vie d’une personne. Au surplus, se dégage une relation harmonique des diverses relations amicales, amoureuses ou professionnelles.

9-    Lucidité : Un esprit lucide devient plus pénétrant et plus perspicace. Les idées sont plus claires parce que la conscience est plus vive. On devient clairvoyant sur soi-même, sur son propre comportement par une meilleure conscience de qui on est et de ce qu’on veut devenir.

10-  Joie : Bien au-delà d’une simple émotion, la joie devient un sentiment exaltant ressenti par toute la conscience revivifiée. C’est un aboutissement suave de la pratique méditative. Si « faire de sa vie un chef d’oeuvre »(1) est le leitmotiv de tous les sages, le chemin de la méditation n’y est pas du tout étranger, et il est beaucoup plus fréquenté en ce XXIe siècle (2).

Cette liste n’est pas du tout exhaustive, car l’expérience des uns et des autres pourraient, sans conteste, l’enrichir qualitativement. Ces fruits de la méditation apparaissent en leur temps, ce temps qui survient suite à une longue maturation et une pratique persévérante.

(1)   Bédard, Jean et Jean-François Malherbe,  Telle une « oeuvre d’art », la vie, avec des textes de Christiane Besson, Josée Fabien, Pierre Lussier, Jacques J. Perron et Yvon R. Théroux, Sherbrooke, Éditions GGC ltée, 2003. 157 p.

(2)  Peck, Scott, Dr., Plus loin sur le chemin le moins fréquenté, Paris, Laffont, 1995. p. 238

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

 

 
   

Quelques fruits, non exclusifs, de la méditation

Qu’elle soit de source séculière, spirituelle ou religieuse, la pratique méditative apporte des fruits dits incontestables. Cela fait déjà quelques décennies que des études scientifiques, réalisées au niveau universitaire, tentent de mesurer avec précision des impacts neurophysiologiques et psychologiques sur les personnes qui pratiquent assidûment la méditation. En cette matière, les nouvelles technologies mesurant l’activité cérébrale sont bienvenues. Référons en tout premier lieu à  www.chaouqi.net/index.php?2005/07/18/19-meditation-et-neurosciences

Méditation et neurosciences

Le Massachusetts Institute of Technology a tenu un symposium en présence du Dalaï Lama et de neuroscientifiques réputés pour discuter des bienfaits de la méditation sur la santé.

Avec 2 500 ans de pratique méditative, les Bouddhistes connaissent bien, quoique de façon empirique, les effets positifs sur la santé. Depuis une dizaine d’années, c'est au tour des neurologues de s'intéresser de plus en plus à la biologie de la méditation. Richard Davidson, du département de psychologie de l’Université du Wisconsin, est l’un des principaux organisateurs du symposium qui s'est tenu samedi dernier au MIT. Dans son laboratoire de neurosciences, il dirige des expériences sur des moines tibétains et des adeptes de la méditation.

Lors des expériences, Richard Davidson demande aux participants de s'installer en état de méditation. Les cobayes sont ensuite soumis à des stimuli perturbants – images agressives, bruits. Par imagerie médicale, les scientifiques mesurent les impacts de cette situation sur leur cerveau. Les adeptes de la méditation surmontent plus facilement les événements perturbateurs que les autres. La méditation laisserait des résidus biologiques au niveau du cortex préfrontal, dans la partie gauche associée aux émotions positives, expliquent les scientifiques au New York Times, dans son édition du 14 septembre.

Les chercheurs ont décelé une intense activité chez les personnes capables de réguler leurs émotions par la méditation. Des études montrent que cette pratique favorise une meilleure activation du système immunitaire, certains patients atteints de psoriasis guérissent quatre fois plus vite s’ils méditent. Le Dr Davidson a récemment établi le lien qui existe entre l’activité dans la partie gauche du cortex préfrontal et l’augmentation du niveau d’anticorps (Proceedings of the National Academy of Sciences).

La recherche dans ce domaine est récente. Mais elle commence à s’imposer grâce aux nouvelles technologies qui permettent de mesurer les réactions du cerveau avec plus de précision. Si l’on se fie aux résultats aujourd’hui, méditer serait un moyen efficace, et pas cher, de réduire le niveau de stress, de combattre des maladies ou d’être tout simplement plus heureux.

Je donne encore deux sites web à consulter pour des articles spécifiques : www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=951            www.passeportsante.net/fr/Therapîes/Guide/Fiche.aspx?doc=meditation_th   (1)

Je crois important d’examiner en premier lieu les résultats sur le corps physique des personnes qui méditent. D’autant plus qu’un grand nombre d’entre elles s’adonne à la méditation d’abord et avant tout – et souvent exclusivement - pour l’amélioration de leur santé globale : une meilleure forme physique, une mémoire vive mieux entraînée, un système immunitaire plus résistant et combatif etc.  Des résultats mesurables qui séduisent plusieurs personnes qui pratiquent ou voudraient éventuellement pratiquer une forme ou l’autre de méditation. Mais des résultats mesurables, quantifiables, sont-ils les seuls à pouvoir contribuer à la croissance globale de l’être humain ? Nous en reparlons en décembre.

(1)      
Toutes les études ne vont pas nécessairement en ce sens. Il faut garder son esprit critique et apprendre à nuancer. Le site suivant, de rigueur scientifique, mérite d’être lu mais n’est pas non plus le dernier mot concernant toutes ces recherches nouvelles et récentes :                           www.jle.com/fr/revues/medecine/med/e-docs/00/04/35/CA/article.md?type=text.html

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

 


Octobre : un mois d’Action de grâces pour...

De façon officielle, il y aura bien sûr la fête de l’Action de grâces ce 12 octobre 2009. Il est utile de se rappeler que c’est le mois de plusieurs récoltes au plan agraire. Traditionnellement, dans les campagnes, des familles font aussi boucherie d’animaux engraissés depuis tôt au printemps pour assurer la nourriture durant les longs mois d’hiver.

Il y a donc, au plan séculier tout comme au plan religieux, des rites de reconnaissance envers la Terre-Mère pour les récoltes,  envers la Nature, si généreuse et féconde, envers l’Auteur de toute vie qui a mis à la disposition des humains toutes ces richesses potentielles liées aux besoins alimentaires. Fruits du travail de femmes et d’hommes, éleveurs, agriculteurs ou maraîchers. Ici prend tout son sens cette prière écrite par une personne anonyme (1):

Toute vie n’est qu’une.                                                        
Et tout ce qui vit est sacré.                                                           
Les plantes, les animaux et les humains,                                     
tous doivent se nourrir pour vivre                                                  
et pour servir de nourriture aux autres.                                        
Nous bénissons les vies sacrifiées                                               
pour nous donner ce repas.                                                 
Mangeons ensemble consciemment,                                        
résolus, par notre travail, à payer                                                   
la dette de notre existence.

C’est aussi le mois où la Nature, artiste par excellence, révèle la palette de ses coloris. Les citadins, en nombre non négligeable, réalisent un bref pèlerinage au coeur même des paysages bucoliques pour s’enivrer la vue de ces images inouïes. Des pellicules de photographies voudront immortaliser ces temps d’extase et d’éternel étonnement auxquels on voudra revenir occasionnellement pour réenchanter le quotidien de la vie durant des périodes plus mornes ou moroses. C’est donc dire qu’il y a bien manifestement au-dedans de tous les humains, un petit coin lumineux d’une attitude contemplative.

Dès lors, on saisit avec une meilleure acuité l’étoffe même de certaines spiritualités et traditions religieuses essentiellement fondées sur la contemplation, la méditation(2). Cela vaut aussi pour des spiritualités séculières ou dites laïques où le regard observateur et silencieux a toute sa place, où l’attention recueillie est à l’écoute de ce qui se passe non seulement à l’extérieur mais aussi au-dedans de l’humain.

La capacité de s’émerveiller, trop souvent limitée aux seuls enfants, n’est-elle pas un ingrédient majeur dans la constitution spirituelle de l’humain? S’émerveiller, oui, s’étonner, contempler : une musique de l’âme humaine qui se nourrit au beau, au bon et au vrai (3). On peut aussi s’étonner de qui l’on devient dans la lente évolution de notre personnalité quand on contacte l’essentiel.

Ce mois d’abondance ne rappelle-t-il pas à toutes les personnes méditantes, quelle que soit leur appartenance laïque, spirituelle ou religieuse, la reconnaissance obligée de tous les fruits dérivés de la pratique méditative? Encore une fois, et je le redis, ces fruits ne sont pas la résultante de demandes incitatives et répétitives. La méditation fait le même travail que le sculpteur en libérant tout ce qui n’est pas nécessaire pour que la forme conçue jaillisse progressivement, pour que l’être que je suis réellement arrive à se manifester en toute simplicité, en toute vérité, sans plus.

Généralement, ce sont les personnes de mon entourage immédiat qui constatent des changements opérés dans ma personnalité. Changements non superficiels, ni temporaires. Ils ne saisissent pas toujours la source de cette métamorphose. Rien ne nous interdit d’affecter à la méditation persévérante ces changements de divers ordres. Je vais en parler dans la prochaine chronique du mois de novembre.

D’ici là, soyons toutes et tous reconnaissants de la vie reçue (un privilège en quelque sorte), des talents qui sont miens, des habiletés apprises, des connaissances et expériences acquises. Je suis beaucoup plus que ce je crois être. Je suis beaucoup plus que ce que toutes les personnes de mon entourage pensent que je suis, souvent à partir de conceptions superficielles et fragmentaires.

Action de grâces

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

(1) Rajotte, Patrick et Yvon R. Théroux, La spiritualité amérindienne, collection « Labyrinthes »,
Montréal, Éditions La Pensée inc.,  2004. p. 41

(2) Le bouddhisme et la voie du yoga en hindouisme en sont des exemples explicites.

(3) Voir la chronique du mois d’août dernier: « La méditation : exercice de persévérance. »



La méditation : un acte de générosité libre

La générosité est une vertu ambivalente, et parfois même contradictoire. Envers les autres, elle peut être philanthropique, c’est-à-dire qu’elle donne mais se soucie de bien identifier la personne bienfaitrice. C’est une façon simple et efficace de flatter l’ego en se délestant d’un trop, d’un superflu. Pas nécessaire d’être millionnaire pour s’identifier à un geste qu’on veut magnanime mais qui perd de son intérêt dès lors qu’il se centre sur la personne qui donne. En deuxième lieu, le geste généreux peut être tout aussi efficace mais discret. On ne sonne pas tambour et trompette mais la personne attend tout de même une certaine reconnaissance. Et sans celle-ci, son attente profonde n’est pas tout à fait comblée et satisfaite.. Il y a finalement le don généreux et anonyme. Soulager la misère, consoler ceux et celles qui sont victimes de cataclysmes naturels, aider les moins nantis dans le secret total et le respect de ces personnes devenues fragiles et vulnérables. Souvent malgré elles et tous les efforts accomplis pour se sortir d’une pénible situation que toutes et tous souhaitent temporaire. Mais qu’en est-il de la générosité envers soi-même?

Parce qu’il doit aussi y avoir une générosité envers soi-même. Seulement donner peut à la longue assécher le dynamisme du don, la vivacité du geste gratuit. Il faut apprendre aussi à se donner généreusement des espaces dans le temps pour réfléchir, prier, concevoir des projets qui auront la portée qualitative de ce temps créateur, créatif. Car donner peut être relativement facile. Se donner, comme présence profondément humaine auprès d’autres personnes, implique une qualité d’être qui a été polie dans le geste répétitif et purificateur de la méditation silencieuse. C’est très exigeant. Donner des biens matériels, c’est bien. Donner de son temps, se donner comme présence, n’est-ce pas mieux? À la seule condition de s’effacer, d’éviter la tentation du culte de la personne. Se donner n’est pas rendre les autres dépendants de sa personne. Tout au contraire, c’est leur redonner une liberté de penser, d’agir, de grandir dans la dignité. Et la méditation devrait nous y amener progressivement.

Méditer peut effectivement contribuer à la qualité de la personne. La simplicité est certes la première vertu que conquiert le sujet méditant. Car, en méditation nous sommes toujours, toutes et tous,  des débutants. Il n’y a pas une hiérarchie de type vertical. Pensons au cercle où tous les points sont égaux car équidistants du centre. C’est là le schéma authentique de toute vraie communauté de méditation. La générosité donnée au temps de méditation décuple les fruits qui en dérivent.

Car plus on est engagé au cœur de ce monde, plus il faut s’accorder du temps de réflexion, de silence. Il y a comme une loi de la proportionnalité complémentaire. Ce mois de septembre est effervescent. Il sonne le départ d’à peu près tous les projets qui sillonneront l’année active en cours. Alors, soyons généreux envers nous-mêmes.

Prenons, matin et soir, un espace de vingt minutes dans le silence méditatif où il faut dûment s’affranchir des occupations et des préoccupations qui ont meublé intensivement notre journée. Hier n’est plus, demain est mystère et surprise. Mais l’instant présent vaut son pesant d’or. Et la méditation nous ramène au présent senti et ressenti de façon continue.

 Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com



La méditation : exercice de persévérance

Le mois d’août est un seuil. Il annonce que des activités diverses vont bientôt reprendre leur cours normal. Mais quelles activités? Il y a celles qui ont été seulement suspendues durant la période estivale. Il y en a  aussi des nouvelles qui vont venir garnir notre agenda généralement déjà bien fourbi. La vie extérieure sera envahissante et va accaparer la majeure partie de toutes nos énergies et de tout notre temps. Il se peut même que nous ressentions un peu de nostalgie de ces périodes où nous étions contemplatifs, gratuitement, devant les sculptures de la nature ici ou là. Ce temps libre qui nous permettait d’entrer un peu en soi et qui nous a tant fait de bien. On a la vive impression, si ce n’est la certitude, qu’on a touché l’essentiel. On se surprend d’avoir pu apprécier le beau.

Le beau, non seulement dans les paysages, sous la pluie comme sous le soleil, mais dans les personnes rencontrées. C’est étonnant de constater comment la communication s’établit facilement entre des vacanciers. Le sourire est plus facilement au rendez-vous. C’est bien le résultat de cet état marqué par l’absence de stresse, de vitesse, de contraintes de toutes sortes. Seul, en couple ou en famille, tout est plus naturellement harmonieux, paisible et pacifié. Est-il possible de retrouver cet état d’être dans le trafic intense de nos vies individuelles et collectives puisque bientôt va sonner la fin de la récréation? Bien sûr, et à la seule condition d’apprécier le bon et le vrai.

Le bon, car si des instants irremplaçables m’ont promu au meilleur de moi-même, comment ne plus les désirer à nouveau? Pourquoi ne plus les revivre sous d’autres formes adaptées à ce rythme de la vie courante, inéluctable et incontournable? Pourquoi ne pas me faire le cadeau, deux fois le jour, d’un vingt minutes de répit, matin et soir, en pratiquant la prière contemplative ou méditation? Cela exige de me discipliner, mais pour un mieux-être tout entier, corps, cœur, tête, âme, cela n’en vaut-il pas la peine? La désespérance ne fait pas partie de la pratique méditative, qu’elle soit juive, chrétienne, soufie, hindoue, bouddhiste, séculière! Bien au contraire, elle entraîne à la persévérance qui peut finir par colorer tous les aspects de ma vie. Cette persévérance m’amène graduellement à la vérité de ce que je suis réellement.

Le vrai qui me sort de ma zone de confort, habituelle et ritualiste. Le vrai qui me façonne tranquillement, mais avec quelle assurance. Il me sculpte tel que je dois être, conformément à ma vraie nature: au-delà donc des images, des façades, des maquillages, physiques et psychologiques. Ce vrai qui constitue un résultat  indéniable et manifeste des changements - presqu’imperceptibles - qui s’opèrent graduellement à l’intérieur de moi…à force de persévérer à temps et à contretemps.

Tous les prétextes se présenteront chaque jour et chaque fois pour m’empêcher de devenir moi-même dans ce qu’il y a de meilleur, de beau, de bon et de vrai au tréfonds de mon être. Je dois donc résolument consentir en toute liberté à cet exercice de persévérance, facile, oui, mais combien exigeant. Et si tu peux t’unir à une communauté de méditation hebdomadairement, cela va très certainement te stimuler, t’encourager. La méditation fait la communauté, dans le silence, la convivialité, dans une solidarité cordiale.



Le mois de mai,  mois de la surabondance, 
de la lumière et des couleurs.

Pour qui sait patienter, à temps et à contretemps, persévérer au-delà des doutes et des déceptions, le mois de mai est un mois qui témoigne de la surabondance de la nature, de la vie…si bien « ressuscitée ». Les méditantes et méditants  de toutes les traditions religieuses éprouvent des temps de sécheresse, connaissent des déserts d’aridité spirituelle. Mais l’amour et la persévérance les rendent vainqueurs. Toutes et tous finissent par vivre la  joie intense que procurent la paix et l’harmonie intérieures, le désir de la simplicité et de l’équilibre dans leur existence. Si le superficiel tente, séduit, tourmente, l’essentiel satisfait au plus haut degré toute personne en recherche de sens, de vérité et d’authenticité.

« Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » Jean, 10,10.

Dans les temps de profonde mutation, de crise politique et économique, il est habituel d’observer la volonté consensuelle des riches et des puissants d’apporter les changements nécessaires pour redresser les situations en corrigeant ce qui est à l’origine des malaises et des échecs. Les abus de savoir, de pouvoir ne font qu’un temps.  Paradoxalement, on n’emploie jamais des expressions telles « abus de sagesse ou de vérité »! Connaître la joie, cultiver le bonheur, toujours à partager, provoquent des moments d’exultation, d’élévation de tout l’être. C’est probablement le sens le plus signifiant de l’Ascension : moment de prédilection vécu par Jésus ressuscité, vainqueur de la mort, exalté auprès de son Père pour envoyer au monde son Esprit. Si un millénaire et un quart auparavant, donc au temps de Moïse (1250 av. J. C.), Dieu a fait connaître à l’humanité les règles élémentaires (Exode 20, 1-17)  pour connaître le bonheur – tout en laissant à l’humain sa complète liberté d’agir – voire même de pouvoir refuser le bonheur – le judaïsme fête toujours ce don de la Torah (la Loi) ainsi que la récolte des premiers fruits. Il s’agit de Chavou’oth (ou en un sens Pentecôte, don de la Loi) fêtée les 29-30 mai. Pentecôte, en christianisme, ou don de l’Esprit au monde rappelle le don de l’accompagnement du Créateur auprès de sa création et de ses créatures. Invitation à devenir des êtres radieux, des témoins de la Lumière.

Le 2 mai 2009, anniversaire de  Gautama Bouddha célébré dans l'Asie de l'Est le 8e jour du 4e mois du calendrier lunaire chinois. C'est un jour de fête officiel à Hong Kong, à Macao et en Corée du Sud. Fête de la lumière, de celui qui a connu l’Éveil lors d’une méditation intense sous un figuier et qui inspire encore de nos jours des millions de personnes sur tous les continents. Le 29 mai, dans la Foi baha’ie, on commémore  la mort

en 1892 et l’Ascension de Baha'u'llah. C’est encore une occasion de souligner la rencontre de ce personnage clé de l’Iran religieux avec la Lumière.  Trame humaine à l’enseigne d’expériences religieuses diverses fondées sur la méditation, la prière et le dialogue avec le « Tout Autre ». Puisse ce mois de mai, à travers ses lumières et les reflets multicolores de la floraison, de l’émergence de la vie en abondance, et sous diverses formes, nous préparer à la saison estivale de repos, de « recueillement »(1), de régénération. Sachons garder notre sens de l’émerveillement devant la profusion des signes d’abondance, donnés en toute gratuité, en tout amour, sans retour attendu. Bon été, et de belles découvertes en toi et autour de toi.

(1) "recueillement": faire l'unité en soi, se "ramasser", s'"unifier", bref trouver sa véritable identité au coeur de son existence, de sa vie profonde et intérieure.