Dans la vraie vie, méditer donne-t-il des résultats ?

La recherche scientifique contemporaine s’intéresse à cette question justement. Un film de l’O.N.F. du Canada reprend à son compte divers résultats des neurosciences analysant les effets physiologiques de la pratique méditative : Le cerveau mystique(1). Les recherches états-uniennes sont antérieures , mais toutes confirment certains résultats similaires. Et cela s’applique quelle que soit l’approche méditative de l’une ou l’autre des traditions religieuses concernées, y compris aussi les approches séculières de la méditation. D’ailleurs, un certain nombre de méditantes et méditants s’applique à cette discipline pour des retombées personnelles, étrangères aux fruits escomptés dans un contexte spirituel ou religieux.

Si la méditation devient un outil efficace pour gérer le stress, renforcer la mémoire, retrouver une meilleure concentration, on peut comprendre l’intérêt grandissant de nombreuses personnes, surtout si des confirmations scientifiques abondent en ce sens. Il faut cependant être prudent devant certaines écoles de méditation qui semblent promettre mer et monde à des clients soucieux de résultats rapides, efficaces et efficients moyennant des sommes d’argent non négligeables.

La méditation authentique, séculière, spirituelle ou en contexte religieux s’accommode mal du prêt à mesurer sur demande. Elle fait partie d’un apprentissage exigeant. Tout aussi exigeant que le jeune athlète qui se voit honoré(e) par un trophée ou une médaille suite à des années d’entraînement physique, de régime alimentaire strict et d’horaire équilibré entre la vie d’étude, la vie sociale, la vie amoureuse et la pratique d’un sport choisi. La méditation n’a pas de lien avec la pensée magique. Simple, bien sûr, mais elle demeure une discipline exigeante. Toute personne qui médite demeure perpétuellement une débutante. Car on reprend à chaque fois l’effort soutenu et continu d’un même cheminement répétitif et renouvelé.

On ne médite pas en vue de se mettre en vedette. Résolument non !  Pour se convertir à l’essentiel ? Assurément. Ce qui veut dès lors signifier un changement intérieur profond. Le diamantaire qui a entre les mains une pierre précieuse à l’état brut va la ciseler, la travailler facette après facette, la polir jusqu’à ce qu’en jaillisse toute la valeur intrinsèque. Elle a un grand prix.

Oui, la méditation apporte des fruits. Ce qui reste étrange, c’est que souvent ce sont des personnes de l’entourage, parents et ami(e)s d’une personne méditante qui découvrent ces fruits. Elles vont exprimer des changements subtils mais vrais opérés chez cette personne sans connaître la source de ces résultats qui ne mentent point.

On dira d’elle qu’elle est plus calme, plus pondérée, plus sereine. Qu’elle juge moins les autres qu’auparavant. Elle est plus réfléchie. Elle intègre mieux son travail professionnel à ses responsabilités familiales. Elle est moins superficielle et moins attachée aux apparences. Elles reprennent les fruits décrits par Saint Paul – nous y reviendrons le mois prochain – mais sans le savoir. Car une personne humaine debout et qui rayonne de joie constitue un préalable avant même de s’identifier comme juive, chrétienne, musulmane, hindoue, bouddhiste etc.

                                                                                 

(1) Résumé

Peut-on faire la lumière sur les états de grâce vécus par les mystiques et les personnes en état de méditation? Dans Le cerveau mystique, la documentariste Isabelle Raynauld fournit l’occasion d’accéder au coeur du chapitre le plus récent de la recherche scientifique portant sur ce phénomène.

Des carmélites et des moines bouddhistes ont accepté de se prêter à l’expérience. « Je suis convaincu que la nature bouddhique se trouve quelque part dans le cerveau », déclare le Dalaï-lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains. Le film nous présente, notamment, les travaux exploratoires d’une équipe de l’Université de Montréal.

L’extase mystique serait une expérience profondément transformatrice. Elle pourrait contribuer au mieux-être psychique et physique des êtres humains et permettre de soigner la dépression ou d’accélérer la guérison des patients qui allient la méditation aux traitements médicaux classiques.

Professeure de cinéma, Isabelle Raynauld est une documentariste chevronnée et une scénariste reconnue
. Production  Colette Loumède.  Maison de production  Office national du film du Canada

2006, 52 min 15 s   (extrait du site suivant : http://www.onf.ca/collection/films)

 


Ne pas confondre relaxation et méditation

Étonnant, dirons plusieurs, de voir surgir un peu partout un tel engouement pour la méditation à notre époque. On constate qu’à chaque période, variable dans le temps, marquée par une profonde mutation culturelle et des chambardements économiques et politiques majeurs, correspond l’émergence de courants alternatifs qui viennent, en contrepoids, assurer un équilibre salutaire. Parfois, on a l’impression que les dimensions du sacré, du spirituel et du religieux s’estompent au point de laisser croire à leur disparition quasi totale et définitive. Dans toutes les cultures et civilisations du passé on peut observer des cycles récurrents. Il y a effectivement des mouvances et des déplacements de ces dimensions. Des disparitions, assurément, mais de nouveaux surgeons apparaissent sous de nouvelles formes. De toute manière, chaque génération doit adopter pour ses besoins spirituels manifestes, des récits, des rites et des règles qui répondent à ses aspirations authentiques tout en les adaptant à la culture propre de son temps.

J’observe parfois que des exercices de relaxation dans certaines écoles du primaire ou du secondaire sont confondus avec la méditation. On veut aider le jeune à apprendre à gérer son stress, à retrouver une zone de confort intérieure faite de tranquillité et de paix. Ces efforts sont dignes de mention et on doit les encourager. Mais, dans le contexte de la méditation, ils correspondent davantage à un stade préparatoire à celle-ci. Bien sûr qu’il faut obtenir une immobilité extérieure qui permettra d’accomplir progressivement l’immobilité intérieure. C’est pourquoi toutes les formes de méditation font appel également au corps, à l’esprit, voire même au cœur. La posture du corps a son importance. Le dos bien droit, perpendiculaire, les pieds bien ancrés au sol, les mains déposées sur les cuisses. Ensuite on ferme lentement les yeux. Dans la méditation chrétienne selon Dom John Main, bénédictin, il est question de s’affranchir de toutes les pensées, idées ou images pour concentrer son esprit – avec la plus grande attention possible (relire la chronique L’attention comme boussole indispensable dans ma vie ) sur le seul mot prière ou mantra : MARANATHA  (mot araméen dans la langue maternelle de Jésus de Nazareth, que l’on trouve dans la Lettre de Paul aux Corinthiens, 16, 22 et dans Apocalypse 22,20 et qui se veut un cri du cœur, un  appel de tout notre être : Viens Seigneur !).                          

Il faut demeurer détendu mais vigilant. Pendant les vingt minutes qui suivent un court extrait musical, me préparant ainsi à l’immobilité intérieure,  écouter l’écho du mot prière MARANATHA qui se dit au plus profond de mon être dans un silence extrême. Ce vingt minutes, matin et soir, est un véritable cadeau que je me fais à moi-même : je me réserve un espace pour me recueillir (faire l’unité de mon être), attentif et silencieux, pour l’écouter Lui se dire à moi tel qu’Il est. C’est, en quelque sorte, provoquer en moi l’éveil à l’essentiel. Pour y arriver, il faut éviter des attentes particulières (extraordinaires, spectaculaires ou inédites). Ne pas évaluer son temps de méditation, ni soi-même par conséquent. Finalement, persévérer à temps et à contretemps. Une discipline simple mais combien exigeante. Comme l’alpiniste qui veut arriver au sommet malgré tous les obstacles rencontrés en cours d’ascension.(1)

Yvon R. Théroux  (yvonrtheroux@hotmail.com)

                                                                                                         

(1)   Roger Frison-Roche, Premier de cordée, Grenoble, Arthaud,  1942. Un roman lu alors que j’avais 18 ans et qui a marqué ma vie. Un classique qui inspire toute personne à aspirer à plus que ce qu’elle croit être.

L'histoire

Premier de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit à Chamonix dans les années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la même profession que son père : guide de montagne. Il est en formation d'hôtelier et se prépare à passer l’examen de guide. Quand un jour lors d’une escalade son père est foudroyé au sommet de la montagne, Pierre décide d'aller récupérer le corps de son père : accompagné de ses amis il se lance donc dans une escalade périlleuse. Pendant cette escalade il manque d’y laisser sa vie en tombant d'une falaise. Quelques mois plus tard, après s’être remis de sa chute Pierre découvre qu’il a le vertige. Il décide de surmonter cette peur et de devenir guide en l’honneur de son père. (Voir encyclopédie Wikipédia en ligne).



Éthique et culture religieuse : quand il est question de prière et de méditation

 L’implantation de ce nouveau programme dès le mois prochain permet d’y trouver des richesses insoupçonnées. Ainsi, à la référence suivante Éthique et culture religieuse, Primaire, Version approuvée, Gouvernement du Québec, Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Direction générale de la formation des jeunes, Direction des programmes, Québec, le 27 août 2007, p. 71, nous pouvons y lire, concernant le deuxième cycle du primaire, dans les éléments de contenu, sous le titre Des pratiques de prière et de méditation des réalités importantes issues de diverses traditions religieuses. Il y a un accent porté sur les aspects externes de la prière et de la méditation. Pour enrichir ce chapitre il faudrait distinguer, minimalement, les grands types de la prière.

Il y a bien sûr la prière orale, récitée ou psalmodiée, parfois même chantée. Elle est souvent contenue dans diverses formules, tirées des Livres sacrés ou produites par des auteures réputées ou des auteurs reconnus. Elle est facilement accessible à toutes et tous. Les enfants, dans toutes les traditions religieuses, les apprennent de bon cœur dans le circuit familial ou celui de la formation religieuse dans leur communauté d’appartenance. Intégrées à leur vie, ces prières apprises reviendront selon un rythme que va scander la foi vécue.

Puis la prière liturgique qui préside les grands rites, les fêtes à caractère religieux, les rassemblements de croyantes et de croyants. Elle est essentiellement communautaire, empreinte de symboles, de paroles solennelles et dirigée par une femme ou un homme selon la tradition religieuse ou un de ses courants internes. Plus généralement, on identifie la prière liturgique aux grands rites de passage (naissance, maturité sociale ou/et religieuse, mariage et mort).ou lors de grandes fêtes marquantes d’une tradition religieuse spécifique (Fête du Nouvel An, fête de la Lumière, fête du Pardon etc.).

Enfin, la prière contemplative ou méditation. Dans certaines traditions, la méditation est le fondement même de son existence (bouddhisme, soufisme) ou une voie privilégiée parmi d’autres ( hindouisme/yoga). Dans certaines autres, elle fut en un temps, fort présente et accessible à toutes et tous.. Puis elle disparut pour se cantonner auprès de groupes précis (moniales chrétiennes et moines chrétiens). Au tournant du XXIe  siècle, des traditions retournent aux racines de leur histoire et redécouvrent cette forme de prière contemplative ( judaïsme et christianisme : Méditation juive. Guide pratique1 ; Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque2. Méditation chrétienne dans le sillon de John Main, moine bénédictin (consultez les sites web www.meditationchretienne.ca, www. meditationchretienne.org et www.wccm.org), la méditation hésychaste des Églises orthodoxes (consultez le site web suivant : www.centre-emmaus.qc.ca). Voici un troisième et dernier exemple, le Centering Prayer avec le moine cistercien Thomas Keating (www.centeringprayer.com); une communauté francophone de ce type de méditation existe à Sherbrooke avec l’abbé Bernard Dionne.

Des personnes voulant retourner à leur tradition religieuse originelle – après une absence plus ou moins prolongée - y reviennent par la porte discrète et silencieuse de la méditation. Les communautés de méditation  se caractérisent par leur accueil chaleureux, celui du regard attentif plus que de la parole3. Ce ne sont pas prioritairement des groupes sociaux. Ces personnes forment une communauté soucieuse d’accompagner chacune et chacun dans l’effort d’unité intérieure (recueillement), d’attention intériorisée, de silence et d’écoute du « Tout Autre » qui habite le tréfonds de chaque être. Souhaitons des collaborations assidues entre les enseignantes et enseignants de ce nouveau programme et leurs collègues, animatrices ou animateurs à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire. Ce n’est pas un programme pour la performance d’érudition, mais surtout pour une compréhension cordiale et expérientielle du phénomène religieux, de la contribution des traditions religieuses à l’éthique, et la formation au dialogue interculturel et interreligieux.  Quant aux communautés confessionnelles qui président à la formation religieuse de leurs fidèles, petits et grands, elles auraient avantage à maîtriser ce programme, ne fut-ce que pour s’ouvrir à la fécondité du dialogue dans le respect intégral des autres et pratiquer la « Règle d’or » que l’on retrouve manifestement exprimée dans tous les écrits de traditions philosophiques et religieuses : « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te soit fait ».

 
Yvon R. Théroux




- L'écoute,
une clé d'ultime compréhension de soi-même, des autres et du "Tout autre".


Entendre est le propre de l'ouïe, un sens relativement développé chez les humains. Avec certaines variables d'intensité selon les individus. On ira même jusqu'à qualifier des habilités liées à l'ouïe. Telle personne a "l'oreille musicale"; une autre capte des sons quasi inaudibles pour la majorité; une personne ainée est "dure d'oreille" et cela devient un handicap.

Au sens figuré, on dira d'un individu qu'il n'entend rien de ce que je lui dis ou que je tente de lui expliquer. L'émotion n'aura pas d'oreille pour entendre raison. Un être humain perçu comme très rationnel n'entend pas ce que le coeur veut exprimer. En définitive, on entend ou pas pour des raisons physiologiques ou à cause de motifs psychologiques qui peuvent induire des blocages empêchant d'entendre. Bref, il y a des surdités qui ne sont pas d'ordre physique. N'y a-t-il pas plus sourd que celle ou celui qui ne veut pas entendre? Écouter, est-ce différent?

L'écoute est la résultante d'un apprentissage exigeant et n'est pas nécessairement liée à l'organe de l'ouïe. Je vais évoquer dès maintenant le cas de Beethoven, ce grand musicien frappé par la surdité à l'âge de 32 ans, au sommet de son art, et qui pourtant composera des oeuvres grandioses: d'exceptionnelles sonates pour piano (notamment la Tempête et la Chasse, opus 31), la deuxième et la troisième symphonie - l'Eroïca - et bien d'autres. Beethoven aimait dire qu'il composait ses pièces musicales en écoutant intérieurement des partitions qui se révélaient à lui.

L'écoute intériorisée est du même type que le "révélateur" en photographie: progressivement se manifeste avec force et détails ce qui était au départ flou et indescriptible. La configuration devient nette et précise et enchante l'oeil de l'artiste ou l'oreille du musicien. L'écoute peut permettre de se découvrir soi-même intérieurement au-delà des apparences, des images et des clichés.

C'est qu'elle met en branle la réflexion, la pensée. L'écoute ne s'alimente guère du superficiel. En revanche, elle nourrit les racines de notre être essentiel, abreuve le terreau qui nous singularise et syntonise avec justesse la vérité de qui je suis foncièrement. Elle m'aide grandement à me découvrir tel que je suis.

Les gens d'écoute sont ces personnes qui ont pratiqué l'écoute attentive d'elles-mêmes. Elles sont généralement reconnues pour leur grande capacité à percevoir, voir, comprendre, saisir même le langage non verbal (sans sonorité). Peu bavardes, ces personnes d'écoute. Bien appréciées par les gens qui vivent une remise en question, une forme ou l'autre de peine, de souffrance ou de détresse et qui se confient à elles. Souvent silencieuses, toujours attentives, elles ont réussi leur propre bilan de vie en écoutant vivement ce qui se passe intérieurement.

L'écoute est le quatrième et dernier ingrédient de la méditation qui me dispose à l'écouter Lui, le "Tout Autre" qui habite le tréfonds de mon être. En m'affanchissant, au surplus, de toutes les idées, conceptions ou images sur Dieu que je véhicule depuis parfois trop longtemps, je me dispose, au coeur de la méditation, à L'écouter pour qu'il se révèle à moi tel qu'Il est.

Le Credo, le "je crois" de la tradition juive débute par ces mots révélateurs; "Écoute Israël", souviens-toi de ce qu'a fait Yahvé pour toi. Dans le livre du Deutéronome, le passage suivant est fort explicite:

"Fais silence et écoute, Israël. Aujourd'hui, tu es devenu un peuple pour Yahvé ton Dieu.
 Tu écouteras la voix de Yahvé ton Dieu, et tu mettras en pratique les commandements
 et les lois que je te prescris aujourd'hui." (Dt 27, 9-10)

Reprenons à notre compte ce passage en nous remémorant tout ce qu'Il a fait pour nous, et écoutons en silence sa voix dans bruissement de la brise légère (Élie). Méditons.

Yvon R. Théroux

Je consulte les site suivants: http://www.wccm.org  (Communauté mondiale de la méditation chrétienne)
                                           http://www.unitasmeditation.ca (Un centre oecuménique de méditation chrétienne et de spiritualité)                                            http://www.interbible.org (Écouter les Écritures avec l'intelligence et le coeur)
                                          
www.meditationchretienne.ca  


 

- Le silence,
l’ingrédient d’un mode d’être tout à fait étrange!   
      

Jusqu’ici j’ai réfléchi avec toi sur le recueillement et l’attention dans le cadre de l’expérience d’intériorité. Mais les deux deviennent possibles qu’avec le silence! On peut spontanément penser que le silence est d’abord absence de bruit. Ce n’est pas du tout faux mais c’est incomplet. Si le silence extérieur évoque un lieu ou un temps de sérénité, de paix et de tranquillité, il est certes désirable pour ponctuer le rythme de nos vies dans la farandole de nos nombreuses activités. Mais lorsqu’il est question du silence intérieur, c’est traiter d’un tout autre aspect. Partons de l’enseignement de John Main, ce moine bénédictin qui a réintroduit la prière contemplative (ou méditation) pour toutes et tous, de 1977 à 1982 à Montréal même. Il insiste avec vigueur sur le silence que j’oserais qualifier d’extrême. Non pas que le silence peut être absolu – au contraire, il ne peut l’être -! Je pense plutôt à ses consignes quand il nous invite courageusement à nous affranchir de toutes les pensées, images, fantasmes durant les 20 à 30 minutes de la méditation.

Certaines personnes ne comprennent pas que John Main incite aussi les méditantes et les méditants à se libérer des images et des  idées concernant Dieu lui-même. Jongler avec mes idées de Dieu ou sur Dieu, avec mes images que je me fais de Lui depuis ma tendre enfance, voilà bien, au même titre que mes occupations et préoccupations quotidiennes, des sources sûres de distraction. Les autres formes de prière, orale et liturgique, se réalisent par et dans  la parole, le chant, la demande, l’action de grâce. La prière contemplative ou méditation est d’un genre différent. Si je me sais habité(e) par Dieu, je dois créer un espace de silence extrême, pour le laisser se dire à moi et me laisser la pleine liberté intérieure de l’écouter, simplement l’écouter pour le saisir dans sa réalité et non comme je l’imagine.

John Main signale souvent que la méditation chrétienne est d’une grande simplicité, et il rajoute sur-le-champ, d’une grande exigence aussi. En fait, la difficulté majeure provient du silence intérieur à réaliser. C’est l’ingrédient primordial pour se disposer à l’écoute, et j’en traiterai au mois de mai prochain. C’est un mode d’être qui nous est peu familier. De tous les temps, d’hier à aujourd’hui, le silence intérieur apparaît étrange. Il a quelque chose de bouleversant sans qu’il opère par des manifestations extraordinaires. C’est d’ailleurs pourquoi il ne faut pas avoir d’attentes quand on médite : ni rien de merveilleux, ni rien de miraculeux, ni rien, au surplus, de magique. La simplicité, liée au silence intérieur, opère de façon imperceptible, gré à gré. Ce sont souvent les proches de l’entourage immédiat de l’individu méditant qui constatent de légers changements positifs , constructifs et constitutifs de la personnalité. Le silence intérieur est un sculpteur discret, voire même secret qui nous aide à faire de notre vie une œuvre d’art. Voilà l’accomplissement des gens qui se tiennent debout tant dans leur humanité que dans leur foi profonde et authentique.

Yvon R. Théroux




 
- L’
attention comme boussole indispensable dans ma vie
 

« Le recueillement est le fruit de l’attention, seconde composante de la posture du sujet spirituel. Aussi est-il d’une  importance primordiale de porter attention à l’attention."  Richard BERGERON 1

 Dans notre monde d’aujourd’hui nous entendons parler souvent de déficit d’attention. Il semble bien que ce soit contraire à notre capacité de pouvoir comprendre, analyser et faire la synthèse de ce qui se passe dans notre environnement habituel qui n’est pas seulement extérieur. Quand une personne veut observer, elle se munit d’instruments qui vont l’aider à mieux réaliser ses observations. Celle qui observe les oiseaux a des lunettes d’approche qui ont été conçues expressément pour cette fonction. L’astronome amateur se procure un télescope parmi les plus performants. Dans le premier cas, l’observation, pour très bien réussir, exige le silence le plus complet pour ne pas interférer dans la vie de l’oiseau observé dans son habitat naturel (prairie, savane, forêt, littoral etc.). L’autre observera le silence sidéral des espaces célestes. Observer, c’est ultimement être très attentif.

Porter attention à soi c’est vouloir, dans un premier sens, se saisir dans sa réalité avec ses forces, ses potentialités, mais aussi avec ses faiblesses et ses limites. C’est une observation fort attentive de qui je suis vraiment. Sans me diminuer, sans me grandir au-delà de qui je suis. Bref, c’est simplement de faire la vérité en moi. Une vérité qui libère quand je suis authentique d’abord avec moi. Car, comment être vrai avec tous les autres de mon entourage si je ne suis pas vrai avec moi? La plus grande des libertés est la liberté intérieure : celle qui me promeut à une vie meilleure. Je me dis souvent que la vie est simple, pas du tout compliquée…mais que les humains ont la fâcheuse manie de la compliquer à souhait  avec leurs entourloupettes, leurs scénarios comiques ou dramatiques ou tragiques, avec leurs feintes et multiples stratégies, avec leurs racontars, bavardages et clavardages, commérages et ragots et je ne sais trop quoi! Et qu’en est-il des autres?

Dans un deuxième sens, porter attention à soi signifie être pleinement conscient de la qualité de mes relations avec autrui qui est totalement redevable à la qualité de ma propre vie que je prends le temps de polir, de corriger, d’améliorer toujours dans la vérité de qui je suis. Pour cela il me faut puiser intérieurement le meilleur de moi-même. L’attention est la véritable boussole de ma vie. Surtout si mon objectif de vie est de toujours devenir meilleur à mes yeux pour rendre les autres plus heureux. Je saurai à partir de là inspirer les autres, humblement et simplement. Et qui sait si cela ne viendra pas contribuer chez certains à aspirer à devenir vrais à leur tour? Entreprise difficile, certes, mais pas impossible. Un défi pour femmes et hommes qui veulent marcher debout avec fierté et grandeur. La méditation est un lieu privilégié de l’exercice de l’attention. Un apprentissage exigeant pour qui aime la vie en plénitude. Il n’y a pas d’âge idéal ou prescrit pour entamer d’une nouvelle manière ou poursuivre le pèlerinage dans cette existence-ci. Porte toute l’attention nécessaire à toi. Le reste suivra, car cela relève du spirituel vrai.

 1 BERGERON, Richard, La vie à tout prix! En quête d’un art de vivre intégral,  Montréal/Paris, Médiaspaul, 2006.  183 p. (Chapitre 8 fortement recommandé).

 Yvon R. Théroux 



- « Le silence comme un souffle ténu » (Élie)

 Chers jeunes et chères personnes de tous les âges,

 J’accepte aujourd’hui l’invitation de vos responsables et animateurs d’écrire une chronique mensuelle liée à l’expérience de l’intériorité. Parmi toutes les expériences humaines, elle se situe probablement pour un grand nombre dans l’ombre de la vie privée, discrète, voire même secrète. Elle fait partie de notre vie intime. Elle exprime souvent un besoin senti ou ressenti quand une réalité s’écroule, quand l’on se sent dépassé par les événements, quand on connaît l’échec ou la perte. Cela affecte et déstabilise notre vie.

Car elle se compose beaucoup d’occupations et de préoccupations. Il n’est pas du tout naturel de se sortir du trafic de la vie active des études, de l’emploi, des engagements sociaux, amoureux, sportifs, et pour certains, des  responsabilités familiales. On a parfois l’impression que notre vie se déroule rapidement comme un bon film sans annonces publicitaires. Le bruit scande nos heures quotidiennes : en son absence on se munit d’écouteurs avec les fournisseurs technologiques les plus récents. On est de son temps, quoi? Aimer la vie, croquer à pleines dents tous les instants qui la meublent est, certes, un signe de santé tant au plan physique, que psychologique et spirituel. Essoufflé, on a parfois simplement le goût étrange de se retrouver seul, en silence, en paix. Quand on sort d’une grande ville pour se retrouver dans un paysage inspirant qui nous calme et nous aide à nous recueillir, c’est que nous sommes au seuil d’une expérience d’intériorité. Car se recueillir veut simplement signifier se ramasser, s’unifier intérieurement, faire un bilan avant de reprendre la route. Et cela est aussi un signe de bonne santé. Le silence facilite ce recueillement. Il est l’étoffe même de l’Univers.

 Le silence extérieur d’un lieu choisi, pacifiant, en pleine nature ou dans un monastère est de même parenté. Mais c’est tout un défi que de provoquer un silence intérieur, libéré des images, des idées, des pensées. La rencontre avec l’Auteur de toute vie se réalise dans le silence. Élie (1R 19, 9-14) en a fait l’expérience. Dans le bruit d’une brise légère, Élie reconnut la présence de Yahvé et non dans le bruit de l’ouragan, du tremblement de terre ou le crépitement du feu. Remarque tout autour de toi : le soleil se lève et se couche dans le silence, la fleur de l’hibiscus voit le jour dans le silence…

 Si tu veux aller plus loin dans cette réflexion, rends-toi sur le site suivant en cliquant sur MÉDITER :   www.meditationchretienne.ca           …et à la prochaine.

                                                                                                                      Yvon R.Théroux