Nous posons notre regard sur le Québec, mais il faut savoir
que cela vaut pour tout l'Occident. Nous sommes
privilégiés de vivre à une époque
où la science fait des miracles dans toutes les
sphères de la société: la médecine,
les moyens de transport, l'informatique et les médias de
masse, l'éducation, l'économie, etc. Alors, pourquoi
tant de nos contemporains de ne se sentent pas heureux? Où
est le problème?
«Il n'y a qu'un problème, un seul de par le monde.
Rendre aux hommes une signification spirituelle, des
inquiétudes spirituelles. (...) Les hommes auraient tant
besoin d'un dieu.»
Antoine de Saint-Exupéry
En 2012, des questions se posent... Savons-nous prendre conscience
des richesses de notre histoire collective et de son
précieux héritage? Sommes-nous
étouffés par la société en
ébullition? La modernité signifie-t-elle
progrès ou barbarie?
«Aucune époque, il est vrai, n'a accumulé des
connaissances aussi nombreuses que la nôtre. Aucune
époque n'a réussi à rendre ce savoir aussi
aisément accessible, mais également aucune
époque n'a moins su ce qu'est l'être humain.»
Martin Heidegger
La crise spirituelle est le résultat d'autres crises comme
celle de l'éducation, de l'économie, de
l'éthique, de la politique, etc.
Reconnaissons que la société
québécoise est insouciante, inconsciente et
matérialiste. Elle met son espoir dans le marketing, les
modes, la consommation, le plaisir immédiat et le
paraître. Elle se complaît donc dans le superficiel,
le sensationnalisme et la loi du moindre effort. Aussi, elle
aspire au pouvoir, à l'argent et à la
popularité dans les médias de masse. Enfin, nous
sommes dans un monde sans intériorité où tout
se marchandise.
Dans une telle collectivité, il y a une absence de sens,
des inquiétudes, des peurs et beaucoup de
détresse. Ajoutons à cela le mirage d'un monde
de communication et l'abrutissement devant la
télévision, l'ordinateur, l'iPod, Facebook et
Twitter. Nombreux sont ceux et celles qui ont
déploré avec tristesse l'anémie spirituelle,
le vide, le mal à l'âme de cette
société.
Pourtant, quel riche héritage avons-nous reçu de nos
ancêtres! Est-il trop tard pour redécouvrir et
transmettre aux futures générations ses grandes
valeurs?
Le dévouement, l'amour du prochain, l'entraide,
l'hospitalité, le pardon, la solidarité, le
désintéressement, la magnanimité, le respect,
la liberté, l'intériorité, le don de soi, la
gratuité, la dignité humaine, la
fidélité à ses convictions, le sens de
l'engagement, la transcendance, la dignité humaine, le sens
du divin, le bonheur, l'espérance, l'émerveillement
devant la nature, le goût de vivre, la justice, la
compassion et l'esprit communautaire. Toutes ses valeurs forment
notre identité et prennent racine dans l'Évangile.
«La tradition n'est pas un poids, mais une force
vive.» Henri de Lubac
Certes, nous vivons dans un monde séculier, mais la
laïcité exige-t-elle de renier quatre siècles
de notre histoire? Si oui, il ne faut pas se surprendre de vivre
une crise humaine et spirituelle.
«Pour comprendre le marasme actuel, il faut essayer de
comprendre les raisons de l'échec de la Révolution
tranquille et dissiper le malentendu qui encore aujourd'hui,
fausse le regard critique et rend impossible la
lucidité.»
Roy, Paul-Émile, La crise spirituelle du Québec,
éd. Bellarmin, Montréal 2012, p.42
Ils ont raison celles et ceux qui affirment que l'être
humain n'est pas uniquement une mécanique. Si l'âme,
la dignité, la liberté, l'intériorité,
la foi, la fraternité et la compassion ne sont que des
chimères, faut-il s'étonner qu'il y ait une
détresse, un mal de vivre profond chez plusieurs?
«Quand l'homme ne croit plus en Dieu, il arrive qu'il croie
en n'importe quoi». Paul-Émile Roy, op.cit. p,160
Qu'on le veuille ou non, l'être humain possède une
dimension spirituelle.
«Ce qui est en train de disparaître du monde
occidental, c'est l'absolu.» André Malraux
En 2012, l'ouverture au spirituel, est-ce possible? Qu'en est-il
de l'influence du christianisme sur la civilisation?
«Même un adversaire comme Nietzsche reconnaît
que le christianisme a exercé une puissante influence sur
la civilisation au point que la démocratie moderne est pour
lui un fruit du christianisme.»
ROY, Paul-Émile, La crise spirituelle du Québec,
éd. Bellarmin, Montréal 2012, p. 121
C'est le christianisme qui a fait ce que nous sommes. Selon
l'expression populaire, il faut relever, retrousser ses manches.
Il y a du travail à faire pour sortir de cette crise.
À l'évidence, la modernité est dans une
impasse et l'Occident s'est coupé de ses racines. Comment
les redécouvrir?
Un chemin s'ouvre à nous: celui de la réconciliation
entre ce qu'il y a de meilleur dans l'être humain et
l'évolution des idées, des sciences et des moeurs de
notre époque. En d'autres mots, il y a une transformation
pour ne pas dire une révolution à opérer.
Pour cela, il faut miser sur les richesses de notre
héritage à transmettre.
Un livre pour poursuivre cette réflexion...
Titre: La crise
spirituelle du Québec Auteur: Paul-Émile
Roy Éditions:
Bellarmin, Montréal 2012
Selon le texte de présentation de l'éditeur au dos
du livre...
«Le Québec actuel est perplexe. Il ne sait trop
où il s’en va. Il refuse son passé, ne se soucie pas
de son avenir. On pourrait presque dire qu’il avance dans le
présent les yeux fermés. L’auteur n’hésite
pas à parler de crise spirituelle. Devant ce marasme
informe, il déplore l’absence de toute spiritualité,
le manque flagrant d’âme et d’idéal. Dans un monde
privé de toute transcendance, divine ou humaine, plus rien
n’a de sens. Il semble que les grandes vérités qui
ont fait l’Occident soient oubliées,
délaissées, conspuées bien souvent. Le moment
n’est-il pas venu de nous réapproprier
l’héritage?»