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Actualités sur la vie intérieure

Il est possible de collaborer aux manchettes en nous faisant parvenir vos nouvelles, vos expériences... peu importe vos croyances.



Ouverte à tous et à toutes, la ressource multimédia RAVI sur l’intériorité se situe dans la voie spirituelle du christianisme. Elle n’a donc aucun lien avec les mouvements ésotériques, les sectes, le Nouvel Âge et tous les groupes dans cette mouvance.

RP Source http://www.grouperavi.org/rp/qdn.html
Archive des méditations


 
Méditer au coeur de la nature éveillée, c’est contempler la création et participer au concert silencieux de la vie émergente.

Qui pourrait se lasser de la beauté? Des premiers perce-neige qui récompensent l’espérance et l’attente des jours printaniers? Des cours d’eau qui se déplient au travers des glaces qui sombrent? Des arbres qui secouent leur sève abondante? Des oiseaux qui fredonnent leur retour du sud? Des enfants qui troquent leurs patins à glace pour la bicyclette? Des marcheurs qui envahissent les sentiers pédestres? La beauté inspire naturellement l’être humain. Un lieu de méditation, sobre mais beau, incite à revenir à cette prière de contemplation. Quand on le peut, pourquoi ne pas méditer tôt le matin devant un soleil levant et au crépuscule devant un coucher de soleil? Dans la forêt, au pied d’un géant bien enraciné qui palpite de vie? Sur les rives d’une nappe d’eau calme? Au bord d’un ruisseau ou d’une rivière qui murmure un silence fuyant?

La beauté intérieure, chez les êtres humains, est faite de l’émerveillement qui se traduit par la reconnaissance. Elle est tissée à même l’étoffe qui offre le meilleur de soi. Le goût du beau, du bon, du bien et du vrai traduit la partie lumineuse de tout être. Il y a une beauté corporelle dans les gestes d’effort, d’élan, de surpassement de soi. C’est pourquoi il faut aussi apprendre à prier avec le corps. À méditer en marchant, en mangeant. Prier avec le coeur où l’expression de notre sensibilité peut nous permettre de jouir de la présence trinitaire au carrefour de notre vie courante. Prier, méditer en esprit dans la douleur et la souffrance, dans la peine et la déception, dans la joie et l’accomplissement, dans les surprises de la vie et dans les moments délectables. Prier, méditer de toutes ses forces, de toute son âme dans l’aspiration ultime de la conversion intérieure, pour devenir un meilleur être humain, pour faire un pas en avant vers la sainteté à laquelle toutes et tous sont conviés dans leur nature essentielle. L’accès n’est surtout pas impossible. Cela ne relève nullement de l’héroïsme!

S’aimer soi-même, n’est-ce pas se trouver beau dans son corps, son coeur, son esprit et son âme? Aimer autrui revient à considérer ce qu’il y a de plus noble en l’autre : dans les gestes corporels de création, d’entraide, de générosité, de partage. Dans son coeur qui bat au diapason de la complicité amicale ou amoureuse ou dans l’accueil inconditionnel de l’étranger. Dans l’esprit de l’échange vrai au plan humain, culturel, religieux. Dans l’âme qui illumine les rapports familiaux, sociaux, l’âme qui élève le génie de chaque groupe dans sa contribution à l’humanité. Aimer le « Tout Autre » c’est Le reconnaître Auteur de tout ce qui est : dans la majesté des espaces infinis qui ne cessent de croître; dans le mystère silencieux des Univers si bien ordonnés; dans les traces actuelles de la lumière initiale du Big Bang; dans cette humanité qui évolue en spirale par régressions, phases-plateau et progressions successives.

    « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,                           
    la lune et les étoiles, que tu fixas,                               
    qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes,
    le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter?
   
    À peine le fis-tu moindre qu’un dieu;                           
    tu le couronnes de gloire et de beauté,                           
    pour qu’il domine sur l’oeuvre de tes mains;
    tout fut mis par toi sous ses pieds... » (Psaume 8, 4-7)
   
L’attitude méditative est un « prier sans cesse » dans la contemplation des oeuvres de la création auxquelles contribuent continuellement les humains depuis l’émergence du temps et de l’espace, depuis l’ascension de la vie.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com
www.meditationchretienne.ca




La méditation est complètement étrangère à toute forme de culpabilité!

Certaines générations, nommément au Québec, ont pu être marquées par un fort sentiment de culpabilité qui s’exprime encore dans leur vie d’une manière plus ou moins intense. Se sentir coupable de ne pas être à la hauteur des idéaux proposés et présentés comme incontournables, entretenir l’impression d’être trop souvent fautif, réagir devant une accusation comme ayant une part ou l’autre de responsabilité. La culpabilité est l’expression d’un doute sur soi-même, d’une perception pas nécessairement bien ajustée, d’une impression qui laisse un arrière goût plutôt amer. On peut soi-même déclencher le mécanisme de la culpabilité. Il est positif quand c’est une prise de conscience réellement assumée : oui, j’ai mal agi, j’ai dit une parole de trop, j’ai porté un jugement destructeur. Sans diminuer l’estime de soi, bien au contraire, cette culpabilité - un gendarme interne - peut contribuer à m’améliorer.

Ce qui est plus nocif c’est la culpabilité corrosive. Plutôt que d’admettre mes torts, je les camoufle sous des mensonges stratégiques pour sauver la face. Cela n’empêche pas de vivre une culpabilité morbide où j’ai l’impression peut-être de m’en sortir indemne. Mais on ne ment qu’à soi-même, finalement! Des méditantes ou des méditants peuvent parfois se sentir coupables ne pas en avoir assez fait. D’avoir omis une période de méditation en tentant de s’auto justifier par la suite. La liberté intérieure acquise gré à gré par la pratique de la méditation affranchit de ces humeurs de culpabilité.

Quand j’ai des distractions malgré moi durant une période de méditation, la manière la plus efficace de s’en affranchir c’est de revenir en toute simplicité à la répétition de son mantra. Comme des nuages qu’on laisse passer sans combattre, sans se débattre. Qu’en est-il si j’ai omis une période de méditation? Je reprends là où j’étais et je continue mon pèlerinage intérieur. Sur ce chemin il y a tellement d’obstacles, d’embûches, d’imprévus. S’il faut, au surplus, se sentir coupables des manques, des ratés... alors la tentation d’abandonner émerge.

On évoquera certains arguments : C’est trop exigeant, ce n’est pas pour moi, je ne suis pas un(e) saint(e). Je fais bien d’autres choses pour nourrir ma vie spirituelle. Dans le fond, il y a peut-être un trop en quelque part! La justification amène son lot de raisons, de mobiles, de motifs pour esquiver l’effort d’être vrai(e) avec soi-même. C’est  à ce moment précis qu’un accompagnateur spirituel ou qu’une communauté peut m’aider à réaliser que je ne suis pas seul(e) à vivre parfois des moments de désarroi, de désert spirituel, de sécheresse, loin de la Source intarissable. Les mystiques, les saintes et les saints ne cachent jamais ces temps d’épreuve. Saint Paul, ce grand apôtre du Christ ressuscité, ne nous avoue-t-il pas presque candidement : «C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » : (II Corinthiens 12, 10).

Cessons sincèrement de jauger et de juger la période de méditation vécue; de se juger soi-même. Prenons toutes ces énergies pour continuer la route dans la joie, la sérénité, conscient(e) que tout chemin n’est jamais rectiligne, facile et sans pièges. Et bâtir une communauté de méditation est un défi qui comprend des enjeux où toutes et tous doivent puiser d’abord dans l’assise spirituelle de leur être. Au strict plan humain, il n’est pas facile de nos jours de former un couple stable. Une équipe? Encore plus difficile. Une communauté? Un défi majeur pour adultes dans la foi. Quand fleurissent discrètement les fruits de la méditation... tous comprennent que c’est la méditation qui fait la communauté. Et tout devient possible pour la grandeur humaine et l’élévation spirituelle. Je vous souhaite, lectrices et lecteurs, de rencontrer une communauté de méditation avec laquelle il fait bon cheminer, grandir et devenir soi-même dans la vérité qui rend libre.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com
www.meditationchretienne.ca




Je ne puis m’habituer au silence?


En méditation il est question de silence intérieur et extérieur. Le second prévaut pour mieux réaliser le premier. Un jeune adulte m’indiquait que chez lui la radio ou le téléviseur demeurait toujours ouvert (quand ce n’était pas les deux) du lever au coucher, et ce, sept jours sur sept. Il m’expliquait que ses parents se sentaient alors moins isolés et que ce bruit de fond qu’ils entendaient leur apportait une certaine distraction nécessaire par rapport aux tâches domestiques à accomplir. Comme une présence en sourdine. Parfois, lors des bulletins de nouvelles, ils s’arrêtaient pour écouter. Il se demandait alors si sa difficulté à vivre une expérience silencieuse pouvait, du moins en partie, s’expliquer par cet environnement dans lequel il a grandi durant toute son enfance. Évidemment, avec un sourire, il ajouta que son adolescence avait connu bien d’autres bruits de ses groupes musicaux préférés.

Insérer le silence dans des moments propices de sa vie est, de prime abord, inconfortable. On a l’impression que ce n’est pas naturel. Tellement vrai qu’une marche en forêt s’accompagne souvent, quand la pénombre s’annonce, de turluttes, de bruits pour éloigner ce qu’on imagine menaçant. Le silence, trop lourd, pourrait laisser filtrer quelques sons inquiétants, quelques cris d’animaux inconnus. Il nous faut donc alors apprivoiser le silence. Mais avouer qu’on est complètement incapable de silence tout en respectant les personnes qui le peuvent, c’est créer un blocage au niveau de son cerveau. C’est un conditionnement qui nous ampute d’expériences possibles et enrichissantes.

On connaît toutes et tous des récits de personnes qui ont dû subir une amputation d’un membre inférieur ou supérieur et qui, longtemps après cette chirurgie majeure, ont toujours l’impression ou la sensation que le membre, pourtant absent, connaît des démangeaisons, des irritations! Notre cerveau est fort complexe. On pense nommément au syndrome de douleur régionale complexe qui relève, entre autre, d’un blocage au cerveau qu’il faut tenter de réhabiliter par un traitement par imagerie motrice(1). Apprivoiser le silence est curatif. C’est un besoin inhérent à tout être humain – et cela est bien naturel. Les citadins ne rêvent-ils pas d’échapper à la cacophonie bruyante de la cité? Du moins lors de leurs vacances. Qui ne reste pas silencieux, admiratif, émerveillé devant un lever ou un coucher de soleil? On peut comprendre l’angoisse terrible qui s’emparait de peuples anciens devant son éclipse!

Ne pensons pas accéder au silence intérieur sans créer le silence extérieur. Le premier est déjà présent en nous naturellement. Il demande à être stimulé, éveillé. Nous devons le contacter. Simplement, sans artifice inutile. Le silence est la toile de fond de la création, de l’univers sidéral. Le bruit n’est pas l’ennemi du silence. Il est son envers qui s’approprie le plus d’espace possible nous convaincant que c’est cette situation qui est naturelle à tout le monde. Et ce ne sont plus maintenant les moyens d’exalter le bruit qui manquent. L’espace silencieux potentiel dans chacune de nos vies se rétrécit de plus en plus!

L’équilibre entre les deux devient, par conséquent, plus difficile. On peut donc comprendre que devenir une méditante ou un méditant n’a rien à voir avec un acte spontané de notre volonté. C’est un long apprentissage - parfois de réhabilitation -, un processus à engager avec l’accompagnement d’un maître spirituel ou d’une communauté d’appui. En méditation nous demeurons toutes et tous des débutants. Car, à chaque fois, je recommence la démarche en me mettant en situation, en répétant le mantra etc. Et ce n’est pas la condition de vie (célibataire, religieux(se) ou moine (moniale) qui rend la tâche plus facile. Le seul avantage de la vie monastique c’est la prédisposition au silence extérieur. Tout le reste doit être mis en branle. Comprenons alors la mission de John Main(2), bénédictin, de faire accéder à la méditation chrétienne les laïques qui en furent trop longtemps écartés pour des raisons historiques que nous n’avons pas à juger. Chaque génération écrit son « bout d’histoire ».
                           
(1) Blain, Marielle, infirmière clinicienne et François Gobeil, anesthésiologiste, Service Consultatif de Gestion de Douleur du CSSS Pierre Boucher, collaboration du DSIPP, CSSS Pierre Boucher, CSSS Rouyn Noranda, Traitement par imagerie motrice pour le Syndrome de Douleur Régionale Complexe. Feuillet explicatif destiné à l’usager grâce à une contribution de Pfizer Canada Inc.

(2) Site web : www.meditationchretienne.ca

Yvon R. Théro
ux
yvonrtheroux@hotmail.com
www.meditationchretienne.ca





Méditation inspirée d’une naissance bouleversante


Il y a toutes sortes de naissances. Des glorieuses dans des palais royaux, celles-là même qui assurent la succession dans les monarchies. Des naissances nobles dans des dynasties familiales de haut rang qui permettront aux héritiers de faire perdurer des traditions politiques ou d’affaires ou encore artistiques. Des naissances bien ordinaires, dans l’anonymat et la simplicité, qui feront vivre de nombreuses familles au diapason de la vie. D’autres plus tragiques, non désirées, qui amènent leur lot de souffrance. Certaines, fruits de l’amour, d’autres laissées au hasard des passions humaines. Certaines tendrement voulues, d’autre regrettées.

Toute entrée dans l’univers mérite d’être soulignée, fêtée, applaudie. Le mystère reste entier au départ. Qu’apportera cette nouvelle personne à son entourage immédiat, à sa société d’appartenance? Tous le sauront en temps et lieu. Sachons, d’ores et déjà, que la plus petite contribution positive et constructive à l’humanité est inestimable. La naissance d’Ieshoua (Jésus) de Nazareth fournit un récit peu ordinaire. Il connaît une mère biologique ou porteuse du divin et un père adoptif. Le christianisme et l’islam insistent sur sa conception virginale. Elle n’est point inédite dans l’histoire des naissances de grands personnages de l’humanité. Mais dès les premiers moments, la naissance d’Ieshoua (Jésus) fait problème. Hérode le pourchasse devant la menace d’une concurrence inavouée. C’est l’exil, et à la mort de ce roi, un retour dans un patelin d’où il ne devait pas sortir de grandes figures marquantes. Enfance, adolescence, début de l’âge adulte se passent discrètement sous la gouverne de Marie et Joseph dans ce petit village plutôt éloigné des grands centres et de la capitale Jérusalem.

Une famille ordinaire où le père adoptif fait fonction de menuisier-charpentier. Une famille soucieuse de vivre sa foi juive selon les coutumes et les rites de l’époque. Respectant les grandes fêtes du calendrier qui les convoquent parfois au Second Temple à Jérusalem (ville de la paix). Et Ieshoua/Jésus grandit, apprend, comprend, découvre le Dieu de ses ancêtres. Il développe une sensibilité tant au plan humain et spirituel. Il a un préjugé favorable envers les plus démunis, les laissés pour compte, les oubliés tout en saisissant la « pauvreté » des riches. Sa foi vécue, tout au long de sa croissance humaine, le fait rechercher ce qu’il y a de meilleur dans sa tradition juive. Il veut toucher l’essentiel et laisser tomber l’accessoire, le superficiel, le surplus qui ne se situe pas au coeur de la spiritualité - noyau de toute tradition religieuse -. De cette spiritualité qui le fera vivre intensément. Au point d’alimenter une relation intime avec Abba (littéralement papa), le « Tout Autre », Auteur de tout ce qui est.

Une naissance de prédilection pour toutes les personnes de son temps qui souffrent dans leur corps, dans leur coeur, dans leur esprit, dans leur âme. Une naissance qui n’a pas généré une commotion dans l’Univers. Paradoxalement, c’est sa mort qui va engendrer cette dernière, et des ondes de choc frappent encore régulièrement la conscience humaine. Naissance guidée par une étoile mais pas sous une bonne étoile, auraient pu déjà dire les astrologues de ce temps. Des bergers et des mages en témoignent, semble-t-il. À sa mort, des riches de pouvoir et de gloire verront à le faire taire de façon définitive tandis que le pauvre peuple suivra les événements, manipulé qu’il est par l’autorité politique et religieuse. La force de sa vie prend racine dans sa naissance.

Ses parents auront tout fait pour le préparer à affronter la vie dès les premiers jours de son existence. Ils lui auront donné le meilleur d’eux-mêmes. Ils l’accompagneront à chaque étape de sa vie, même lorsqu’il revendiquera plus d’autonomie (l’épisode d’Ieshoua/Jésus demeuré au Temple à Jérusalem). Sa mère ne l’abandonnera jamais, elle qui a même dû recevoir son corps à la descente de la croix. Une naissance prometteuse au plan spirituel, décevante au seul plan humain. Échec selon toute vraisemblance. Mais Ieshoua a assumé la seconde naissance : celle-là même où une personne renaît à elle-même pour devenir complètement elle-même, ce qui n’est jamais sans souffrance (Maurice Zundel). Et sa troisième naissance, celle-là spirituelle, la résurrection : fulgurante, renversante, bouleversante, exaltante. Une naissance qui devient Source intarissable d’amour, de tendresse et de miséricorde. Image incarnée du Père (Abba).

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com




Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (3 de 3)

Combien de fois Jésus s’est-il retiré au désert ou dans un jardin (Gethsémani, des Oliviers) pour y prier en  toute intimité son Père? Quand Il fut abandonné de tous ses apôtres et disciples, renié et trahi, il a continué à s’adresser à son Père. Même que, dans un moment très humain de détresse psychologique, il Lui demandera directement pourquoi l’a-t-il abandonné? Sur la croix,  Il implorera le pardon pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’ils font. Prière d’abandon. Quand tout semble perdu, même Jésus prie sans cesse! Et toujours en fonction de la volonté de son Père qui, seul, sonde le coeur et les reins.

De la méditation dans le sillon de John Main, bénédictin

C’est une longue tradition persistante dans le temps. Inspirée des Mères et des Pères du désert qui voulaient revenir aux sources du christianisme et vivre intégralement l’esprit des évangiles, la prière contemplative (ou méditation) faisait l’économie de la parole. Le moine Jean Cassien parlait d’un court verset des Écritures, idéalement d’un mot. Avant le grand schisme d’Orient il n’y avait pas les distinctions culturelles et linguistiques qu’on connaîtra par la suite, c’est-à-dire aux lendemains de 1054 (XIe siècle). Le mot « mantra » qui n’est aucunement une propriété exclusive de l’hindouisme, du bouddhisme ou de traditions philosophiques ou religieuses orientales ou de l’Extrême-Orient, signifie, en définitive, un mot-prière, un mot sacré, une clé d’entrée, un moyen et non une fin en soi. John Main, bénédictin, a donc restauré la méditation pour la rendre accessible à toutes et à tous.

Il retiendra le mot-prière maranatha qu’on retrouve dans une Lettre de Paul aux Corinthiens et qui constitue le dernier mot du Livre de l’Apocalypse. Ce cri du coeur et de l’esprit, maranatha, dans la langue maternelle de Jésus, l’araméen galiléen, exprime un appel cordial : Viens Seigneur! Saint-Jacques lui-même dira sans ambages « Approchez vous de Dieu et Il s’approchera de vous ».  La répétition continue de ce mantra pendant les vingt minutes, matin et soir, de la période de méditation, marque une empreinte indélébile sur le coeur, lieu symbolique de la présence du « Tout Autre » au tréfonds de mon être.

Dans les moments de joie et de plénitude, méditons. Dans les moments de turbulence et de souffrance, méditons encore et toujours. Car quand tout semble perdu, la prière contemplative devient un tremplin dans ma vie. Puis-je encore m’en passer?

Je terminerai par un extrait de la préface de Benoît Garceau, omi. dans  l’ouvrage cité à la note (1) :

« Ce qu’il y a de meilleur en chaque tradition religieuse, c’est sa dimension mystique. Amputée de cette dimension, toute religion devient une monstruosité, un principe de conflits et de violence. Or, pour connaître la dimension mystique d’une religion, pour comprendre comment se vit chez elle l’expérience de l’Absolu, comment se traduit sa manière propre de concevoir le retour de l’être humain à la Source de tout être, il importe de regarder le rôle qu’elle accorde à la méditation ».

__________________________________________________________________
                           
(1)THÉROUX, Yvon R., (dir.), En quête de l’Absolu. La méditation selon cinq traditions religieuses, Montréal, Éd. Paulines, 2009.  124 p.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com




Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (2 de 3)


Les ingrédients communs à toutes les formes de la prière contemplative

Que la méditation soit séculière (ou laïque), c’est-à-dire sans référence à un Absolu d’ordre divin, ou relevant de l’une ou l’autre des grandes traditions religieuses (1) on y retrouve un commun dénominateur constitué de quatre ingrédients : Le recueillement, l’attention, le silence et l’écoute. Je ne saurais trop insister sur le recueillement qui n’a rien à voir avec une attitude dévote. L’étymologie du mot suggère plutôt l’effort d’unité de soi, en soi. S’unifier alors que l’on est facilement dispersé, morcelé, éparpillé, distrait, décentré. Se ramasser en quelque sorte pour ouvrir notre conscience en toute sa plénitude. Ouverture active au moment présent en esquivant consciemment le passé qui n’est plus et l’avenir qui n’est pas encore là. Ce recueillement est facilité par la généreuse contribution de l’attention. Être attentif, c’est en soi tout un programme. Lequel exige patience et vigilance, persévérance et une certaine dose de courage. Retenons que la désespérance ne sied pas au christianisme! Combien sommes-nous, de nos jours, à souffrir d’un certain « déficit d’attention »? L’ingrédient qui nourrit le mieux l’attention est le silence.

Le silence, musique de l’âme. Ce silence qui nous façonne. Ce silence qui demeure la toile de l’émergence de la création. Le soleil ne se lève-t-il pas, ne se couche-t-il pas en silence? Les belles fleurs de mon hibiscus qui se présentent à l’aube ont advenu en silence. Les musiciennes et les musiciens, ici présents, savent combien le silence est précieux dans la composition musicale. Sa présence est indiscutable! Le silence pour favoriser au maximum l’écoute.

L’écoute toute silencieuse de Celui qui m’habite. Entendre n’est pas écouter. Car écouter fait appel à tout mon être : corps, coeur, tête, âme. L’écouter Lui se dire à moi tel qu’Il est et non plus comme je le perçois ou comme je le conçois!

Quand tout semble perdu...

Certaines lectures d’ouvrages de deux oncologues réputés, Norman Cousin et Henri Joyeux, ont démontré lors d’études cliniques échelonnées sur au moins quinze ans, que les personnes d’une même cohorte d’âge, atteintes du même type de cancer, pouvaient survivre en moyenne de sept à dix ans de plus si elles avaient un état d’esprit positif et constructif. Si elles nourrissaient encore des projets, voyageaient, bref, si elles vivaient intensément le moment présent nonobstant cette limite. Des transformations s’opèrent alors à l’avantage de la personne. Leur influence est débordante d’énergie. Il y a un lâcher prise souverain et exaltant. Pour celles et ceux qui vivent la foi, il y a une reformulation radicale et authentique de cette dimension constitutive de leur existence. S’abandonner à plus grand que soi. On retrouve un passage de Matthieu fort évocateur à cet égard.

Matthieu, immédiatement après la présentation du « Notre Père... » consacre plusieurs versets à la prière d’abandon à la Providence (Mat 6, 25-34). Il questionne nos craintes et nos angoisses. Pourquoi avoir peur et s’inquiéter pour notre vie et de ce que nous mangerons? Pour notre corps et ce qui le revêtira? Les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent et pourtant ils mangent tous les jours. Les lis des champs ne peignent ni ne filent, or même le roi Salomon, dans ses plus beaux atours, n’a jamais eu un vêtement plus beau que les lis des champs! La prière contemplative oblige à un abandon de soi, de ses occupations et surtout, de ses préoccupations. Les quatre ingrédients mis en relief tantôt forment l’acronyme R.A.S.E. (Recueillement, Attention, Silence, Écoute). Rase tout ce qui a alimenté ta journée pour te faire le cadeau à toi-même d’un vingt minutes de silence, de paix, de tranquillité, d’abandon à la Source même de ton être. (Suite le mois prochain).

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(1) THÉROUX, Yvon R., (dir.), En quête de l’Absolu. La méditation selon cinq traditions religieuses, Montréal, Éd. Paulines, 2009.  124 p.


Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com



 

Pourquoi prier, méditer, quand tout semble perdu? (1 de 3)


Prière,  méditation et la science

Je vais débuter avec une anecdote. Lors d’une conférence à l’hôpital Hippolyte Lafontaine, il y a quelques années, je me suis retrouvé devant plus de soixante psychiatres. Un auditoire qui voulait comprendre la montée de cas de délires religieux. Je pouvais facilement distinguer deux groupes : des freudiens de la génération des « baby boomers » et la jeune génération montante.  Après ma communication, une période de questions et d’échanges a eu lieu. Je fus agréablement surpris de l’intervention d’une et d’un jeunes des leurs qui affirmèrent avec conviction que lorsque la médication (psychotropes) et divers autres traitements n’arrivaient pas à résoudre des problèmes bien identifiés chez certains patients, alors ils leur montraient à méditer ou à prier. Au dîner, je me suis retrouvé aux côtés du directeur du département de gériatrie qui me fit l’aveu premier d’être athée. Il ajouta que les quatre années à cette direction lui avaient fait tout de même observer que les patients qui avaient la foi, ou se référaient à l’expérience religieuse mouraient en général beaucoup plus sereinement. Sur quoi j’ai voulu l’inviter à me laisser avoir accès aux dossiers pour pousser une recherche dans le sens de ce qu’il venait de me confier d’un point de vue clinique. Avec un sourire expressif, il me répondit non, car il ne voulait quand même pas se contredire!

Cette expérience m’avait fait beaucoup réfléchir sur le fait que dans les situations où les thérapies devenaient inutiles en certains cas, l’ouverture à l’expérience spirituelle ou religieuse pouvait avoir un certain effet. Un peu analogiquement comme la musicothérapie. Y a-t-il un effet thérapeutique de la prière, de la méditation? De nombreuses études étatsuniennes et maintenant canadiennes démontrent la portée de la pratique de la méditation au plan physiologique, entre autre. Voilà pour cette brève entrée en matière.

Des types de prière

Je pourrais regrouper principalement trois types de prière. D’abord la prière vocale, de demande ou d’action de grâce, comme le signale l’évangéliste Matthieu (6, 1-4). « Prier en secret », retiré(e) dans sa chambre, en tête-à-tête avec ton Père « qui est là dans le secret... qui voit dans le secret » (Mat 6,4). N’insistons pas trop sur les demandes car le Père les connait déjà avant même qu’on veuille les lui confier. De plus trois réponses sont possibles de la part du Père. La première est un « oui » rapide à notre demande, un « oui » étonnant qui interpelle. La deuxième peut être un « oui » à retardement. Le temps de Dieu n’est pas le temps des humains. Finalement, la troisième est une sorte de « non » amoureux où Dieu se dit qu’Il pourrait avoir une meilleure solution que celle préconisée dans le libellé même de la demande. C’est un clin d’oeil du Père qui peut être compris dans le contexte d’une foi authentiquement vécue. Nous omettons souvent dans nos demandes l’ajout suivant : mais que cela soit conforme à ta volonté! Le deuxième type est la prière communautaire.

Déjà Jésus  incitait les siens en son temps à se réunir quelques-uns ensemble pour prier. Car, disait-il, «... quand vous êtes deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ». Plus tard on parlera de la prière liturgique de la communauté assemblée. C’est l’expression d’une foi partagée dans un contexte rituel précis. Le troisième type est la prière contemplative.

Ou, plus brièvement, la méditation. Une prière silencieuse pour entrer en contact avec le « Tout Autre » qui nous habite. Il ne s’agit pas ici de parler à Dieu mais bien de l’écouter attentivement pour qu’Il se dise à moi tel qu’Il est. Trop souvent on parle de Dieu à travers des images de Dieu enregistrées depuis la petite enfance selon l’éducation religieuse reçue. Des idées sur Dieu, il y en a à l’infini. En définitive, que peut-on dire sur Celui qui nous échappe au plan des conceptions, des notions et de l’imaginaire? Caractérisons particulièrement ce troisième type de prière. (À suivre le mois prochain).

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com






Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec 2

Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec et des régions francophones du Canada (www.meditationchretienne.ca) est toujours en cours. Il en va de même aussi pour le le 20e anniversaire de la Communauté mondiale de méditation chrétienne (www.wccm.org).

Prendre le temps de réfléchir à la distance parcourue sur ce chemin de pèlerinage intérieur, pour un individu ou un organisme, c’est une nécessité vitale qui oblige à considérer les raisons et motivations profondes qui ont fait jaillir ce choix librement consenti dans la vie, dans ma vie. Je dois toucher aux racines de ma croissance spirituelle. Pourquoi méditer?

Au début, il y a, bien sûr, l’enthousiasme inhérent à la nouveauté. Je plonge facilement dans l’écriture de scénarios où je me projette dans une nouvelle phase de ma vie. Un commencement, ou un recommencement, avec les meilleures intentions au monde. Enfin quelque chose de facile, à ma portée. Le contact avec une communauté de méditation me confirme dans mon choix, me stimule et m’encourage à aller de l’avant. Je constate que je ne suis pas seul (e). J’effleure cette solidarité, indispensable au plan humain. Tout va bien, tout roule dans l’huile et j’en suis même personnellement surpris.

Tout commence dans la vraie vie par l’extérieur. Et tant que je n’intègre pas intérieurement une nouvelle expérience, elle peut s’additionner aux mille et une autres qui ont précédé, sans plus. Intérioriser signifie avoir un regard juste et réaliste sur ce que je vis. Au seul plan humain, toute croissance passe inévitablement par des crises, c’est-à-dire de profondes remises en question, des doutes qui interpellent, qui déstabilisent, qui me sortent de ma zone de confort. Quand ce processus de croissance se met en branle, il est beaucoup plus facile de tout lâcher, de tout abandonner...voire même laisser tomber une occasion ultime de changer en profondeur avec ce que cela exige d’efforts, de ténacité et de persévérance! Au plan spirituel, c’est la même réalité qui me rattrape.

Pourquoi en serait-il autrement? La spiritualité s’incarne dans un être de chair et d’esprit. Il faut convenir que la méditation - qu’elle soit dans le sillon de John Main, bénédictin, ou autre - surprend par sa grande simplicité. C’est ce qui la rend séduisante pour plusieurs. Mais on oublie trop vite qu’elle est une discipline à acquérir au fil des jours, des mois, des années, et cela est très exigeant. Des occasions pour éviter ou ne pas faire pullulent à l’infini. S’asseoir et se faire le cadeau de méditer pendant vingt minutes matin et soir pour se réconcilier avec soi-même, avec les autres et le Tout-Autre est une démarche qui ne va jamais de soi.

Dans ma vie quotidienne, ma réalité biologique n’exige-t-elle pas de manger, boire, dormir, bouger et quoi encore? Au moins minimalement. Ma vie spirituelle, pourquoi serait-elle sans exigence aucune, à « la va comme je te pousse »? Le parent « pauvre » de ma vie globale? Pense un instant que si tu découvrais, par hasard, un trésor inestimable dans un terrain vague, au surplus fiché d’une pancarte « à vendre », ne ferais-tu pas tout ce qui est possible pour trouver des solutions en vue d’acquérir ce terrain? Je ne fais que reprendre ici une parabole de Jésus dans les Évangiles! Notre vie spirituelle a un besoin impératif d’être nourrie judicieusement, adéquatement. Tout comme notre vie biologique, relationnelle, intellectuelle. Alors pourquoi hésiter à se faire du bien, à faire le bien envers soi, envers les autres? Car méditer transforme même et surtout à mon insu, pour le bien global de ce que je suis et ce que je deviens, pour moi et pour les autres. Pour renforcer ce lien avec la Source de ce que je suis essentiellement.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com






Le 20e anniversaire de Méditation chrétienne du Québec et des régions francophones du Canada (www.meditationchretienne.ca).


Aussi le 20e anniversaire de la Communauté mondiale de méditation chrétienne (www.wccm.org).
C’est un temps de bilan et de prospective.


De réjouissance de toutes les réalisations accomplies et de prospective pour stimuler la croissance à venir. De souvenir inspirant : tout a commencé ici à Montréal, au Québec.

Quand Mgr Crowley a demandé à John Main, bénédictin, de venir fonder un prieuré à Montréal pour y enseigner la méditation chrétienne, ce fut le début d’une aventure sous la mouvance de l’Esprit. De 1977 à 1982 (John Main osb décède le 30 décembre 1982 à l’âge de 56 ans), c’est bien ici que la semence a été mise en terre. Johm Main, Irlandais catholique d’origine, de culture anglo-saxonne s’adressait à toutes et tous sur l’avenue des Pins. Pas de barrière linguistique en méditation. Sa simplicité recherche et va à l’essentiel. La méditation ou prière contemplative est une pratique qui s’apprend en l’actualisant (learning by doing it). Simple, oui, mais en même temps exigeante. Non élitiste, elle s’adresse à toute personne attirée par le silence et l’attention.

C’est une discipline, au sens grec de « paideia », éducation, auto-éducation pour grandir intérieurement. Rien de contraignant, Il faut progressivement intégrer, comme une seconde nature, cette décision quotidienne de se faire le cadeau personnel de fuir bruit, occupation et préoccupation pour renouer avec la sérénité existentielle, la paix intérieure, vingt minutes le matin et vingt minutes en fin de journée. Mais courage et persévérance sont des tremplins incontournables.

L’image la mieux adaptée à la méditante et au méditant est celle souvent mise en relief par Paul dans ses Lettres : l’image privilégiée de l’athlète. L’effort soutenu et continu. La détermination à se vaincre soi-même d’abord. La volonté de se surpasser pour extirper le meilleur de soi. Pour se réaliser pleinement et en harmonie avec ses meilleures inspirations. Mais contrairement à l’athlète, il y a une liberté d’accomplissement sans concurrence, les personnes méditantes ne se laissent pas tenter par la performance. On est toujours une débutante ou un débutant en méditation.

Le plus heureux aussi, c’est d’apprendre à ne pas se juger soi-même d’une période de méditation à une autre. Pas plus que de juger de la qualité de sa méditation. Parfois, il nous semble que cela est plus facile, que ça coule de source. D’autres fois, c’est plus difficile. Se libérer des diverses sources de distraction n’est jamais une sinécure. C’est l’effort déployé intérieurement.

Mes amis musulmans soufis évoquent régulièrement que mille voiles nous séparent de la vision béatifique du Très-Haut. L’acte de méditation lève un à un chacun de ces voiles : la lumière émerge, écartant la part d’ombre qui marque chacune de nos existences. Je vous invite à consulter les sites web inscrits au tout début. N’hésitez jamais à vous faire du bien!

« Père du ciel ouvre mon coeur à la présence silencieuse de l’Esprit de ton Fils. Conduis-moi dans ce mystérieux silence où ton amour est révélé à toutes celles et à tous ceux qui appellent ‘Viens, Seigneur!’,  ‘Maranatha’.  John Main, bénédictin.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




« Se diviniser » : qu’est-ce à dire pour l’être humain?


(Troisième partie de trois)

Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église / Homélie 14, sur l'amour des pauvres, § 23-25 ; PG 35,887 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 2, p. 161 rev.)
« Celui qui est digne de confiance dans une petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande »

« Tu dois savoir d'où vient pour toi l'existence, le souffle, l'intelligence et ce qu'il y a de plus précieux, la connaissance de Dieu, d'où vient l'espérance du Royaume de cieux et celle de contempler la gloire que tu vois aujourd'hui de manière obscure, comme dans un miroir, mais que tu verras demain dans toute sa pureté et son éclat (1Co 13,12). D'où vient que tu sois fils de Dieu, héritier avec le Christ (Rm 8,16-17) et, j'oserai dire, que tu sois toi-même un dieu ? D'où vient tout cela et par qui ?

Ou encore, pour parler de choses moins importantes, celles qui se voient : qui t'a donné de voir la beauté du ciel, la course du soleil, le cycle de la lune, les étoiles innombrables et, en tout cela, l'harmonie et l'ordre qui les conduisent ?... Qui t'a donné la pluie, l'agriculture, les aliments, les arts, les lois, la cité, une vie civilisée, des relations familières avec tes semblables ?

N'est-ce pas de Celui qui, avant toute chose et en retour de tous ses dons, te demande d'aimer les hommes ?... Alors que lui, notre Dieu et notre Seigneur, n'a pas honte d'être appelé notre Père, allons-nous renier nos frères ? Non, mes frères et mes amis, ne soyons pas des gérants malhonnêtes des biens qui nous sont confiés ».

« Soyez parfaits comme Dieu votre Père l’est » : n’est-ce pas là une invitation directe pour diviniser l’humain en le rendant semblable à Celui qui habite au tréfonds de l’être essentiel de chaque personne ? La méditation est cette rencontre, dans le silence, de l’humain avec le « Tout Autre » : maranatha, « Viens Seigneur » puisque je m’approche de toi pour notre rencontre. Je veux t’écouter car Tu te dis tel que tu es et cela me libère de toutes mes conceptions reçues par l’éducation et la culture, depuis mon enfance jusqu’à maintenant.

Les images de Dieu ne sont pas Dieu. Et tes témoins privilégiés, celles et ceux qui Te ressemblent à ne pas s’y confondre, sont celles et ceux qui, librement, intelligemment et dans la foi donnent le meilleur qui les habite, tournés vers les autres pour leur venir en aide. Et ton Fils, lors de son passage en cette existence terrestre, n’a-t-il pas révélé ta vraie nature quand il accueillait inconditionnellement toutes et tous ? Exprimait son souci de justice, d’équité et de solidarité ? Exprimait amour et tendresse. Pardonnait sans retenu, témoignant de ta miséricorde infinie ? La force intrinsèque de la méditation : se situer au centre, là où notre nature humaine peut devenir divine et réaliser l’équilibre entre le visible et l’invisible, entre le terrestre et le céleste. C’est comme déjà goûter aux délices de ce à quoi aspire le plus l’humain quand il se transcende lui-même.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




 


« Se diviniser » : qu’est-ce à dire pour l’être humain?

C’est opter « en pleine conscience » pour « Être plus » selon le mot même de Pierre Teilhard de Chardin. Ce n’est donc pas l’ajout d’un simple vernis de finition sur la réalité humaine. Ce n’est pas non plus un gargarisme langagier pour dessiner un idéal abstrait. Ce n’est pas non plus une composante moderne d’un rêve idyllique. Cette aspiration à correspondre au meilleur de l’humain en se réalisant en plénitude se trouve déjà exprimée dans des prières de religions disparues.

« Innocent devant le grand Dieu » présente des formules tirées du Livre des morts, que le défunt devait prononcer afin de justifier son existence passée. Texte selon le papyrus du Nu(1). Égypte.

« Je n’ai pas commis l’iniquité contre les hommes.                       
 Je n’ai pas maltraité les gens.                                   
 Je n’ai pas commis de péchés dans la Place de Vérité.                   
 (...) Je n’ai pas appauvri le pauvre.                                
 (...) Je suis pur, je suis pur, je suis pur, je suis pur!...
   
Gâthâ dit « Les questions au Seigneur (Ahura Mâzdâ) » Iran

 «... Voici ce que je te demande, Seigneur - réponds-moi bien :               
 Pour que je fasse ma sagesse de ton enseignement, ô Sage,                   
 Et des paroles que j’aurai obtenues de la Bonne Pensée,                   
 Et que je sache ce qui, dans l’existence, est conforme à la Justice,               
 De quelle façon mon âme, parvenue au Bien, sera-t-elle ravie? (2)
   
 L’homme de la Dévotion est saint; par l’Intelligence, par les paroles,           
 par l’action, par la conscience, il accroît la Justice;(3)
   
À Zeus, toi qui connais nos coeurs (Grèce Antique)
 « Grand Zeus! Tu me surprends, toi, le maître des choses!                   
 Toi qui connais nos coeurs et pénètre les causes,                       
 Regardant d’un même œil nos vertus et nos crimes...(4)
   
La relation entre l’humain et le divin met souvent en relief cette capacité unique pour les femmes et les hommes de penser et d’agir en conformité avec ce qui agrée davantage aux déesses ou aux dieux. S’approcher ainsi du divin, c’est - à ne pas s’y confondre - devenir tel, non par simple imitation mais en puisant en soi ce qui est plus qu’humain. En guise d’exemple, dans de nombreuses traditions spirituelles et religieuses, le seul effort de pardonner semble tout à fait impossible pour l’humain. Pardonner demande un état d’esprit qui transgresse toute idée de vengeance, de ressentiment, de colère. En cela, pardonner ne peut pas seulement relever de la volonté humaine première. Pardonner ne serait-il pas une forme concrète de « divinisation » de l’humain. Se pardonner, pardonner à autrui est une vertu divine incarnée en l’humain.

On peut comprendre que diviniser l’humain ne correspond nullement à se prendre pour un dieu ou pour Dieu, ou encore s’élever au-delà de notre nature et de notre condition humaine. Au contraire, c’est l’assumer dans ce qu’il y a de plus lumineux, de plus noble, de plus vrai, de plus beau et de meilleur. Méditons sur cette réalité. Les conséquences ne seraient que bénéfiques et salutaires et pour l’humain et pour l’univers qui constitue son écrin vital privilégié.
                           
(1)CHALIAND, Gérard, Les Voix du sacré. Les plus beaux textes des religions disparues, Paris, Robert Laffont, 1992, p. 69.

(2)(3) Idem, p. 85 et 89.

(4)  Idem, p. 116.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com




Et si l’humain se divinisait quelque peu, qu’arriverait-il?

Selon un dicton commun, les années se succèdent et ne se ressemblent pas. Au niveau des événements produits par les humains, cela se défend, du moins en apparence. Quand à la nature cosmique qui l’environne, elle connaît des cycles répétitifs : saisons des moussons, des typhons, des tornades, des pluies, de la sécheresse, de la neige et du soleil. À bien regarder l’espèce humaine, on croit, bien sûr, qu’elle évolue, lentement mais sûrement. Les références sont des paramètres extérieurs. Comme l’humain nous semble défini selon ces mêmes paramètres une fois pour toute, il va de soi qu’on n’attend pas de métamorphoses subites et encore moins une révolution.

La preuve en est que des expressions, nombreuses et banales résument l’état d’esprit d’une conception généralisée de l’être humain. « Qu’est-ce que tu veux, c’est bien humain... ». «  Après tout, c’est un homme... ». « On ne refera pas l’espèce humaine ». « L’homme est un loup pour l’homme ». « L’erreur est humaine » etc. Parler ainsi de l’être humain évoque sans nul doute sa partie animale, tant d’un point de vue biologique que psychologique. On pourrait alors signaler tout ce qui relève de l’instinct, des réflexes inhérents à son côté animal, de l’irrationnel qui, parfois, annule sa capacité de réflexion et inhibe ses facultés intellectuelles. D’où tiendrait-il alors sa supériorité par rapport aux autres espèces vivantes, nommément animales? Son langage? La plupart des espèces animales ont des codes de communication et des langages tant gestuels que non verbaux. Son intelligence caractérisée et ses nombreuses capacités d’inventer, d’imaginer. On pourrait s’approcher peu à peu d’une série de critères qui pourrait effectivement reconnaître l’animal humain comme non seulement différent des autres espèces animales mais en un certain sens doué de capacités supérieures qu’il a le fardeau de rendre opérationnelles. Au strict plan matériel on doit accepter, qu’en pourcentage, la différence entre l’humain et certains singes évolués, le chimpanzé par exemple, ne totalise que 1%. La frontière est mince!

Mais voilà, l’humain est un sujet éthique qui a conscience des réalités de ce monde et qui peut prendre position tout en débattant des enjeux afin de répondre aux défis de l’heure. L’humain peut être « spirituel » : en bref, cela signifie qu’il peut intervenir au nom d’une cause à défendre qu’elle soit politique, sociale, relevant de la justice ou de la non violence. Il s’agit de l’expression d’un humanisme, d’une solidarité qui transcende son seul ego pour s’ouvrir aux autres. Les registres d’expression sont nombreux : toutes les formes d’art, les affirmations culturelles, les résultats des sciences etc. Le « spirituel » peut aussi prendre une connotation « religieuse » en référence à un Absolu qui transcende toute la Réalité. Chez certains penseurs de diverses traditions religieuses d’obédience chrétienne, par exemple, revient souvent l’idée et l’image que Dieu s’est fait homme pour que l’homme se divinise. C’est simultanément une incitation, une invitation, voire même une convocation à s’élever bien au-delà non seulement de son animalité, primaire et grégaire, mais de s’affranchir de toutes ces conceptions limitatives, coercitives et grossières de l’humain.

Parfois on s’étonne - et c’est là une douce consolation - des merveilles produites par l’humain en divers secteurs d’activités : la musique, l’architecture, la peinture etc. On parle du génie humain. C’est peut-être là une limite où s’établit de façon plus manifeste et transparente la frange divine de l’humain. Personne, mais personne ne résiste au Vrai, au Bien, au Beau. Faire de manière extraordinaire les choses ordinaires de la vie courante est à la portée de tous les humains de partout et de tous les temps. Et faire un petit pas en cette direction durant l’année 2011 témoignerait peut-être de cette capacité pour l’humain de se diviniser sans aucune prétention mais avec la volonté d’une transformation profonde, possible et réelle, d’une conversion qui inévitablement fera vivre un bonheur renouvelé, provoquera le sentiment qu’être pleinement humain ne peut être étranger à cette capacité de se diviniser.

Bonne route en 2011.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com 



   
Une communauté de méditation chrétienne de l’avenir

La réflexion que je veux partager avec vous toutes et tous se dessine à l’horizon du 20ème anniversaire de fondation de Méditation chrétienne du Québec (MCQ) et des régions francophones du Canada (RFC) en 2011. Il s’agit de construire, de recontacter le « feu sacré » qui a animé, dès les débuts, Michèle Dubuc, Monique Piché et finalement Michel Boyer ofm.  C’est trop courant, trop facile de s’asseoir sur les acquis. Les habitudes se durcissent rapidement. Chaque communauté de méditation chrétienne du Québec et du Canada francophone doit se poser des questions viscérales pour répondre maintenant à cette soif grandissante de chercheurs de Dieu, femmes et hommes de toutes les générations.

1- Suis-je une personne qui consomme de la méditation comme d’autres consomment d’autres produits issus de la religion, de la culture? Consommer veut limitativement dire ici venir chercher un certain confort (ou réconfort) auprès de personnes que j’aime bien socialement et qui me le rendent plutôt bien. Ce type de consommation peut aller jusqu’à développer une certaine dépendance. Le groupe se ferme progressivement sur lui-même (tout en niant cette tendance) et toute nouvelle personne arrivante risque de déranger un peu. La nouvelle personne a besoin impérativement de s’adapter à notre groupe rapidement. Et non l’inverse. Tout cela se sent. Car ce sont les attitudes qui expriment la vérité des êtres, des groupes, des communautés. Imaginez un seul instant un Jésus intéressé exclusivement par les membres de son peuple (Israël), fermé aux autres, satisfait des résultats remportés dans les diverses provinces autour de la capitale Jérusalem. Le christianisme de serait jamais né! Pour qu’il y ait naissance, il faut une promesse d’avenir ouverte à toutes les personnes concernées et de bonne volonté.

2- Le facteur de vieillissement des communautés de méditation laisse croire parfois que cela va s’éteindre avec la génération de fréquentation actuelle. Absence de souci des générations montantes? Fait-on « sa petite affaire » tant que cela marche? Pour l’après, on ne peut guère l’inventer. Quelle tristesse! Former un couple, quel défi. Former une communauté vivante, vivace et vivifiante pour l’aujourd’hui des femmes et des hommes, quel projet grandiose et exigeant?

3- Comment ma communauté réagit quand l’une des environs s’éteint faute de relève, de leadership assumé et partagé? Trouver cela de valeur n’arrange rien. Le leadership d’une communauté ne peut pas reposer sur les épaules d’une seule personne, sans risque d’extinction éventuelle. Le meilleur leadership au sein d’une communauté de méditation est celui qui est partagé en fonction des talents et des charismes des uns et des autres. Et personne n’est totalement dépourvu de talents, dons ou charismes!

4- Quels sont les liens dynamiques et complémentaires qu’entretient ma communauté avec l’accompagnatrice ou l’accompagnateur régional et réciproquement? Ou, à défaut, avec la coordination générale de MCQ/RFC? Je sais bien qu’aucune communauté n’entretient peur et méfiance. Mais la prudence n’est pas toujours ce que l’on croit! Elle peut même s’avérer un bon alibi. Si on respecte et on accepte sincèrement la différence, alors on admettra que toutes les communautés sont différentes dans leur nature et semblables dans leur mission. Est-ce que les communautés d’un même territoire se rendent visite mutuellement? S’entraident réciproquement? Organisent ensemble une ou l’autre activité pour se ressourcer et fraterniser? Une communauté n’appartient à personne en particulier, ce n’est pas une propriété dont je revendique la paternité ou la maternité.

5- Tout devient possible quand on fréquente les Écritures. Par exemple, les Actes des Apôtres inspirent le sens à donner à une communauté (naissante ou plus expérimentée), révèlent les attitudes gagnantes dans l’évolution de toute communauté (imaginez les différences profondes entre celles fondées par Paul, d’autres fondées par Pierre et Jacques, entre Juifs et Gentils de pays aux cultures si dissemblables)!

6- La lecture ou relecture des enseignements de John Main osb et de son successeur Laurence Freeman osb pour réactualiser l’intuition profonde qui a présidé à la mise en place de la prière contemplative au sein du christianisme.

7- Combien de fois nous consultons les principaux sites web reliant les communautés de méditation de toute la planète?

8- En conclusion, revoyons ce que nous étions à l’âge de vingt ans? Et, avec l’expérience et la sagesse acquises nos deux ou trois fois vingt ans devraient générer suffisamment de puissance et d’attrait pour donner des ailes à chaque communauté de méditation chrétienne du Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et d’ailleurs.

Bien amicalement, Yvon R. Théroux coanimateur de la communauté de méditation chrétienne Marie-Rivier à Mont-Saint-Hilaire.

Yvon R. Théroux, bioéthicien, religiologue, théologien
yvonrtheroux@hotmail.com


 



      Leadership  et communauté de méditation1 -2

•    L’envoi en mission: Initiative de l’Esprit
« Or un jour, tandis qu’ils célébraient le culte du Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit: Mettez-moi donc à part Barnabé et Saul en vue de l'oeuvre à laquelle je les ai appelés. » Actes 13,2. Il est impératif de réaliser en plénitude la mission qui nous est confiée.

•    Les personnes qui animent une communauté de méditation contribuent à réaliser ici et maintenant le Royaume de Dieu en renouvelant l’Église, en réalisant l’essentiel de « sa mission ».

•    Conditions gagnantes pour l’équipe d’animation: les attitudes de Jésus de son vivant :

1- Un coeur ouvert aux autres, quels qu’ils soient (l’accueil chaleureux et expressif est la clé de voûte au sein d’une communauté de méditation). Décentration du moi pour aller vers autrui.

2- La transformation intérieure opérée par la méditation touche toute la personne a) Dans son corps (gestes d’accueil, sourire et rire, joie expressive, détente); b) Dans son coeur (compassion, compréhension libre de tout préjugé); c) Dans son esprit (libéré-e de toute peur, contrainte, fausse appréhension); d) Dans son âme (sentiment de paix, d’équilibre, de joie profonde).
 
•    Une communauté de foi n’attend pas d’être dirigée, mais guidée dans le respect;
l’équipe d’animation n’est pas au-dessus de la communauté mais en son centre;
elle reflète les valeurs évangéliques fortement humaines et humainement spirituels.

•    Le meilleur leadership est un leadership partagé en fonction des charismes de chaque membre.
Sous la mouvance de l’Esprit, guider, lever les obstacles, soutenir chaque membre, créer une vraie communauté en étant des témoins vivants d’une vie spirituelle inspirante, dans la persévérance et la patience aimante.

•    Une équipe ne se dissout pas à cause de problèmes:
La colère envers les personnes qui résistent au changement.
La frustration devant ce qui ne peut être changé.
Le désappointement devant une réalité prometteuse mais finalement stérile.
Déception de gens à qui on exprime sa tendresse et qui la rejettent!

Les problèmes sont-ils des épreuves pour l’être spirituel ou des questions que Dieu lui pose?

•    Tout ce qu’une équipe entreprend ne peut pas toujours réussir MAIS elle ne doit jamais cesser de revenir à la charge car elle est appelée à porter des fruits en abondance d’une saison à l’autre.

L’expérience de Paul nous éclaire ici: « C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ; car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Cor 12,10.

Enjeux et défis de fonder une communauté de méditation authentique.
Être vrai avec soi pour l’être avec les autres.
Développer une pensée proactive, positive, constructive.
Compter sur l’appui de Dieu pour changer en nous ce qui doit l’être, pour affronter des personnes difficiles et des situations tourmentantes.

Leçon de vie: Viktor Frankl.
•    Un long séjour dans un camp de concentration l’a amené à penser que tout est dans l’attitude adoptée vis-à-vis la vie. Il n’a jamais douté un seul instant qu'il allait un jour s’en sortir…et c’est ce qui arriva dans les faits!

La désespérance ne relève pas du christianisme.
•    À quelles conditions les communautés de méditation peuvent être ou devenir un « signe vivant d’espérance » dans notre monde actuel?

L’équipe est incontournable
•    Faire couple n’est point facile. Faire équipe est encore plus difficile, plus exigeant, mais cela est possible. Il faut relire les Actes des Apôtres pour observer comment les premières communautés ont réussi le pari de transmettre la Bonne Nouvelle et de vivre en ressuscité-e-s.

•    La fin de cette réflexion ouvre sur l’avenir.
Formons une petite équipe (2 personnes et plus), TRAÇONS ensemble UN PROJET qui puisse rassembler des femmes et des hommes qui veulent grandir ensemble tant au plan humain que spirituel.
Bonne route…

•    Consultez le site web: www.meditationchretienne.ca pour la version intégrale du diaporama, avec photos, à l’onglet « Publications », rubrique « Documents divers », dernier de la liste intitulé Leadership et communauté de méditation / Yvon R. Théroux, format PDF (2,80  Mg).

* Texte tiré d’un diaporama réalisé par l’auteur -  Tous droits réservés.

    Yvon R. Théroux    yvonrtheroux@hotmail.com


 



          Leadership et communauté de méditation1

 

Quelles sont les attitudes-clés de l’exercice d’un leadership au sein d’une communauté de méditation?

        Un premier élément de réponse dans l’épître de Jacques 3, 13-18 : La vraie et la fausse sagesse - « Est-il quelqu’un de sage et d’expérimenté parmi vous? Qu’il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse. Si vous avez au cœur, au contraire, une amère jalousie et un esprit de chicane, ne vous vantez pas, ne mentez pas contre la vérité. Pareille sagesse ne descend pas d’en haut: elle est terrestre, animale, démoniaque. Car, où il y a jalousie et chicane, il y a désordre et toutes sortes de mauvaises actions. Tandis que la la sagesse d’en haut est tout d’abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de compassion et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. Un fruit de justice est semé dans la paix pour celles et ceux qui produisent la paix.»

 

        La question: pourquoi je me retrouve dans une équipe d’animation d’une communauté de méditation?

John Main et Laurence Freeman enseignent souvent la nécessité de laisser « son image de soi » loin en arrière. Les personnes qui méditent veulent être des témoins vivants, vivaces et vivifiants d’une foi vécue, incarnée et enracinée dans l’engagement gratuit envers les autres! Des personnes qui ne sont pas là pour elles-mêmes mais capables d’accueillir toutes et tous SANS AUCUNE FORME DE DISCRIMINATION.


Les leaders authentiques pratiquent la fonction de prophétesse ou de prophète au sein de leur communauté de méditation. Écoutons Amos: « Je ne suis pas prophète…je suis bouvier et pinceur de sycomores. Mais Yahvé m’a pris de derrière le troupeau et Yahvé m’a dit: « Va, prophétise à mon peuple Israël. » 7, 14-15

 

       Amos, Jérémie… Alain, Claudette, Darquise, Diane, Emoke, Florence, François, Geneviève, Gisèle, Jean-Pierre, Johanne, Laurence, Lise, Louis, Louise, Lysanne, Madeleine, Marie-Thérèse, Mariette, Martial, Michel, Mylène, Paulette, Pierre, Pierrette, Raymond, Robert, Roger, Suzanne, Yvette, Yvon et tant d’autres… Jérémie: « La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes: Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré comme prophète des nations, je t’ai établi. » Jr 1,4-5

 

De la même manière, nous, femmes et hommes de ce temps sommes tous appelés à exercer la fonction de prophétesse ou de prophète et de leader au sein d’une communauté de méditation, comme nous pouvons le faire dans les réalités de ce monde.

 

La question sous-jacente: êtes-vous conscient-e que si vous êtes là, c’est parce que Dieu vous y a appelé-e?

       Aimé-e-s de Dieu, nous devons aimer à notre tour comme le dit si bien Jean: «Vous êtes mes ami-e-s si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous appelle ami-e-s, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Jn 15, 14-17.

 

       Rappel: attitudes-clés: 1- s’affranchir de son image de soi; 2- nous sommes appelé-e-s pour exercer ce travail de leadership et accomplir la fonction prophétique de notre baptême; 3- aimé-e-s de Dieu, à notre tour, et tout comme Lui nous devons aimer sans aucune condition.

Nous devons aussi chercher et invoquer l’Esprit pour nous guider, y compris au cœur de nos activités car c’est l’Esprit qui distribue dons, talents et charismes pour que l’unité se réalise dans la diversité. 1 Cor 12. (La suite au mois prochain)

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com
 



Le septembre festif : toutes les activités humaines y sont concernées. Quelle révélation!

   
Quand on embrasse la vie dans toute sa plénitude, on ne s’enfarge pas dans de menus détails qui asphyxient, démobilisent, démotivent. On se dresse debout, à pleine grandeur. On vit passionnément l’instant présent qu’il soit heureux ou éprouvant. Qu’il soit hilarant ou démoralisant. Septembre est un mois des bilans, le dernier mois du troisième trimestre. L’agriculteur fait le bilan de ses récoltes comme d’autres font le bilan des vacances. Positif ou négatif, un bilan n’est toujours que sommaire et passager. Incontournable, certes, pour apporter les correctifs nécessaires et rebondir à nouveau. Mais il n’est pas la mesure absolue de toute une vie. C’est pourquoi les activités humaines diversifiées de septembre permettent la réflexion qui suit.

La « Fête du travail » permet à toutes et tous de se réjouir durant une journée - prolongeant ainsi une fin de semaine - de cette activité primordiale du gagne-pain. Le travail qui donne la dignité aux femmes et aux hommes, à des jeunes et à des seniors. Travail qui permet de réaliser « sa mission », c’est-à-dire de mettre à contribution talents et savoir-faire. Fête qui laisse à penser à celles et ceux qui sont privés de ce lieu d’épanouissement et d’altruisme potentiel. Le travail partagé permet des solidarités. La simplicité volontaire engage à partager plus de temps avec les siens en délaissant une part de profits plus gros qui risqueraient de devenir problématiques et en même temps en laisse à d’autres, jeunes, débutants, travailleurs recyclés dans un nouveau domaine. Une fête bien humaine.

Septembre, c’est aussi le mois des fêtes juives, quasi exclusivement. Juives et Juifs fêtent du 8 au soir au vendredi 10 Roch Hachana, le premier de l’An 5771. « D’autre part, cette fête tombe au septième mois de l’année hébraïque selon le calendrier biblique. Ainsi, l’origine de la fête de Rosh Hashana se trouve dans la Bible (Lévitique 23, 23-25) »1. Puis la fête du « Grand Pardon » les 17 et 18 septembre : « Le but de tout ce que l'on fait à Yom Kippour (jeûne, prières et autres) est d'obtenir l'atonement, la décision Divine de suspendre le jugement pour nos mauvaises actions. Et pour cela, il faut éprouver une sincère repentance, c'est-à-dire identifier ces actions, les avouer et regretter ce que l'on a fait. Il est évident qu'un profond désir de ne pas retomber dans ces mêmes erreurs doit accompagner toute repentance »2. Deux fêtes où se mêlent la fibre humaine et des significations religieuses.

Du 22 au soir au vendredi 1er octobre : Souccot. La plus universelle des fêtes juives. « Comme nombres de fêtes juives, Souccot - cabanes ou tentes en hébreu - a une origine agricole. À l’époque biblique, on construisait des cabanes dans les vignes pendant les vendanges pour protéger sa récolte durant la nuit. Peu à peu, Souccot devint une fête d’action de grâce pour la récolte d’automne et particulièrement les vendanges comme il est écrit dans le livre du Deutéronome : "Quant à la fête des tentes, tu la célébreras pendant sept jours lorsque tu auras rentré tout ce qui vient de ton aire et de ton pressoir" (16, 13) »3. Relatons aussi les fêtes suivantes : Chemini Atseret : (hébreu: Yom hachemini atseret « solennité de clôture du huitième jour ») est une fête juive prescrite par la Bible, célébrée le huitième jour à dater du début de la fête de Souccot, et marquant le début de la saison des pluies en terre d'Israël. Bien que fortement associée à Souccot, elle n'en est pas moins considérée comme une fête indépendante de cette dernière »4.

Sim’hat Torah : « Toute l'année, le peuple juif souffre pour la Torah, voire se bat pour elle. En ce jour de Sim’hat Torah, il exprime sa joie à son égard - non seulement du fait que la Torah soit réalité, mais encore, et surtout, car il y est profondément attaché, de par une appartenance intime. Et en ce jour il ressent carrément une joie de l'âme, et ce, grâce à la Torah »5.

Septembre enclenche les activités nombreuses et diversifiées dans tous les secteurs de la vie humaine.
Fêtes des récoltes, pardon, reconnaissance : une « nouvelle » année d’activités se met en branle. On veut faire mieux qu’hier. Mais cette farandole  d’engagements ne doit pas nous éloigner de notre être profond qui peut leur donner une portée significative hautement humaine et ultimement spirituelle. Sachons garder des temps de silence pour nous. Ils sont si révélateurs. Précieux pour le corps, l’esprit, le coeur et l’âme.

1 www.jerusalem-religions.net 
2 www.harissa.com
3 et 4 www.wikipédia.org
5 www.lamed.fr

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com
 




                                                  
 Un mois de transition, un tournant, une charnière.

On vient tout juste de vivre des vacances, seul, en couple ou en famille. Ce fut un grand bienfait pour la majorité d’entre nous. Cela a permis de prendre des distances bénéfiques par rapport au quotidien, exigeant et souvent répétitif, accaparant et parfois préoccupant. La vie a de ses surprises…une façon originale, et parfois inédite, de faire comprendre que seulement penser pouvoir  contrôler sa vie – à divers degrés - relève souvent d’une illusion. Le mois d’août annonce pour un grand nombre la fin de la récréation et la perspective du train-train quotidien. Fin de la récréation, disions-nous?

Dans ce mot clé il faut saisir le verbe actif « recréer ». Nous ne sommes plus les mêmes et de subtiles transformations se sont opérées. Car en période de latence, la réflexion se réalise plus facilement. Les décisions se prennent plus aisément. Plusieurs ont même déménagé le 1er juillet et s’adaptent tranquillement à un nouveau quartier, à une nouvelle ville, voire même à une nouvelle région. Mais on se souvient, assurément et non sans nostalgie, de moments marquants vécus en plénitude, seul(e), en couple ou en famille. Les vacances qui font franchir aux uns et aux autres une nouvelle étape dans l’année courante, dans leur croissance humaine, et ce, au niveau de diverses dimensions de leur être. Un temps nécessaire de répit, de remise en question, d’élaboration de projets de toutes sortes, de planification pour soi et pour les enfants quand il y a lieu.

On a passé du temps à la campagne, en camping ou autrement. On a fait des rencontres signifiantes. On a goûté de plus près la nature dans ses multiples expressions. On s’est réjoui ensemble autour d’un bivouac, on s’est surpris à contempler un coucher de soleil en silence. Bref, on a touché à l’essence de notre être que la vie ballotte allégrement au gré des vents de changements, de marées basses ou hautes. Telle est la vie dans son abondance et sa complétude. Mais notre fragilité demeure néanmoins. Déjà interpellé par le retour au quotidien qui risque trop souvent de devenir banal et effacer l’élan vital d’un nouveau départ annoncé par la fin des vacances. Tout s’oublie trop rapidement comme les enfants qui grandissent si vite qu’on néglige les repères fondamentaux d’une relation vitale parents-enfant(s).

Des inquiétudes montent devant les nombreux défis afin de répondre à tous les besoins de chacun(e) à l’aube de la nouvelle année scolaire. Surtout s’il s’agit d’un nouveau lieu à fréquenter. L’inconnu fait peur. Mais c’est aussi un carrefour où il faut savoir puiser à même nos « forces intérieures », des « forces vives » qui, seules, permettent d’avancer positivement et constructivement en avant dans la « vraie vie ». C’est l’aventure « spirituelle » de tout être humain. Comprenons que le qualifiant « spirituel » indique simplement ce qui relève de l’esprit humain. Il sert aussi à décrire tous les efforts faits pour répondre personnellement et intérieurement aux éternelles questions de l’humain : pourquoi je suis là, je vis, je vis telle réalité ici et maintenant, je souffre, je fais l’expérience opposée et contradictoire du bien et du mal qui coexistent, je perds des êtres chers, etc.

C’est le seuil d’une réflexion qui se tisse à même ma croissance à tous les niveaux. J’apprivoise tranquillement la nécessité vitale de contacter une vie intérieure qui m’habite et dont je ne soupçonne pas tout le potentiel! Mon comportement psychologique, ma vie psychique font intégralement partie de ma « vie intérieure » tout comme mes catégories mentales propres, mon jugement moral. Mais il a cette synapse qui unit tout et me révèle mon caractère unique et ma personnalité spécifique au sein de cet univers dont je suis partie prenante. Je touche alors à la fibre qui m’élève comme « être spirituel en plénitude ».

Je puis alors méditer sur ce « mystère » que je suis à moi-même et pour les autres et qui ne sera jamais épuisé à travers les multiples relations dans toute mon existence. Pour cela, il me faut accéder à mon « jardin intérieur ». Prends le temps d’y entrer. Tu verras, ça en vaut l’effort et l’audace. Ce site web - www.nidraj.ca - peut t’y aider.

Yvon R. Théroux
yvonrtheroux@hotmail.com

 


La pauvreté de la méditation


Un interlocuteur me disait récemment que la méditation était « tendance ». Une expression pour expliquer l’engouement actuel des personnes de notre temps pour la méditation, qu’elle soit séculière ou pratiquée dans le cadre d’une tradition religieuse. Cela ne m’étonne guère car il en est de plus en plus question dans les milieux scientifiques. On mesure l’impact de la méditation sur la santé globale. La quatrième émission radiophonique de la série « Vivre autrement », entièrement consacrée à la méditation, laisse la parole à des scientifiques reconnus et d’autant plus crédibles. On traite nommément des fruits de cette pratique et quelques témoignages de méditantes et de méditants corroborent les avancées de l’investigation scientifique.

Alors plusieurs personnes décident de s’inscrire à des cours de méditation offerts par des particuliers, des institutions ou même encore par le volet des activités culturelles d’une municipalité (comme à Saint-Basile-le-Grand sur la rive-sud de Montréal). Cette pratique peut se confondre avec une prescription médicale où les résultats devraient venir assez rapidement et contribuer soit à la guérison ou, à tout le moins, à une amélioration sensible de l’état de santé. Et tout cela va bon train. Une vogue?

La méditation, pratique séculaire au sein de traditions religieuses occidentales et orientales ou de sagesses de l’Extrême-Orient, permet peut-être de cerner certains aspects de façon première. Certaines d’entre elles se fondent essentiellement sur la pratique méditative - rappelons-le- comme l’hindouisme (le yoga indien), le bouddhisme, le taoïsme (yoga chinois) via la respiration embryonnaire pour ne citer que celles-ci. Assis-toi et médite. Car c’est en pratiquant celle-ci qu’on apprend (learning by doing it). Quelques techniques de base, postures et respiration, qui, bien intégrées, permettent de passer au coeur même de cette activité. À trop insister sur l’approche physique et psychologique, on risque d’en oublier la portée spirituelle. Et cette portée vaut aussi pour les approches séculières! Mais il y a des attitudes classiques, longuement éprouvées, qui président à toutes les formes de méditation.

On ne doit pas se fixer des objectifs ou exprimer des attentes spécifiques. Il s’agit d’un abandon tout à fait gratuit aux forces vives. Nous, les Occidentaux en général, sommes habitués à payer et à obtenir en retour : biens de consommation, services, privilèges etc. De plus, les résultats devraient venir selon un échéancier prédictif, efficace et efficient. Or la condition préliminaire exigible est la persévérance. Mais d’un type particulier : elle échappe en partie à l’espace temporel qui constitue, chez l’humain, une limite incontournable. Au surplus, il faut constamment se remémorer le fait suivant : dans la pratique méditative nous sommes toujours des débutantes et des débutants. Analogiquement, cela correspond à une sorte d’ « éternel recommencement ». Il n’y a pas de place, mais aucune, pour la vantardise. C’est plutôt l’humilité comprise dans son sens fort et inspirant :

« L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de tout ce qu’on n’est pas 1. »

Dénudée, simple et humble, voilà bien la méditation. Elle porte l’étoffe de la pauvreté. Et plusieurs l’abandonnent plutôt rapidement après quelques temps d’essai. Car il s’agit principalement de devenir libre et libérée des occupations et préoccupations qui forment le menu de notre quotidien. Et, pour ce faire, on développe, en sens inverse, des aptitudes à l’attention, à l’écoute, au silence pour mieux s’unifier, pour réaliser l’unité intérieure tout à l’opposé de la dispersion mentale. On s’habilite progressivement, et fort lentement, à sortir de la farandole des distractions multiformes. Conscient qu’on ne peut pas arrêter le flux des pensées pas plus qu’on peut arrêter les battements cardiaques. Mais les moyens simples de la méditation, en l’occurrence revenir au mantra, nous sculptent presque qu’à notre insu. Celles et ceux qui goûtent la « pauvreté » de la méditation en sortent enrichis. La période estivale ne serait-elle pas un moment opportun pour commencer à méditer?

Les vacances fournissent tout naturellement l’immobilité extérieure propice à la méditation. L’immobilité intérieure, en contactant le silence déjà là en moi, me permettra de faire une expérience hautement spirituelle si je demeure moi-même « pauvre en esprit ».

1 Comte-Sponville, André, Petit traité des grandes vertus, Paris, P.U.F., 1998,  p. 187

Yvon R. THÉROUX
yvonrtheroux@hotmail.com



 

Un lien de parenté entre méditation et résurrection?

   
Une période du mazdéisme (ancienne religion perse), le judaïsme, le christianisme, l’islam postulent la « résurrection ». Mal comprise, l’idée de « résurrection » laisse planer exclusivement un état d’être à venir, une action qui précéderait un ‘Jugement dernier’. Ce serait donc une réalité qui échappe totalement au commun des mortels en cette vie ici-bas.

Pourtant, la méditation veut, dès maintenant, présider à la seconde naissance (lire M. Zundel) de chaque être humain ici et maintenant. Expression d’une liberté consentie, « se lever une nouvelle fois », bref la résurrection, est aussi une réalité du présent. Marc (1,15) nous dit que le « Royaume est déjà là parmi nous ». Alors, et dans ce sens,  il nous faut proclamer que la Vie est belle pour les ressuscité-e-s dès maintenant!

Le monothéisme mazdéen : « Dans les Gâtha, recueil essentiel de l'Avesta -où Zoroastre s’exprime- est affirmée l'immortalité de l'âme, une immortalité qui n'a rien à voir avec la géhenne ou shéol judaïque, celui-ci étant similaire au séjour des morts décrit dans les textes akkadiens (voyage d'Ishtar aux enfers). Dans l'eschatologie avestique, les âmes immortelles, après un passage discriminatoire, le pont Cinvat, qui correspond au jugement, seront dirigées vers l'enfer, le purgatoire ou le paradis (paradis vient du mot " paradesa ", qui veut dire " jardin " en vieux persan), séjour des bienheureux. La résurrection des corps est également promise à la fin des temps dans un monde délivré du mal. » Élisabeth Marescot dans http://www.culture-arabe.irisnet.be/zoroastre.htm

Le judaïsme : Lors des funérailles, l'espoir dans la résurrection est inclus dans une prière pour la rédemption du peuple tout entier. « Comme le dit Nahmanide   (XIIIe s.), ce n’est pas la résurrection elle-même mais la croyance en la résurrection qui se trouve mise en cause par la crémation, du fait que l’on n’accorde plus aucun égard au corps. » Il écrit : « Rien n’empêche, le Saint béni soit-Il, de réunir toutes les parties disséminées d’un corps ou de destiner à la résurrection tous les martyrs qui ont péri par le feu. Il n’en demeure pas moins que tout ce qui est dit dans la Loi est destiné à conforter la croyance en la résurrection des morts, c’est pourquoi on ne doit pas porter atteinte à la dépouille » (Chaâr ha-Guemoul). » rabbin Rivon Krygier « L’angoisse de l’après-mort »  dans http://www.massorti.com/Cremation-et-Judaisme

Le christianisme : Le mot résurrection vient du latin via le moyen français (resurrectiun, première moitié du XIIe siècle), formé sur le supin resurrectum de resurgere, littér. se lever une nouvelle fois. Avec une majuscule, Résurrection désigne le passage physique de Jésus-Christ de la mort, suite à sa crucifixion, à la vie manifestée le matin de Pâques, « le troisième jour, selon les Écritures ».  Le christianisme se fonde sur la croyance que Dieu nous a été révélé par la personne ou l'histoire de Jésus Christ. Le sommet de cette automanifestation, selon la constitution dogmatique Vatican II sur la révélation (Dei verbum, 4) a atteint son sommet avec la mort et la résurrection glorieuse du Christ qui furent suivies de l'envoi de l'Esprit Saint. La résurrection de Jésus crucifié est l'acte décisif qui non seulement a révélé Dieu en trois personnes de façon définitive et insurpassable, mais aussi inauguré la fin de l'histoire et la plénitude du Salut. La résurrection ne doit pas être confondue avec la simple réanimation physique comme le propose le texte biblique de la fille de Jaïre (2 Marc 7). Elle doit être comprise comme une anticipation de la résurrection générale et glorieuse, telle que la littérature apocalyptique l'attend à la fin de l'histoire. Passage tiré du site de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org,  (taper christianisme et résurrection).

 L’islam : Le Jour Dernier ou Jour de la Résurrection est le jour où les comptes seront faits, où les récompenses seront attribuées. On l'appelle ainsi car ca sera le tout dernier Jour, où il n'y aura pas d'autres jours après lui, où les gens du Paradis et de l'Enfer gagneront leurs demeures. La Croyance au Jour Dernier comprend trois points : la Résurrection, la Rétribution et le Paradis et l'Enfer. Croire en la Résurrection, qui sera le retour à la vie de tous les morts, et cela au moment où l'on soufflera pour la deuxième fois dans la Trompe. Les gens se lèveront vers le Seigneur des Mondes, ils ne seront ni vêtus, ni chaussés, leur nudité ne sera pas cachée, et ils ne seront pas circoncis. Allah, le Très-Haut dit : « Tout comme nous avons commencé la première création, ainsi nous la répèterons comme nous nous le sommes promis, car certainement, nous sommes ceux qui accomplissent. » Sourate 21. Les Prophètes (Al-Anbiya).Verset 104.   La Résurrection est un événement fondé et prouvé par le Coran, et la Sounna et le consensus des premiers musulmans. Allah dit : « Ensuite, vous serez morts après cela. Ensuite vous serez ressuscités le Jour de la Résurrection. » Sourate 23. Les croyants (Al-Muminune) verset 15-16.
 
La méditation amène à la contemplation du Ressuscité qui agit en nous par l’Esprit. Faire lever une nouvelle fois ce monde en se levant soi-même une nouvelle fois pour rendre témoignage à la Lumière (Jean). Transcender, dans la foi, l’imaginaire apocalyptique.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com



Méditer, c’est passer du printemps de la vie à la vie du printemps!

 Des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes aînées méditent ici et sur tous les continents. Certains objecteront qu’on ne voit pas souvent ces personnes. Ces méditantes et méditants  ne sont pas préoccupés par un intérêt à exhiber ou à démontrer publiquement cet espace  d’intériorité initié par la prière contemplative. Ces personnes ont quitté l’esprit du monde et son vernis superficiel. Elles ont opté pour l’essentiel qui se traduit par l’apprivoisement du silence, le recueillement (unité du dedans), l’attention et l’écoute. C’est l’éclosion du printemps d’une vie, d’une vie nouvelle consentie librement.

Un recommencement notable et important. C’est se situer à la Source même qui peut tarir toute soif. Une eau pure et vive qui n’étanche pas qu’une soif passagère mais nourrit tout l’être et le revitalise entièrement (La Samaritaine des Évangiles : Jn 4, 5-42). La lumière se fait plus proche et chaleureuse et devient indispensable pour la croissance de tout le vivant. Chaleur du cœur qui revigore et redonne des ailes aux humains: courage, détermination, volonté de grandir sont au rendez-vous (Guérison de l’aveugle-né en l’Évangile de Jean : Jn 9, 1-41). Les parfums printaniers taquinent les narines. Tout se renouvelle. Le grand ménage du printemps effacera les dernières traces de l’hiver. Les torrents s’écoulent dans un grondement de ténor, les ruisseaux et les rivières courent comme de folles gazelles. C’est partout les manifestations de la vie qui pousse.

 Les méditantes et méditants ne sont pas des personnes exceptionnelles, des athlètes de la prière. Elles ont tout simplement résolu de faire de manière extraordinaire les choses les plus ordinaires. Centrées sur l’essentiel, sur le moment présent qu’elles vivent intensément. Comme ces enfants auxquels Jésus de Nazareth réfèrent si souvent pour expliquer qui peut participer au Royaume (Mc 10, 13-16; Lc 18, 15-17).

 Ces personnes qui leur ressemblent sont celles qui ont gardé leur sens de l’émerveillement, leur capacité de reconnaissance devant la vie donnée. Humant le moment présent en le dégustant sans devoir se préoccuper d’hier qui n’est plus et de demain qui n’est pas encore. Leur vie est un continuel printemps : un hymne à l’amour de la vie. Profondément ancrées dans l’instant présent, elles ne déchantent pas au premier obstacle, au premier échec, à la première épreuve. Elles rebondissent et trouvent les solutions appropriées. Habituées à garder le silence, la réflexion devient plus aisée et plus aidante. Elles ont tout simplement quelques atouts de plus que d’autres personnes, fruits de la méditation biquotidienne.

 Le printemps est synonyme de bouillonnement, d’éclosion, de croissance, de poussée vers l’avant. Des personnes méditantes sont apparemment et paradoxalement engagées dans la vie courante de toutes leurs forces : pensons à Mahatma Gandhi, à Teresa de Calcutta, Jean Vanier. Que faut-il alors comprendre?

C’est que plus nous avons une vie engagée, plus nous assumons d’importantes responsabilités, plus des moments d’arrêt s’imposent au quotidien. La qualité des projets, de leur résultat, se mesure souvent à l’aulne des temps de silence qui les renforcent, les précisent, les élèvent. Un peu comme ces silences incontournables en musique pour tout compositeur. Si la vie du printemps est exaltante, la vie des méditantes et des méditants est inspirante. On apprécie toujours des gens tranquilles, calmes et sereins. Dans les moments pénibles d’une vie, on fait appel à leurs services On les sait capables, on les sent prêts à intervenir judicieusement et adéquatement. Ils ne sont pas supérieurs. Bien au contraire. Mais du printemps de leur vie qu’ils ont décidé, ils vivent maintenant un printemps perpétuel qui est une symphonie gracieuse, harmonique, stimulante, créatrice, lumineuse. Ils gèrent les difficultés sans se décourager.

 Décide par toi-même et pour toi-même de renaître, c’est-à-dire de connaître un nouveau printemps dans ta vie. Tu seras époustouflé(e) du résultat. Un grand spirituel contemporain, Maurice Zundel, affirme dans ses écrits que ce n’est pas la première naissance qui est la plus difficile, celle que nos parents nous ont donnée, préfabriquée. C’est la seconde, la plus déterminante, car je dois personnellement  m’arracher à la première pour devenir moi-même en plénitude. Renaître à moi-même, me découvrir dans la vérité de qui je suis pour me lever et aller vers… (L’enfant prodigue du texte de l’évangéliste Luc re-naît : Lc 15,11-32). On comprend ici le malheur de celles et ceux qui s’apitoient sur leur passé, rendant responsables tantôt leurs parents, tantôt certains membres de la famille ou de leur entourage immédiat. Ce sont des victimes perdantes. Nous sommes nés pour devenir des vainqueurs, des re-né(e)s gagnant(e)s. Relis le passage du dialogue entre Jésus et Nicodème (Jn 3, 1-21).

 Fais-toi ce cadeau inestimable. Il n’y a pas d’âge pour RE-NAÎTRE.

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com


 

Février : un mois bref dédié à l’amour éternel

Parmi les expériences humaines universelles, l’amour remporte la palme sans nul doute. En parler n’est jamais simple puisqu’il s’agit d’une expérience si intense que les mots ne peuvent en épuiser le sens et la profondeur. Et la poésie est probablement de par sa nature litteraire, le meilleur véhicule pour en témoigner. La Saint-Valentin (1)  veut donner une occasion de réfléchir, et de vivre, au-delà de la tourmente quotidienne, un moment d’amour ineffable. Journée-oasis dans la vie de chacune et de chacun. L’amour, une réalité trine qui jalonne le cours de notre vie. La terminologie grecque emploie trois concepts différents pour tenter de le cerner : éros, philia et agapè. Il ne s’agit pas de degrés qualitatifs mais de qualifiants marquant des étapes de transformation de la personne dans le processus de maturation qui devrait aboutir naturellement à la sagesse.

Éros (Chez les Grecs de l’Antiquité, le dieu de l’amour (2).) Il caractérise cette phase incarnée de l’amour où deux êtres s’unissent, corps, cœur, tête et âme. Il n’est point étranger à l’expérience spirituelle et la mystique l’évoque à travers des métaphores évocatrices. Le moment extatique n’est pas seulement charnel. Il est plus et transcende les personnes qui le vivent. C’est pourquoi des philosophies religieuses l’intègrent pleinement à l’expérience spirituelle universelle tout comme certaines sagesses de l’Extrême-Orient. Le taoïsme qui, entre autres choses, enseigne des « techniques sexuelles », le fait pour que le corps « se spiritualise ». Et la respiration embryonnaire du yoga chinois incarne bien le mouvement cosmique (Tao/Dao) avec lequel tout adepte veut entrer en harmonie. La méditation taoïste intègre donc "Éros". 

Philia "Aristote appelle philia l'affection qui fait que nous aimons un être pour ce qu'il est et non pour ce qu'il peut nous apporter" Wikipédia, et il correspond à l’expérience d’amitié. Expérience relationnelle et communicationnelle qui défie parfois le temps pour certains individus. D’où les expressions « ami-e-s d’enfance », « ami-e pour toujours » et on se fait un plaisir de retracer l’histoire d’un événement-clé qui a vu naître une telle amitié. Il est question de liens sacrés. C’est une expression amoureuse modulée par une fréquence différente de l’amour conjugal. On se sent bien en la présence d’un-e- ami-e. La confiance tisse leur relation. C’est pourquoi Jésus Ben Sira (IIe siècle av. J. C.), dans un extrait consacré à l’amitié, signalera la rareté des vrais amis et leur valeur inestimable :

" Un ami fidèle est un puissant soutien : qui l’a trouvé a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, on ne saurait en estimer la valeur.  Un ami fidèle est un baume de vie… "  (Ecclésiastique, 6, 14-16)

Agapè retrouve toute la force de l’amour altruiste et réciproque. C’est un amour engagé, concret, inconditionnel et sublimement partagé. C’est à ce signe vivant qu’on repérait dans les temps apostoliques les disciples de la Voie (Actes des Apôtres) nommés ultérieurement, chrétiennes et chrétiens.  Lorsque Luc évoque la première communauté chrétienne, il en parle en termes inspirants :

« Ils se montraient assidus à l’enseignement des Apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Ils mettaient tout en commun (…) Jour après jour, d’un seul cœur, ils rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. »  (Actes 2, 42-47)

Méditer sur l’amour c’est peut-être aussi travailler sur soi pour en extraire le meilleur. C’est aussi contempler le bon, le bien, le beau qui gisent en nous mais qui appellent, par amour, à s’extérioriser, à se manifester. Ce trésor enfoui au tréfonds de notre être n’existe que pour être partagé et faire le bonheur de toutes et de tous. Les contrefaçons de l’amour par trop nombreuses, sont à discerner de l’essence même de cette expérience lumineuse.

(1) (2) Voir les termes "Saint Valentin" et "Éros" sur Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com             



Janvier 2010 : Déjà une décennie du IIIe millénaire achevée…

Le «bogue de l’an 2000 », c’est presque déjà très loin! Une revue des actualités marquantes durant ces dix dernières années laisse entrevoir les grandeurs et les misères de l’humanité, ses aspirations et ses déceptions, ses victoires et ses échecs. Et à chaque nouvel an, on se targue de recommencer à neuf, de repartir d’un bon pied et de faire les choses comme jamais auparavant. L’intention est bonne, la volonté politique de changer en profondeur est souvent absente. C’est tellement humain. C’est à croire que la seule espèce pensante désespère de s’améliorer, de se dépasser, de s’autotranscender. Sa zone de confort  est tellement sécurisante! Pourquoi en sortir? Pourquoi changer quoi que ce soit?

Alors qu’on tente d’exploiter l’intelligence animale sous divers angles, des chimpanzés apprivoisent un clavier d’ordinateur, la corneille apprend à parler etc., que fait-on de cette espèce pensante, unique en son genre? Elle a le génie de faire évoluer rapidement la technologie dans toutes les sphères d’activités des humains, et plusieurs de ses exploits sont nommés « miracles de la science ». C’est tout à son honneur. Mais n’y aurait-il pas la possibilité d’autres « miracles »?

La pleine conscience, la réalisation intégrale de qui je suis au tréfonds de mon être,  l’éveil au Réel, ne sont-ils pas tout aussi importants que la conquête de l’espace et la maîtrise des technologies de l’infiniment petit (nanotechnologies)? Car si de plus amples efforts étaient orientés dans cette direction, les réalisations humaines dans tous les champs du savoir et de leurs diverses applications n’en seraient-elles pas enrichies au maximum? Et, me semble-t-il, l’environnement global en serait, certes, plus sain, plus harmonieux, plus pacifique. Comme de  l’ « uranium enrichi » à des fins nobles, légitimes et pour desservir la cause infiniment précieuse de toute l’humanité.

À partir de cet énoncé plausible et possible - et pas du tout utopique - j’arrive à mieux saisir et comprendre la pensée de mystiques qui affirment, du moins dans la tradition chrétienne, que Dieu a voulu s’incarner (prendre chair au sein de l’humanité) pour que l’humain se divinise. C’est un appel tout à fait vraisemblable!

On pourrait me rétorquer facilement qu’une telle idée est irréaliste, et en fait, irréalisable. L’attraction de la zone de confort est si séduisante, puissante, totale…En revanche, je me réfère fréquemment à une étude d’un jeune chercheur qui a voulu comprendre le phénomène de la vague dans les stades. Avec l’hypothèse de 100,000 personnes dans un immense stade, il a conclu qu’il fallait trente-cinq personnes seulement pour initier et activer la vague. Je trouve intéressant de constater depuis le début du IIIe millénaire la réalisation de certains visionnaires : André Malraux avait affirmé que le XXIe siècle serait mystique ou il ne serait pas. Dans des termes similaires, l’éminent théologien Karl Rahner a tenu des propos semblables. Un grand nombre de traditions religieuses reviennent à l’essentiel et reformule la voie mystique par excellence, celle-là même qui est faite d’attention, de  concentration, d’écoute, de silence. Les méditantes et les méditants de constituent pas une majorité dans les sociétés et les populations de l’ère postmoderne. Ils correspondent peut-être à ce noyau minimal qui peut faire lever une vague porteuse du bien, du beau et du vrai?

Toutes les personnes de bonne volonté - et particulièrement les jeunes des générations montantes - pourraient-elles  s’inscrire dans ce noyau minimal qui peut devenir levain dans la pâte? Ne serait-ce pas la voie royale pour rendre la possibilité que l’humanité révèle le meilleur d’elle-même dans l’espace cosmique de l’infini et dans le temps présent de chacun des instant qui composent les existences?

Que cette année soit surprenante, enthousiaste, emballante, féconde en rebondissements imprévus mais constructeurs. Une nouvelle décennie commence…

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com



II- Quelques fruits, non exclusifs, de la méditation.

1-    Calme : La personne active, et parfois même nerveuse, ressent progressivement la détente intérieure. Pourquoi s’agiter au niveau de l’accessoire alors qu’il serait primordial d’écouter son corps, son coeur et son esprit dans un état de maîtrise de soi?

2-    Discipline : Un mot qui fut ballonné  jusqu’à récemment de façon malveillante. La discipline n’entrave en rien la liberté d’être. Au contraire, elle lui sert un supplément inestimable et contribue au calme et à l’équilibre. Indispensable pour méditer deux fois le jour, matin et soir.

3-    Équilibre : C’est la vertu du milieu qui libère des excès dans un sens ou dans l’autre. Siddhârta Gautama S. Bouddha, dont la vie a oscillé entre la richesse princière et l’extrême dépouillement, y compris dans le jeûne, a découvert la joie profonde de l’équilibre. Depuis cette expérience on surnomme souvent le bouddhisme « la Voie du milieu ». Un état de bien-être entre la léthargie et l’agitation.

4-    Apaisement : pour arriver à la concentration, il faut un corps et un esprit apaisés. John Main osb. parle de l’immobilité, intérieure et extérieure, toutes deux prérequises au développement de l’attention. Cette dernière est indispensable pour faire l’unité de soi, en soi.

5-    Vigilance : C’est une aptitude à la pleine conscience d’être. La vigie est un contrôleur qui observe avec tout son être dans des situations ou des états extrêmes : brouillard, visibilité nulle ou fortement amoindrie. Au-delà du mental et de ses nombreuses distractions, revenir au point de concentration.

6-    Souplesse : La rigidité n’a aucune parenté avec l’une ou l’autre forme de méditation. S’il y a toujours une technique de base à assimiler et à intégrer dans l’apprentissage de la méditation, ce dernier se réalise davantage dans la souplesse et la vigilance. Autrement, à trop insister sur la technique, on en vient à oublier l’essentiel : méditer. La méditation doit épouser l’horaire de tous et chacun, et non l’inverse. La méditation assise et la méditation en marchant supposent une adptatabilité circonstancielle

7-    Bienveillance : La méditation cultive le goût du bien et du bon en pacifiant les relations humaines. Elle suggère fortement l’éradication de la violence sous toutes ses formes. C’est, en quelque sorte, transcender l’animal que nous sommes pour faire advenir l’humain en nous, pour nous et pour tous les autres.

8-    Harmonie : Au contraire de la discordance, de la dispersion et de l’incohérence, la méditation amène une relation harmonieuse de toutes les composantes de la vie d’une personne. Au surplus, se dégage une relation harmonique des diverses relations amicales, amoureuses ou professionnelles.

9-    Lucidité : Un esprit lucide devient plus pénétrant et plus perspicace. Les idées sont plus claires parce que la conscience est plus vive. On devient clairvoyant sur soi-même, sur son propre comportement par une meilleure conscience de qui on est et de ce qu’on veut devenir.

10-  Joie : Bien au-delà d’une simple émotion, la joie devient un sentiment exaltant ressenti par toute la conscience revivifiée. C’est un aboutissement suave de la pratique méditative. Si « faire de sa vie un chef d’oeuvre »(1) est le leitmotiv de tous les sages, le chemin de la méditation n’y est pas du tout étranger, et il est beaucoup plus fréquenté en ce XXIe siècle (2).

Cette liste n’est pas du tout exhaustive, car l’expérience des uns et des autres pourraient, sans conteste, l’enrichir qualitativement. Ces fruits de la méditation apparaissent en leur temps, ce temps qui survient suite à une longue maturation et une pratique persévérante.

(1)   Bédard, Jean et Jean-François Malherbe,  Telle une « oeuvre d’art », la vie, avec des textes de Christiane Besson, Josée Fabien, Pierre Lussier, Jacques J. Perron et Yvon R. Théroux, Sherbrooke, Éditions GGC ltée, 2003. 157 p.

(2)  Peck, Scott, Dr., Plus loin sur le chemin le moins fréquenté, Paris, Laffont, 1995. p. 238

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

 

 
   

Quelques fruits, non exclusifs, de la méditation

Qu’elle soit de source séculière, spirituelle ou religieuse, la pratique méditative apporte des fruits dits incontestables. Cela fait déjà quelques décennies que des études scientifiques, réalisées au niveau universitaire, tentent de mesurer avec précision des impacts neurophysiologiques et psychologiques sur les personnes qui pratiquent assidûment la méditation. En cette matière, les nouvelles technologies mesurant l’activité cérébrale sont bienvenues. Référons en tout premier lieu à  www.chaouqi.net/index.php?2005/07/18/19-meditation-et-neurosciences

Méditation et neurosciences

Le Massachusetts Institute of Technology a tenu un symposium en présence du Dalaï Lama et de neuroscientifiques réputés pour discuter des bienfaits de la méditation sur la santé.

Avec 2 500 ans de pratique méditative, les Bouddhistes connaissent bien, quoique de façon empirique, les effets positifs sur la santé. Depuis une dizaine d’années, c'est au tour des neurologues de s'intéresser de plus en plus à la biologie de la méditation. Richard Davidson, du département de psychologie de l’Université du Wisconsin, est l’un des principaux organisateurs du symposium qui s'est tenu samedi dernier au MIT. Dans son laboratoire de neurosciences, il dirige des expériences sur des moines tibétains et des adeptes de la méditation.

Lors des expériences, Richard Davidson demande aux participants de s'installer en état de méditation. Les cobayes sont ensuite soumis à des stimuli perturbants – images agressives, bruits. Par imagerie médicale, les scientifiques mesurent les impacts de cette situation sur leur cerveau. Les adeptes de la méditation surmontent plus facilement les événements perturbateurs que les autres. La méditation laisserait des résidus biologiques au niveau du cortex préfrontal, dans la partie gauche associée aux émotions positives, expliquent les scientifiques au New York Times, dans son édition du 14 septembre.

Les chercheurs ont décelé une intense activité chez les personnes capables de réguler leurs émotions par la méditation. Des études montrent que cette pratique favorise une meilleure activation du système immunitaire, certains patients atteints de psoriasis guérissent quatre fois plus vite s’ils méditent. Le Dr Davidson a récemment établi le lien qui existe entre l’activité dans la partie gauche du cortex préfrontal et l’augmentation du niveau d’anticorps (Proceedings of the National Academy of Sciences).

La recherche dans ce domaine est récente. Mais elle commence à s’imposer grâce aux nouvelles technologies qui permettent de mesurer les réactions du cerveau avec plus de précision. Si l’on se fie aux résultats aujourd’hui, méditer serait un moyen efficace, et pas cher, de réduire le niveau de stress, de combattre des maladies ou d’être tout simplement plus heureux.

Je donne encore deux sites web à consulter pour des articles spécifiques : www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=951            www.passeportsante.net/fr/Therapîes/Guide/Fiche.aspx?doc=meditation_th   (1)

Je crois important d’examiner en premier lieu les résultats sur le corps physique des personnes qui méditent. D’autant plus qu’un grand nombre d’entre elles s’adonne à la méditation d’abord et avant tout – et souvent exclusivement - pour l’amélioration de leur santé globale : une meilleure forme physique, une mémoire vive mieux entraînée, un système immunitaire plus résistant et combatif etc.  Des résultats mesurables qui séduisent plusieurs personnes qui pratiquent ou voudraient éventuellement pratiquer une forme ou l’autre de méditation. Mais des résultats mesurables, quantifiables, sont-ils les seuls à pouvoir contribuer à la croissance globale de l’être humain ? Nous en reparlons en décembre.

(1)      
Toutes les études ne vont pas nécessairement en ce sens. Il faut garder son esprit critique et apprendre à nuancer. Le site suivant, de rigueur scientifique, mérite d’être lu mais n’est pas non plus le dernier mot concernant toutes ces recherches nouvelles et récentes :                           www.jle.com/fr/revues/medecine/med/e-docs/00/04/35/CA/article.md?type=text.html

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

 


Octobre : un mois d’Action de grâces pour...

De façon officielle, il y aura bien sûr la fête de l’Action de grâces ce 12 octobre 2009. Il est utile de se rappeler que c’est le mois de plusieurs récoltes au plan agraire. Traditionnellement, dans les campagnes, des familles font aussi boucherie d’animaux engraissés depuis tôt au printemps pour assurer la nourriture durant les longs mois d’hiver.

Il y a donc, au plan séculier tout comme au plan religieux, des rites de reconnaissance envers la Terre-Mère pour les récoltes,  envers la Nature, si généreuse et féconde, envers l’Auteur de toute vie qui a mis à la disposition des humains toutes ces richesses potentielles liées aux besoins alimentaires. Fruits du travail de femmes et d’hommes, éleveurs, agriculteurs ou maraîchers. Ici prend tout son sens cette prière écrite par une personne anonyme (1):

Toute vie n’est qu’une.                                                        
Et tout ce qui vit est sacré.                                                           
Les plantes, les animaux et les humains,                                     
tous doivent se nourrir pour vivre                                                  
et pour servir de nourriture aux autres.                                        
Nous bénissons les vies sacrifiées                                               
pour nous donner ce repas.                                                 
Mangeons ensemble consciemment,                                        
résolus, par notre travail, à payer                                                   
la dette de notre existence.

C’est aussi le mois où la Nature, artiste par excellence, révèle la palette de ses coloris. Les citadins, en nombre non négligeable, réalisent un bref pèlerinage au coeur même des paysages bucoliques pour s’enivrer la vue de ces images inouïes. Des pellicules de photographies voudront immortaliser ces temps d’extase et d’éternel étonnement auxquels on voudra revenir occasionnellement pour réenchanter le quotidien de la vie durant des périodes plus mornes ou moroses. C’est donc dire qu’il y a bien manifestement au-dedans de tous les humains, un petit coin lumineux d’une attitude contemplative.

Dès lors, on saisit avec une meilleure acuité l’étoffe même de certaines spiritualités et traditions religieuses essentiellement fondées sur la contemplation, la méditation(2). Cela vaut aussi pour des spiritualités séculières ou dites laïques où le regard observateur et silencieux a toute sa place, où l’attention recueillie est à l’écoute de ce qui se passe non seulement à l’extérieur mais aussi au-dedans de l’humain.

La capacité de s’émerveiller, trop souvent limitée aux seuls enfants, n’est-elle pas un ingrédient majeur dans la constitution spirituelle de l’humain? S’émerveiller, oui, s’étonner, contempler : une musique de l’âme humaine qui se nourrit au beau, au bon et au vrai (3). On peut aussi s’étonner de qui l’on devient dans la lente évolution de notre personnalité quand on contacte l’essentiel.

Ce mois d’abondance ne rappelle-t-il pas à toutes les personnes méditantes, quelle que soit leur appartenance laïque, spirituelle ou religieuse, la reconnaissance obligée de tous les fruits dérivés de la pratique méditative? Encore une fois, et je le redis, ces fruits ne sont pas la résultante de demandes incitatives et répétitives. La méditation fait le même travail que le sculpteur en libérant tout ce qui n’est pas nécessaire pour que la forme conçue jaillisse progressivement, pour que l’être que je suis réellement arrive à se manifester en toute simplicité, en toute vérité, sans plus.

Généralement, ce sont les personnes de mon entourage immédiat qui constatent des changements opérés dans ma personnalité. Changements non superficiels, ni temporaires. Ils ne saisissent pas toujours la source de cette métamorphose. Rien ne nous interdit d’affecter à la méditation persévérante ces changements de divers ordres. Je vais en parler dans la prochaine chronique du mois de novembre.

D’ici là, soyons toutes et tous reconnaissants de la vie reçue (un privilège en quelque sorte), des talents qui sont miens, des habiletés apprises, des connaissances et expériences acquises. Je suis beaucoup plus que ce je crois être. Je suis beaucoup plus que ce que toutes les personnes de mon entourage pensent que je suis, souvent à partir de conceptions superficielles et fragmentaires.

Action de grâces

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com

(1) Rajotte, Patrick et Yvon R. Théroux, La spiritualité amérindienne, collection « Labyrinthes »,
Montréal, Éditions La Pensée inc.,  2004. p. 41

(2) Le bouddhisme et la voie du yoga en hindouisme en sont des exemples explicites.

(3) Voir la chronique du mois d’août dernier: « La méditation : exercice de persévérance. »



La méditation : un acte de générosité libre

La générosité est une vertu ambivalente, et parfois même contradictoire. Envers les autres, elle peut être philanthropique, c’est-à-dire qu’elle donne mais se soucie de bien identifier la personne bienfaitrice. C’est une façon simple et efficace de flatter l’ego en se délestant d’un trop, d’un superflu. Pas nécessaire d’être millionnaire pour s’identifier à un geste qu’on veut magnanime mais qui perd de son intérêt dès lors qu’il se centre sur la personne qui donne. En deuxième lieu, le geste généreux peut être tout aussi efficace mais discret. On ne sonne pas tambour et trompette mais la personne attend tout de même une certaine reconnaissance. Et sans celle-ci, son attente profonde n’est pas tout à fait comblée et satisfaite.. Il y a finalement le don généreux et anonyme. Soulager la misère, consoler ceux et celles qui sont victimes de cataclysmes naturels, aider les moins nantis dans le secret total et le respect de ces personnes devenues fragiles et vulnérables. Souvent malgré elles et tous les efforts accomplis pour se sortir d’une pénible situation que toutes et tous souhaitent temporaire. Mais qu’en est-il de la générosité envers soi-même?

Parce qu’il doit aussi y avoir une générosité envers soi-même. Seulement donner peut à la longue assécher le dynamisme du don, la vivacité du geste gratuit. Il faut apprendre aussi à se donner généreusement des espaces dans le temps pour réfléchir, prier, concevoir des projets qui auront la portée qualitative de ce temps créateur, créatif. Car donner peut être relativement facile. Se donner, comme présence profondément humaine auprès d’autres personnes, implique une qualité d’être qui a été polie dans le geste répétitif et purificateur de la méditation silencieuse. C’est très exigeant. Donner des biens matériels, c’est bien. Donner de son temps, se donner comme présence, n’est-ce pas mieux? À la seule condition de s’effacer, d’éviter la tentation du culte de la personne. Se donner n’est pas rendre les autres dépendants de sa personne. Tout au contraire, c’est leur redonner une liberté de penser, d’agir, de grandir dans la dignité. Et la méditation devrait nous y amener progressivement.

Méditer peut effectivement contribuer à la qualité de la personne. La simplicité est certes la première vertu que conquiert le sujet méditant. Car, en méditation nous sommes toujours, toutes et tous,  des débutants. Il n’y a pas une hiérarchie de type vertical. Pensons au cercle où tous les points sont égaux car équidistants du centre. C’est là le schéma authentique de toute vraie communauté de méditation. La générosité donnée au temps de méditation décuple les fruits qui en dérivent.

Car plus on est engagé au cœur de ce monde, plus il faut s’accorder du temps de réflexion, de silence. Il y a comme une loi de la proportionnalité complémentaire. Ce mois de septembre est effervescent. Il sonne le départ d’à peu près tous les projets qui sillonneront l’année active en cours. Alors, soyons généreux envers nous-mêmes.

Prenons, matin et soir, un espace de vingt minutes dans le silence méditatif où il faut dûment s’affranchir des occupations et des préoccupations qui ont meublé intensivement notre journée. Hier n’est plus, demain est mystère et surprise. Mais l’instant présent vaut son pesant d’or. Et la méditation nous ramène au présent senti et ressenti de façon continue.

 Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com



La méditation : exercice de persévérance

Le mois d’août est un seuil. Il annonce que des activités diverses vont bientôt reprendre leur cours normal. Mais quelles activités? Il y a celles qui ont été seulement suspendues durant la période estivale. Il y en a  aussi des nouvelles qui vont venir garnir notre agenda généralement déjà bien fourbi. La vie extérieure sera envahissante et va accaparer la majeure partie de toutes nos énergies et de tout notre temps. Il se peut même que nous ressentions un peu de nostalgie de ces périodes où nous étions contemplatifs, gratuitement, devant les sculptures de la nature ici ou là. Ce temps libre qui nous permettait d’entrer un peu en soi et qui nous a tant fait de bien. On a la vive impression, si ce n’est la certitude, qu’on a touché l’essentiel. On se surprend d’avoir pu apprécier le beau.

Le beau, non seulement dans les paysages, sous la pluie comme sous le soleil, mais dans les personnes rencontrées. C’est étonnant de constater comment la communication s’établit facilement entre des vacanciers. Le sourire est plus facilement au rendez-vous. C’est bien le résultat de cet état marqué par l’absence de stresse, de vitesse, de contraintes de toutes sortes. Seul, en couple ou en famille, tout est plus naturellement harmonieux, paisible et pacifié. Est-il possible de retrouver cet état d’être dans le trafic intense de nos vies individuelles et collectives puisque bientôt va sonner la fin de la récréation? Bien sûr, et à la seule condition d’apprécier le bon et le vrai.

Le bon, car si des instants irremplaçables m’ont promu au meilleur de moi-même, comment ne plus les désirer à nouveau? Pourquoi ne plus les revivre sous d’autres formes adaptées à ce rythme de la vie courante, inéluctable et incontournable? Pourquoi ne pas me faire le cadeau, deux fois le jour, d’un vingt minutes de répit, matin et soir, en pratiquant la prière contemplative ou méditation? Cela exige de me discipliner, mais pour un mieux-être tout entier, corps, cœur, tête, âme, cela n’en vaut-il pas la peine? La désespérance ne fait pas partie de la pratique méditative, qu’elle soit juive, chrétienne, soufie, hindoue, bouddhiste, séculière! Bien au contraire, elle entraîne à la persévérance qui peut finir par colorer tous les aspects de ma vie. Cette persévérance m’amène graduellement à la vérité de ce que je suis réellement.

Le vrai qui me sort de ma zone de confort, habituelle et ritualiste. Le vrai qui me façonne tranquillement, mais avec quelle assurance. Il me sculpte tel que je dois être, conformément à ma vraie nature: au-delà donc des images, des façades, des maquillages, physiques et psychologiques. Ce vrai qui constitue un résultat  indéniable et manifeste des changements - presqu’imperceptibles - qui s’opèrent graduellement à l’intérieur de moi…à force de persévérer à temps et à contretemps.

Tous les prétextes se présenteront chaque jour et chaque fois pour m’empêcher de devenir moi-même dans ce qu’il y a de meilleur, de beau, de bon et de vrai au tréfonds de mon être. Je dois donc résolument consentir en toute liberté à cet exercice de persévérance, facile, oui, mais combien exigeant. Et si tu peux t’unir à une communauté de méditation hebdomadairement, cela va très certainement te stimuler, t’encourager. La méditation fait la communauté, dans le silence, la convivialité, dans une solidarité cordiale.



Le mois de mai,  mois de la surabondance, 
de la lumière et des couleurs.

Pour qui sait patienter, à temps et à contretemps, persévérer au-delà des doutes et des déceptions, le mois de mai est un mois qui témoigne de la surabondance de la nature, de la vie…si bien « ressuscitée ». Les méditantes et méditants  de toutes les traditions religieuses éprouvent des temps de sécheresse, connaissent des déserts d’aridité spirituelle. Mais l’amour et la persévérance les rendent vainqueurs. Toutes et tous finissent par vivre la  joie intense que procurent la paix et l’harmonie intérieures, le désir de la simplicité et de l’équilibre dans leur existence. Si le superficiel tente, séduit, tourmente, l’essentiel satisfait au plus haut degré toute personne en recherche de sens, de vérité et d’authenticité.

« Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » Jean, 10,10.

Dans les temps de profonde mutation, de crise politique et économique, il est habituel d’observer la volonté consensuelle des riches et des puissants d’apporter les changements nécessaires pour redresser les situations en corrigeant ce qui est à l’origine des malaises et des échecs. Les abus de savoir, de pouvoir ne font qu’un temps.  Paradoxalement, on n’emploie jamais des expressions telles « abus de sagesse ou de vérité »! Connaître la joie, cultiver le bonheur, toujours à partager, provoquent des moments d’exultation, d’élévation de tout l’être. C’est probablement le sens le plus signifiant de l’Ascension : moment de prédilection vécu par Jésus ressuscité, vainqueur de la mort, exalté auprès de son Père pour envoyer au monde son Esprit. Si un millénaire et un quart auparavant, donc au temps de Moïse (1250 av. J. C.), Dieu a fait connaître à l’humanité les règles élémentaires (Exode 20, 1-17)  pour connaître le bonheur – tout en laissant à l’humain sa complète liberté d’agir – voire même de pouvoir refuser le bonheur – le judaïsme fête toujours ce don de la Torah (la Loi) ainsi que la récolte des premiers fruits. Il s’agit de Chavou’oth (ou en un sens Pentecôte, don de la Loi) fêtée les 29-30 mai. Pentecôte, en christianisme, ou don de l’Esprit au monde rappelle le don de l’accompagnement du Créateur auprès de sa création et de ses créatures. Invitation à devenir des êtres radieux, des témoins de la Lumière.

Le 2 mai 2009, anniversaire de  Gautama Bouddha célébré dans l'Asie de l'Est le 8e jour du 4e mois du calendrier lunaire chinois. C'est un jour de fête officiel à Hong Kong, à Macao et en Corée du Sud. Fête de la lumière, de celui qui a connu l’Éveil lors d’une méditation intense sous un figuier et qui inspire encore de nos jours des millions de personnes sur tous les continents. Le 29 mai, dans la Foi baha’ie, on commémore  la mort

en 1892 et l’Ascension de Baha'u'llah. C’est encore une occasion de souligner la rencontre de ce personnage clé de l’Iran religieux avec la Lumière.  Trame humaine à l’enseigne d’expériences religieuses diverses fondées sur la méditation, la prière et le dialogue avec le « Tout Autre ». Puisse ce mois de mai, à travers ses lumières et les reflets multicolores de la floraison, de l’émergence de la vie en abondance, et sous diverses formes, nous préparer à la saison estivale de repos, de « recueillement »(1), de régénération. Sachons garder notre sens de l’émerveillement devant la profusion des signes d’abondance, donnés en toute gratuité, en tout amour, sans retour attendu. Bon été, et de belles découvertes en toi et autour de toi.

(1) "recueillement": faire l'unité en soi, se "ramasser", s'"unifier", bref trouver sa véritable identité au coeur de son existence, de sa vie profonde et intérieure.

Yvon R. Théroux

yvonrtheroux@hotmail.com



La vie est belle pour les ressuscité-e-s…
clament des méditantes et des méditants.

 
Si je paraphrase le 13e apôtre, Paul de Tarse1, qui n’a pas connu Jésus de son vivant, il provoque en laissant savoir que si la résurrection ne fut pas l’ÉVÉNEMENT dans la vie de Jésus…alors toute foi est vaine.


« Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures.
Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures.
Il est apparu à Céphas (Pierre), puis aux Douze.
Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois;
la plupart sont encore vivants et quelques-uns sont morts.
Ensuite il est apparu à Jacques puis à tous les apôtres.
En tout dernier lieu, il m’est apparu, à moi L’AVORTON.
Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne
d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu.
Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu
et sa grâce à mon égard n’a pas été vaine. »
Première Lettre de Paul aux Corinthiens,15, 3 à 10

Les chrétiennes et chrétiens errent partiellement quand ils croient que la résurrection sera qu’un événement à venir qui sera déclenché par la consommation des temps dès lors achevés. Bien sûr que la foi chrétienne s’exprime d’abord et avant tout par l’espérance de se voir traduire la promesse de Jésus, à savoir que, tout comme lui, nous ressusciterons dans la chair et l’esprit transfigurés (L’expérience du mont Tabor : Mt 17, 1-8). Mais si le Royaume annoncé par Jésus est DÉJÀ LÀ, nous dit l’évangéliste Marc  (1,14), nous devons donc aussi vivre en ressuscité-e-s dans l’ici et maintenant de nos vies. Cela implique de renaître comme nous le disions le mois dernier2. C’est la conversion radicale, authentique, transformatrice. Le vieil homme meurt, l’homme nouveau apparaît.

Les méditantes et les méditants, juifs, chrétiens ou musulmans travaillent chaque jour à contacter en eux la même Source qui les anime. Entrant dans le silence intérieur qui transforme tout être humain, ils deviennent plus qu’humains ou humains très différemment. Rappelons-nous que si Dieu a pris chair en Jésus – Dieu s’humanise – la rencontre permet à l’humain de se diviniser. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’humain devient angélique ou se désincarne. C’est lorsqu’il est pleinement conscient de ce qu’il est qu’il s’accomplit et se transfigure.

« Celui qui se voit tel qu’il est, est plus grand que celui qui ressuscite des morts. » 
            Saint Isaac le Syrien, dans Sentences.3

 N’avons-nous pas, toi et moi, déjà rencontré des personnes enthousiastes, inspirantes et entraînantes, pleines de vie à en revendre : des bons vivants, quoi?  Même alitées par la maladie, elles conservent un « bon moral » et arrivent même à consoler leurs visiteurs, à les dérider, eux qui prenaient un air quasi tragique pour sympathiser avec le malade?

Une bonne connaissance à moi se fit annoncer récemment qu’il lui restait peu de temps à vivre. Âgé de 72 ans, elle exprima sa joie d’avoir vécu si longtemps et généralement en excellente santé. Son sens de l’humour s’est éteint seulement avec son dernier souffle.
Vivre en ressuscitée-e-s c’est vivre en amants de la nature, de la vie reçue.                                                                                                                      

C’est se positionner comme co-créateurs, vouloir continuer et parfaire la création de cet Univers, l’écrin de mon lieu de naissance. M’épanouir au maximum et m’impliquer dans des causes qui relèvent de la justice, de l’équité et de l’amour de soi et des autres.
Et quotidiennement contacter, dans la méditation, le « Tout Autre » qui habite au plus intime de moi-même4. Faire reculer ce qui sépare, divise, pour faire advenir ce qui unit et unifie. La Pâque juive (Pessa’h, 9 et 10 avril 2009) rappelle le passage de l’état d’esclaves (pendant quatre siècles en Égypte) à l’état d’êtres humains libres. La Pâques chrétienne (Dimanche, 12 avril 2009) signale à sa manière le passage d’un état de dépendance aux illusions de ce monde à un état d’affranchissement, de libération pour vivre en plénitude  une communion avec le Beau, le Vrai, le Bien.

                                                                                             

1 DECAUX, Alain (de l’Académie française), L’avorton de Dieu. Une vie de saint Paul. Paris, Perrin-DDB, 331 p. (Ouvrage très recommandé en cette année consacrée à saint Paul – YRT).
2 Méditer, c’est passer du printemps de la vie à la vie du printemps! Chronique de mars 2009.
3 La vie spirituelle doit aussi franchir des étapes de croissance. Chronique de février 2009.
Citation à la toute fin du texte et référence à la note no4.

4 Consulte le site suivant pour apprendre à méditer : meditationchretienne.ca

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com



Méditer, c’est passer du printemps de la vie
à la vie du printemps!

 Des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes aînées méditent ici et sur tous les continents. Certains objecteront qu’on ne voit pas souvent ces personnes. Ces méditantes et méditants  ne sont pas préoccupés par un intérêt à exhiber ou à démontrer publiquement cet espace  d’intériorité initié par la prière contemplative. Ces personnes ont quitté l’esprit du monde et son vernis superficiel. Elles ont opté pour l’essentiel qui se traduit par l’apprivoisement du silence, le recueillement (unité du dedans), l’attention et l’écoute. C’est l’éclosion du printemps d’une vie, d’une vie nouvelle consentie librement.

Un recommencement notable et important. C’est se situer à la Source même qui peut tarir toute soif. Une eau pure et vive qui n’étanche pas qu’une soif passagère mais nourrit tout l’être et le revitalise entièrement (La Samaritaine des Évangiles : Jn 4, 5-42). La lumière se fait plus proche et chaleureuse et devient indispensable pour la croissance de tout le vivant. Chaleur du cœur qui revigore et redonne des ailes aux humains: courage, détermination, volonté de grandir sont au rendez-vous (Guérison de l’aveugle-né en l’Évangile de Jean : Jn 9, 1-41). Les parfums printaniers taquinent les narines. Tout se renouvelle. Le grand ménage du printemps effacera les dernières traces de l’hiver. Les torrents s’écoulent dans un grondement de ténor, les ruisseaux et les rivières courent comme de folles gazelles. C’est partout les manifestations de la vie qui pousse. Les méditantes et méditants ne sont pas des personnes exceptionnelles, des athlètes de la prière. Elles ont tout simplement résolu de faire de manière extraordinaire les choses les plus ordinaires. Centrées sur l’essentiel, sur le moment présent qu’elles vivent intensément. Comme ces enfants auxquels Jésus de Nazareth réfèrent si souvent pour expliquer qui peut participer au Royaume (Mc 10, 13-16; Lc 18, 15-17).

Ces personnes qui leur ressemblent sont celles qui ont gardé leur sens de l’émerveillement, leur capacité de reconnaissance devant la vie donnée. Humant le moment présent en le dégustant sans devoir se préoccuper d’hier qui n’est plus et de demain qui n’est pas encore. Leur vie est un continuel printemps : un hymne à l’amour de la vie. Profondément ancrées dans l’instant présent, elles ne déchantent pas au premier obstacle, au premier échec, à la première épreuve. Elles rebondissent et trouvent les solutions appropriées. Habituées à garder le silence, la réflexion devient plus aisée et plus aidante. Elles ont tout simplement quelques atouts de plus que d’autres personnes, fruits de la méditation biquotidienne. Le printemps est synonyme de bouillonnement, d’éclosion, de croissance, de poussée vers l’avant. Des personnes méditantes sont apparemment et paradoxalement engagées dans la vie courante de toutes leurs forces : pensons à Mahatma Gandhi, à Teresa de Calcutta, Jean Vanier. Que faut-il alors comprendre?

C’est que plus nous avons une vie engagée, plus nous assumons d’importantes responsabilités, plus des moments d’arrêt s’imposent au quotidien. La qualité des projets, de leur résultat, se mesure souvent à l’aulne des temps de silence qui les renforcent, les précisent, les élèvent. Un peu comme ces silences incontournables en musique pour tout compositeur. Si la vie du printemps est exaltante, la vie des méditantes et des méditants est inspirante. On apprécie toujours des gens tranquilles, calmes et sereins. Dans les moments pénibles d’une vie, on fait appel à leurs services On les sait capables, on les sent prêts à intervenir judicieusement et adéquatement. Ils ne sont pas supérieurs. Bien au contraire. Mais du printemps de leur vie qu’ils ont décidé, ils vivent maintenant un printemps perpétuel qui est une symphonie gracieuse, harmonique, stimulante, créatrice, lumineuse. Ils gèrent les difficultés sans se décourager.

Décide par toi-même et pour toi-même de renaître, c’est-à-dire de connaître un nouveau printemps dans ta vie. Tu seras époustouflé(e) du résultat. Un grand spirituel contemporain, Maurice Zundel, affirme dans ses écrits que ce n’est pas la première naissance qui est la plus difficile, celle que nos parents nous ont donnée, préfabriquée. C’est la seconde, la plus déterminante, car je dois personnellement  m’arracher à la première pour devenir moi-même en plénitude. Renaître à moi-même, me découvrir dans la vérité de qui je suis pour me lever et aller vers… (L’enfant prodigue du texte de l’évangéliste Luc re-naît : Lc 15,11-32). On comprend ici le malheur de celles et ceux qui s’apitoient sur leur passé, rendant responsables tantôt leurs parents, tantôt certains membres de la famille ou de leur entourage immédiat. Ce sont des victimes perdantes. Nous sommes nés pour devenir des vainqueurs, des re-né(e)s gagnant(e)s. Relis le passage du dialogue entre Jésus et Nicodème (Jn 3, 1-21).

Fais-toi ce cadeau inestimable. Il n’y a pas d’âge pour RE-NAÎTRE.

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com



La vie spirituelle doit aussi franchir des étapes de croissance

 Étymologiquement le spirituel indique dans un premier temps, et  littéralement, ce qui relève de l’esprit humain. Or l’esprit humain exprime diverses dimensions de sa recherche tantôt intelligente tantôt cordiale. Il soulève de nombreuses questions pour étancher sa soif de connaître, sa quête de sens. Les moyens pour la dire prennent des chemins correspondant aux talents de chaque personne : musique, arts de la scène, peinture, sculpture, littérature, cinéma, calligraphie et tant d’autres. Des personnes se situent dans un cadre qui fait de l’humanité la référence première. Elles y consacrent temps et énergie pour des causes qui relèvent de la justice, de l‘équité, et s’engagent au plan politique, économique ou social. D’autres, bien incarnées dans ce premier cadre, se réfèrent aussi à une ou l’autre des formes de transcendance qui marquent de tout temps les cultures et les civilisations : des sagesses comme le confucianisme, la philosophie du bouddhisme sont au rang des spiritualités séculières. Les multiples monothéismes vécus par des juifs, des chrétiens ou des musulmans ou encore des sikhs  réfèrent au divin. Que la spiritualité, avec ou sans Dieu, soit manifeste de nos jours, cela va de soi. Mais chacune, comme toute dynamique du vivant, connaît des phases évolutives.

Paul Evdokimov1, se référant à la psychologie des religions, cerne clairement trois étapes franchies successivement par toute personne qui fait l’expérience spirituelle. La première, pré requise aux deux autres, est « l’unité préliminaire de l’être humain, fragile et instable2. » J’ai déjà fait allusion qu’au cœur de la méditation, se recueillir voulait d’ores et déjà signifier faire l’unité intérieure, se ramasser, s’unifier du dedans. Une fois cette première étape réalisée, il devient plus évident que la préparation au combat est ajustée.

Car la deuxième étape se présente sous « le conflit aigu entre le spirituel  et l’empirique3 »  c’est-à-dire cette nécessité déconcertante de l’esprit scientifique d’exiger des preuves indubitables pour tout, et ce par quoi seulement tout vaut…autrement on se confine dans la supercherie. Heureusement les sciences mesurent depuis récemment le non absolu de leur dogme. Et comme toute croissance, il y a celle, déterminante et incontournable, de l’intégration.

L’intégration finale : c’est là que je fais mienne une certaine vision de l’Univers, de l’Humanité. J’y choisis des valeurs à partager, des combats à mener, des débats à tenir dans le respect et l’authenticité de tous. Je suis vrai avec moi-même et avec les autres. J’ai l’envie très grande de crier : « I feel great ». Mais qu’est-ce qui a déclenché tout ce processus?

Un événement marquant dans ma vie qui se nomme « conversion ». Laquelle est le produit d’une rencontre, d’une lecture, d’un échange…dont le contenu, quel qu’il soit, m’a orienté vers une vie nouvelle. Bien sûr qu’elle a exigé des retournements décisifs, mais elle a aussi transformé tout mon être en le dynamisant dans la joie et la lumière. Et je m’accepterai désormais tel que je suis – ce qui, au passage, est tout un défi-. Car dans la vie spirituelle, l’acte le plus exigeant ne saurait être autre que l’acceptation de soi-même.

« Celui qui se voit tel qu’il est, est plus grand que celui
            qui ressuscite des morts. »  Saint Isaac le Syrien, dans Sentences.4

1
Paul EVDOKIMOV, Les âges de la vie spirituelle. Des Pères du désert à nos jours, Paris, DDB, 1964.

2,3 Idem, p.66. À lire, les pages 59 à 69.

4   Idem, p.68.

 Yvon R. THÉROUX

yvonrtheroux@hotmail.com



Rompre avec ce que je fus et ce qui a été est le propre de la vie spirituelle

 Le nouvel An est une fête universelle, un des plus vieux rituels de toutes les sociétés. Il marque la fin d’un temps et introduit simultanément à une nouvelle période de la vie. Nouvelles résolutions, regard neuf, souhaits de toute sorte : c’est dans la joie que se fête le nouvel An. La vie spirituelle partage quelques similarités avec ce  temps de renouveau. Incarnée profondément dans la vie humaine, elle ne saurait s’en dissocier. Elle veut faire aspirer les êtres humains au meilleur de ce qui les habite. Mais ce n’est jamais sans obstacles ni difficultés.

Les Mères et les Pères du désert reconnaissent en effet trois volontés qui se confrontent dans la dynamique de la vie spirituelle : la 1ère est celle de Dieu qui appelle l’humain, l’invite à le rencontrer librement pour lui faire connaître le bonheur d’être. La 2e volonté est celle de l’humain, un être fragile et instable, parfois si indifférent à ce qui le dépasse qu’il devient prisonnier de lui-même, prisonnier de l’illusion de s’autosuffire en tout et partout. La 3e est une expression du Malin (si symbole, symbolique en grec signifie unir, unifier, rassembler, son contraire, le diabolique, exprime radicalement la séparation, la désunion, la division). Imposition fortuite d’une présence qui soumet l’humain, le rend esclave et peut même l’entraîner à sa perdition. Qu’y a-t-il à dire de ces trois volontés?

Concernant le sujet divin de la vie spirituelle, il y a très peu à dire : « …il convient plutôt de se taire et de le vénérer par le silence. » (Mt 16,37; Éph 2,8; Jn 14,23). L’élément démoniaque constitue l’obstacle (1 Pi 5,8; Éph 6, 11. L’humain aura donc à se battre, à demeurer vigilant. L’enfant prodigue (Lc 15, 17-20) comprendra, dans l’ultime effort d’éviter la dérive : « Rentrant alors en lui-même, il se dit :…j’irai vers mon père…il se leva donc et alla vers son père ». Un acte salvateur qui place l’agir humain dans l’agir divin. Il y a naissance d’un jeune homme nouveau. Il n’est plus seul, isolé et prisonnier de lui-même.

Revirement entier, changement profond, tourner le dos à ce que je fus et à tout ce qui a été la trame de ma vie, voilà la rupture définitive imposée par une vie spirituelle bien incarnée dans l’ici et maintenant mais qui épouse l’Esprit du divin et abandonne l’esprit du monde et toutes ses convoitises. L’humain se divinise tout comme le divin est devenu humain (Incarnation). Cette nouvelle vie n’est en rien une même vie à laquelle on ajouterait quelques pratiques religieuses, quelques lectures et attitudes pieuses. Un combat contre soi-même. Se faire violence pour faire émerger le meilleur de soi-même. Passer de la mort à la vie en plénitude. Ressusciter dès maintenant, ici dans le cours de ma vie. Cela me rend meilleur pour moi-même et pour les autres.

C’est un combat continu, soutenu, de tous les instants de la vie spirituelle (lire Lc 9,62). Rares sont les chrétiennes et les chrétiens authentiques qui assument les exigences évangéliques, car pour cela il faut avoir décidé à temps et à contretemps de se lever et de marcher vers…

Que cette année 2009 devienne une étape décisive de ce que je veux être et devenir…en acceptant le défi de rompre avec ce que je fus jusqu’ici et avec tout ce qui a meublé ma vie sans jamais rassasier réellement ma soif de bonheur et de joie exaltante.

 Yvon R. THÉROUX



La lumière est la puissance même du silence

            "On ne doit tuer, ni maltraiter, ni injurier
            ni tourmenter, ni pourchasser aucune sorte
            d'être vivant, aucune espèce de créature,
            aucune espèce animale, ni aucun être d'aucune sorte.
            Voilà le pur, éternel, et constant précepte de la religion,
            proclamé par les sages qui comprennent le monde."
            Ayaram Gusatta, moine jaîn (VIIe siècle avant notre ère)*
 

            Décembre est un mois de lumière non seulement à cause du solstice d’hiver mais bien plus à cause d’événements que nombre d’humains portent en leur mémoire et dont ils veulent partager le souvenir vivant. La journée du 10 décembre est celle des Nations Unies en faveur du respect des droits humains dans le monde. Elle évoque le silence rédempteur de toutes celles et de tous ceux qui subissent l’affront éhonté d’autres humains  qui veulent s’accaparer les richesses naturelles de leur territoire, saccager leurs propriétés, éradiquer leurs valeurs culturelles et spirituelles. Nous savons tous que garder le silence sur ces faits réels qui relèvent de la politique et de l’économie de marché à l’échelle mondiale fait de nous  des complices. Mais les petites voix qui s’élèvent à cette occasion sont la lumière de l’espoir. Elles ne sont pas couvertes par la toute-puissance médiatique. Mais tous les petits pas faits dans la direction de la lumière  brisent le silence et redonnent vie. L’onde lumineuse est aussi paradoxale.

Du 22 au 29 décembre, dans le monde juif, c’est Hanoukkah : fête de lumière et souvenir de la dédicace du Temple profané en 164 avant notre ère. Une grande souffrance qui a vaincu l’ennemi dans le temps. Désespérer? C’est un mot que ce peuple ignore. Les pires ténèbres se dissipent quand on alimente une lumière intérieure faite d’espoir et de détermination, de courage et de foi inébranlable. Le silence des années, voire même des siècles, dégage une puissance de transformation qui reconfigure l’histoire de l’humanité.

Ainsi en est-il de la grande fête de la naissance de Jésus commémorée dès le 24 décembre au soir. Une arrivée bien discrète dans cet univers. Curieusement, c’est la lumière d’une étoile silencieuse qui va orienter les premiers témoins. Le silence des Mages viendra à bout de la puissance d’Hérode. Toute la longue préparation de Jésus à une vie publique tumultueuse se fera dans le silence du petit village de Nazareth. Lieu si peu séduisant qui ne devait jamais faire surgir de personnalités célèbres!. Le silence fut la meilleure arme de ce prophète juif reconnu comme messie par plusieurs, et ses paroles et gestes avaient le don d’illuminer les cœurs et les esprits de gens de son temps…et cela demeure vrai encore de nos jours.

Si le 29 décembre est le nouvel An musulman 1430, le 1er Muharram, c’est dire la joie du recommencement et l’espérance de vivre plus lumineusement l’année qui émerge du silence des âges. Le même jour, en Iran, on commémore la mort de Zarathoustra (Zartusht-no Diso), ce grand réformateur de l’ancienne religion perse, le mazdéisme. Grande religion qui fit la lumière – avant même les grands traditions monothéistes – sur des  concepts comme la résurrection, une vie au-delà la mort, les anges comme messagers. Et je ne peux passer sous silence la fête mahayana de l’éveil de Gautama devenu Bouddha (Éveillé) sous l’arbre de l’illumination,  le 8 décembre. Ce même jour les catholiques soulignent la fête de Marie, manifestation de la résistance puissante au Malin (Immaculée Conception) dans le silence de son cœur.

Un mois de lumière et d’expressions multiples de la puissance qui connaît ses grandeurs et ses misères chez l‘humain. Puissance de l’auteur de toute création qui a besoin des humains pour se manifester à la face de la Terre, en toute lumière.

 * Citation choisie par Jean-Claude BASSET, calendrier interreligieux septembre 2007 – décembre 2008.

 Yvon R. THÉROUX
yvonrtheroux@hotmail.com




L’écologie du silence

                                  « Le silence se meurt; le bruit prend partout
                                     le pouvoir; c’est la seule calamité écologique
                                     dont personne ne parle, et c’est pourtant l’une
                                     des plus désastreuses. »
                                                                       Alain Finkielkraut

 Je fus étonné récemment de la position prise par certains écologistes concernant les cimetières dans les grandes villes. À leur dire, ces emplacements polluent. Je ne vois pas en quoi et j’avoue mon ignorance. La question qui me vient immédiatement en tête est la suivante : qu’est-ce qui pourrait bien remplacer ces espaces verts généralement ornés d’arbres matures, de fleurs et de verdure? Ces lieux que visitent de nombreuses personnes comme un pèlerinage dédié aux ancêtres. Ces lieux qui, une fois l’entrée franchie, offre tranquillité et paix, silence et sérénité. Je reste convaincu que ces « parcs du souvenir » sont encore plus appropriés pour s’évader momentanément de la cacophonie urbaine que tous les autres parcs connus qui obligent souvent la vigilance policière pour en assurer la sécurité. Peut-être a-t-on plus peur du silence (et de la mort) que je ne le soupçonnais jusqu’ici.

Il est vrai que le silence est éminemment menaçant pour toute personne humaine.

Il contraint à la réflexion, à l’introspection, il conduit à la dimension intérieure de l’être humain qui soulève un questionnement ininterrompu sur l’essentiel. Ce n’est pas du tout reposant. C’est un travail qui draine beaucoup d’énergie. Il comprend, au surplus, quelques risques bien identifiables.

            Le premier risque c’est un changement d’orientation de la part de la personne. Ayant remis en question ses valeurs, sa façon d’exister pour mieux vivre et vivre pleinement, elle se tourne résolument vers un présent totalement assumé et un avenir bâti avec de nouveaux matériaux. Un regard neuf et renouvelé. Il est d’ailleurs intéressant de comprendre pourquoi des personnes ayant fait une expérience de mort imminente (EMI) change radicalement le cours de leur vie et que plus rien n’apparaît comme auparavant. Une analogie fort révélatrice : certaines personnes plongées dans un silence profond et qui reviennent à la pleine conscience ont « appris »  des réalités éminemment importantes. Elles les intègrent volontiers à leur vie qui continue mais qui se métamorphose de manière incomparable et incommensurable.

            Un deuxième risque, c’est de devenir quelque peu « étranger » aux yeux de beaucoup de personnes de l’entourage immédiat. Le changement subit désoriente. On était tellement habitué à  voir cette personne  de telle ou telle façon. Passer d’une perception superficielle à une relation qui oblige à voir autrement, c’est devoir reconnaître des dynamismes de la vie intérieure qu’ignorent trop  de personnes. C’est en effet plus facile, plus aisé, plus « cool » d’être comme tout le monde et d’être – comme on le répète souvent – de son temps. Durant cette mutation sévère que nous traversons comme société et comme civilisation, je ne m’étonne plus de cette soif de silence de tant de personnes de tous les âges.  Elles vont à contre-courant…et cela est fort révélateur.

 Yvon R. THÉROUX
 



Dans la vraie vie, méditer donne-t-il des résultats ?

La recherche scientifique contemporaine s’intéresse à cette question justement. Un film de l’O.N.F. du Canada reprend à son compte divers résultats des neurosciences analysant les effets physiologiques de la pratique méditative : Le cerveau mystique(1). Les recherches états-uniennes sont antérieures , mais toutes confirment certains résultats similaires. Et cela s’applique quelle que soit l’approche méditative de l’une ou l’autre des traditions religieuses concernées, y compris aussi les approches séculières de la méditation. D’ailleurs, un certain nombre de méditantes et méditants s’applique à cette discipline pour des retombées personnelles, étrangères aux fruits escomptés dans un contexte spirituel ou religieux.

Si la méditation devient un outil efficace pour gérer le stress, renforcer la mémoire, retrouver une meilleure concentration, on peut comprendre l’intérêt grandissant de nombreuses personnes, surtout si des confirmations scientifiques abondent en ce sens. Il faut cependant être prudent devant certaines écoles de méditation qui semblent promettre mer et monde à des clients soucieux de résultats rapides, efficaces et efficients moyennant des sommes d’argent non négligeables.

La méditation authentique, séculière, spirituelle ou en contexte religieux s’accommode mal du prêt à mesurer sur demande. Elle fait partie d’un apprentissage exigeant. Tout aussi exigeant que le jeune athlète qui se voit honoré(e) par un trophée ou une médaille suite à des années d’entraînement physique, de régime alimentaire strict et d’horaire équilibré entre la vie d’étude, la vie sociale, la vie amoureuse et la pratique d’un sport choisi. La méditation n’a pas de lien avec la pensée magique. Simple, bien sûr, mais elle demeure une discipline exigeante. Toute personne qui médite demeure perpétuellement une débutante. Car on reprend à chaque fois l’effort soutenu et continu d’un même cheminement répétitif et renouvelé.

On ne médite pas en vue de se mettre en vedette. Résolument non !  Pour se convertir à l’essentiel ? Assurément. Ce qui veut dès lors signifier un changement intérieur profond. Le diamantaire qui a entre les mains une pierre précieuse à l’état brut va la ciseler, la travailler facette après facette, la polir jusqu’à ce qu’en jaillisse toute la valeur intrinsèque. Elle a un grand prix.

Oui, la méditation apporte des fruits. Ce qui reste étrange, c’est que souvent ce sont des personnes de l’entourage, parents et ami(e)s d’une personne méditante qui découvrent ces fruits. Elles vont exprimer des changements subtils mais vrais opérés chez cette personne sans connaître la source de ces résultats qui ne mentent point.

On dira d’elle qu’elle est plus calme, plus pondérée, plus sereine. Qu’elle juge moins les autres qu’auparavant. Elle est plus réfléchie. Elle intègre mieux son travail professionnel à ses responsabilités familiales. Elle est moins superficielle et moins attachée aux apparences. Elles reprennent les fruits décrits par Saint Paul – nous y reviendrons le mois prochain – mais sans le savoir. Car une personne humaine debout et qui rayonne de joie constitue un préalable avant même de s’identifier comme juive, chrétienne, musulmane, hindoue, bouddhiste etc.

                                                                                 

(1) Résumé

Peut-on faire la lumière sur les états de grâce vécus par les mystiques et les personnes en état de méditation? Dans Le cerveau mystique, la documentariste Isabelle Raynauld fournit l’occasion d’accéder au coeur du chapitre le plus récent de la recherche scientifique portant sur ce phénomène.

Des carmélites et des moines bouddhistes ont accepté de se prêter à l’expérience. « Je suis convaincu que la nature bouddhique se trouve quelque part dans le cerveau », déclare le Dalaï-lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains. Le film nous présente, notamment, les travaux exploratoires d’une équipe de l’Université de Montréal.

L’extase mystique serait une expérience profondément transformatrice. Elle pourrait contribuer au mieux-être psychique et physique des êtres humains et permettre de soigner la dépression ou d’accélérer la guérison des patients qui allient la méditation aux traitements médicaux classiques.

Professeure de cinéma, Isabelle Raynauld est une documentariste chevronnée et une scénariste reconnue
. Production  Colette Loumède.  Maison de production  Office national du film du Canada

2006, 52 min 15 s   (extrait du site suivant : http://www.onf.ca/collection/films)

 


Ne pas confondre relaxation et méditation

Étonnant, dirons plusieurs, de voir surgir un peu partout un tel engouement pour la méditation à notre époque. On constate qu’à chaque période, variable dans le temps, marquée par une profonde mutation culturelle et des chambardements économiques et politiques majeurs, correspond l’émergence de courants alternatifs qui viennent, en contrepoids, assurer un équilibre salutaire. Parfois, on a l’impression que les dimensions du sacré, du spirituel et du religieux s’estompent au point de laisser croire à leur disparition quasi totale et définitive. Dans toutes les cultures et civilisations du passé on peut observer des cycles récurrents. Il y a effectivement des mouvances et des déplacements de ces dimensions. Des disparitions, assurément, mais de nouveaux surgeons apparaissent sous de nouvelles formes. De toute manière, chaque génération doit adopter pour ses besoins spirituels manifestes, des récits, des rites et des règles qui répondent à ses aspirations authentiques tout en les adaptant à la culture propre de son temps.

J’observe parfois que des exercices de relaxation dans certaines écoles du primaire ou du secondaire sont confondus avec la méditation. On veut aider le jeune à apprendre à gérer son stress, à retrouver une zone de confort intérieure faite de tranquillité et de paix. Ces efforts sont dignes de mention et on doit les encourager. Mais, dans le contexte de la méditation, ils correspondent davantage à un stade préparatoire à celle-ci. Bien sûr qu’il faut obtenir une immobilité extérieure qui permettra d’accomplir progressivement l’immobilité intérieure. C’est pourquoi toutes les formes de méditation font appel également au corps, à l’esprit, voire même au cœur. La posture du corps a son importance. Le dos bien droit, perpendiculaire, les pieds bien ancrés au sol, les mains déposées sur les cuisses. Ensuite on ferme lentement les yeux. Dans la méditation chrétienne selon Dom John Main, bénédictin, il est question de s’affranchir de toutes les pensées, idées ou images pour concentrer son esprit – avec la plus grande attention possible (relire la chronique L’attention comme boussole indispensable dans ma vie ) sur le seul mot prière ou mantra : MARANATHA  (mot araméen dans la langue maternelle de Jésus de Nazareth, que l’on trouve dans la Lettre de Paul aux Corinthiens, 16, 22 et dans Apocalypse 22,20 et qui se veut un cri du cœur, un  appel de tout notre être : Viens Seigneur !).                          

Il faut demeurer détendu mais vigilant. Pendant les vingt minutes qui suivent un court extrait musical, me préparant ainsi à l’immobilité intérieure,  écouter l’écho du mot prière MARANATHA qui se dit au plus profond de mon être dans un silence extrême. Ce vingt minutes, matin et soir, est un véritable cadeau que je me fais à moi-même : je me réserve un espace pour me recueillir (faire l’unité de mon être), attentif et silencieux, pour l’écouter Lui se dire à moi tel qu’Il est. C’est, en quelque sorte, provoquer en moi l’éveil à l’essentiel. Pour y arriver, il faut éviter des attentes particulières (extraordinaires, spectaculaires ou inédites). Ne pas évaluer son temps de méditation, ni soi-même par conséquent. Finalement, persévérer à temps et à contretemps. Une discipline simple mais combien exigeante. Comme l’alpiniste qui veut arriver au sommet malgré tous les obstacles rencontrés en cours d’ascension.(1)

Yvon R. Théroux  (yvonrtheroux@hotmail.com)

                                                                                                         

(1)   Roger Frison-Roche, Premier de cordée, Grenoble, Arthaud,  1942. Un roman lu alors que j’avais 18 ans et qui a marqué ma vie. Un classique qui inspire toute personne à aspirer à plus que ce qu’elle croit être.

L'histoire

Premier de cordée parle d’un jeune homme, Pierre Servettaz, qui vit à Chamonix dans les années 1930-1940. Le garçon aimerait exercer la même profession que son père : guide de montagne. Il est en formation d'hôtelier et se prépare à passer l’examen de guide. Quand un jour lors d’une escalade son père est foudroyé au sommet de la montagne, Pierre décide d'aller récupérer le corps de son père : accompagné de ses amis il se lance donc dans une escalade périlleuse. Pendant cette escalade il manque d’y laisser sa vie en tombant d'une falaise. Quelques mois plus tard, après s’être remis de sa chute Pierre découvre qu’il a le vertige. Il décide de surmonter cette peur et de devenir guide en l’honneur de son père. (Voir encyclopédie Wikipédia en ligne).



Éthique et culture religieuse : quand il est question de prière et de méditation

 L’implantation de ce nouveau programme dès le mois prochain permet d’y trouver des richesses insoupçonnées. Ainsi, à la référence suivante Éthique et culture religieuse, Primaire, Version approuvée, Gouvernement du Québec, Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Direction générale de la formation des jeunes, Direction des programmes, Québec, le 27 août 2007, p. 71, nous pouvons y lire, concernant le deuxième cycle du primaire, dans les éléments de contenu, sous le titre Des pratiques de prière et de méditation des réalités importantes issues de diverses traditions religieuses. Il y a un accent porté sur les aspects externes de la prière et de la méditation. Pour enrichir ce chapitre il faudrait distinguer, minimalement, les grands types de la prière.

Il y a bien sûr la prière orale, récitée ou psalmodiée, parfois même chantée. Elle est souvent contenue dans diverses formules, tirées des Livres sacrés ou produites par des auteures réputées ou des auteurs reconnus. Elle est facilement accessible à toutes et tous. Les enfants, dans toutes les traditions religieuses, les apprennent de bon cœur dans le circuit familial ou celui de la formation religieuse dans leur communauté d’appartenance. Intégrées à leur vie, ces prières apprises reviendront selon un rythme que va scander la foi vécue.

Puis la prière liturgique qui préside les grands rites, les fêtes à caractère religieux, les rassemblements de croyantes et de croyants. Elle est essentiellement communautaire, empreinte de symboles, de paroles solennelles et dirigée par une femme ou un homme selon la tradition religieuse ou un de ses courants internes. Plus généralement, on identifie la prière liturgique aux grands rites de passage (naissance, maturité sociale ou/et religieuse, mariage et mort).ou lors de grandes fêtes marquantes d’une tradition religieuse spécifique (Fête du Nouvel An, fête de la Lumière, fête du Pardon etc.).

Enfin, la prière contemplative ou méditation. Dans certaines traditions, la méditation est le fondement même de son existence (bouddhisme, soufisme) ou une voie privilégiée parmi d’autres ( hindouisme/yoga). Dans certaines autres, elle fut en un temps, fort présente et accessible à toutes et tous.. Puis elle disparut pour se cantonner auprès de groupes précis (moniales chrétiennes et moines chrétiens). Au tournant du XXIe  siècle, des traditions retournent aux racines de leur histoire et redécouvrent cette forme de prière contemplative ( judaïsme et christianisme : Méditation juive. Guide pratique1 ; Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque2. Méditation chrétienne dans le sillon de John Main, moine bénédictin (consultez les sites web www.meditationchretienne.ca, www. meditationchretienne.org et www.wccm.org), la méditation hésychaste des Églises orthodoxes (consultez le site web suivant : www.centre-emmaus.qc.ca). Voici un troisième et dernier exemple, le Centering Prayer avec le moine cistercien Thomas Keating (www.centeringprayer.com); une communauté francophone de ce type de méditation existe à Sherbrooke avec l’abbé Bernard Dionne.

Des personnes voulant retourner à leur tradition religieuse originelle – après une absence plus ou moins prolongée - y reviennent par la porte discrète et silencieuse de la méditation. Les communautés de méditation  se caractérisent par leur accueil chaleureux, celui du regard attentif plus que de la parole3. Ce ne sont pas prioritairement des groupes sociaux. Ces personnes forment une communauté soucieuse d’accompagner chacune et chacun dans l’effort d’unité intérieure (recueillement), d’attention intériorisée, de silence et d’écoute du « Tout Autre » qui habite le tréfonds de chaque être. Souhaitons des collaborations assidues entre les enseignantes et enseignants de ce nouveau programme et leurs collègues, animatrices ou animateurs à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire. Ce n’est pas un programme pour la performance d’érudition, mais surtout pour une compréhension cordiale et expérientielle du phénomène religieux, de la contribution des traditions religieuses à l’éthique, et la formation au dialogue interculturel et interreligieux.  Quant aux communautés confessionnelles qui président à la formation religieuse de leurs fidèles, petits et grands, elles auraient avantage à maîtriser ce programme, ne fut-ce que pour s’ouvrir à la fécondité du dialogue dans le respect intégral des autres et pratiquer la « Règle d’or » que l’on retrouve manifestement exprimée dans tous les écrits de traditions philosophiques et religieuses : « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te soit fait ».

 
Yvon R. Théroux




- L'écoute,
une clé d'ultime compréhension de soi-même, des autres et du "Tout autre".

Entendre est le propre de l'ouïe, un sens relativement développé chez les humains. Avec certaines variables d'intensité selon les individus. On ira même jusqu'à qualifier des habilités liées à l'ouïe. Telle personne a "l'oreille musicale"; une autre capte des sons quasi inaudibles pour la majorité; une personne ainée est "dure d'oreille" et cela devient un handicap.

Au sens figuré, on dira d'un individu qu'il n'entend rien de ce que je lui dis ou que je tente de lui expliquer. L'émotion n'aura pas d'oreille pour entendre raison. Un être humain perçu comme très rationnel n'entend pas ce que le coeur veut exprimer. En définitive, on entend ou pas pour des raisons physiologiques ou à cause de motifs psychologiques qui peuvent induire des blocages empêchant d'entendre. Bref, il y a des surdités qui ne sont pas d'ordre physique. N'y a-t-il pas plus sourd que celle ou celui qui ne veut pas entendre? Écouter, est-ce différent?

L'écoute est la résultante d'un apprentissage exigeant et n'est pas nécessairement liée à l'organe de l'ouïe. Je vais évoquer dès maintenant le cas de Beethoven, ce grand musicien frappé par la surdité à l'âge de 32 ans, au sommet de son art, et qui pourtant composera des oeuvres grandioses: d'exceptionnelles sonates pour piano (notamment la Tempête et la Chasse, opus 31), la deuxième et la troisième symphonie - l'Eroïca - et bien d'autres. Beethoven aimait dire qu'il composait ses pièces musicales en écoutant intérieurement des partitions qui se révélaient à lui.

L'écoute intériorisée est du même type que le "révélateur" en photographie: progressivement se manifeste avec force et détails ce qui était au départ flou et indescriptible. La configuration devient nette et précise et enchante l'oeil de l'artiste ou l'oreille du musicien. L'écoute peut permettre de se découvrir soi-même intérieurement au-delà des apparences, des images et des clichés.

C'est qu'elle met en branle la réflexion, la pensée. L'écoute ne s'alimente guère du superficiel. En revanche, elle nourrit les racines de notre être essentiel, abreuve le terreau qui nous singularise et syntonise avec justesse la vérité de qui je suis foncièrement. Elle m'aide grandement à me découvrir tel que je suis.

Les gens d'écoute sont ces personnes qui ont pratiqué l'écoute attentive d'elles-mêmes. Elles sont généralement reconnues pour leur grande capacité à percevoir, voir, comprendre, saisir même le langage non verbal (sans sonorité). Peu bavardes, ces personnes d'écoute. Bien appréciées par les gens qui vivent une remise en question, une forme ou l'autre de peine, de souffrance ou de détresse et qui se confient à elles. Souvent silencieuses, toujours attentives, elles ont réussi leur propre bilan de vie en écoutant vivement ce qui se passe intérieurement.

L'écoute est le quatrième et dernier ingrédient de la méditation qui me dispose à l'écouter Lui, le "Tout Autre" qui habite le tréfonds de mon être. En m'affanchissant, au surplus, de toutes les idées, conceptions ou images sur Dieu que je véhicule depuis parfois trop longtemps, je me dispose, au coeur de la méditation, à L'écouter pour qu'il se révèle à moi tel qu'Il est.

Le Credo, le "je crois" de la tradition juive débute par ces mots révélateurs; "Écoute Israël", souviens-toi de ce qu'a fait Yahvé pour toi. Dans le livre du Deutéronome, le passage suivant est fort explicite:

"Fais silence et écoute, Israël. Aujourd'hui, tu es devenu un peuple pour Yahvé ton Dieu.
 Tu écouteras la voix de Yahvé ton Dieu, et tu mettras en pratique les commandements
 et les lois que je te prescris aujourd'hui." (Dt 27, 9-10)

Reprenons à notre compte ce passage en nous remémorant tout ce qu'Il a fait pour nous, et écoutons en silence sa voix dans bruissement de la brise légère (Élie). Méditons.

Yvon R. Théroux

Je consulte les site suivants: http://www.wccm.org  (Communauté mondiale de la méditation chrétienne)
                                           http://www.unitasmeditation.ca (Un centre oecuménique de méditation chrétienne et de spiritualité)                                            http://www.interbible.org (Écouter les Écritures avec l'intelligence et le coeur)
                                           www.meditationchretienne.ca  


 

- Le silence,
l’ingrédient d’un mode d’être tout à fait étrange!   
      

Jusqu’ici j’ai réfléchi avec toi sur le recueillement et l’attention dans le cadre de l’expérience d’intériorité. Mais les deux deviennent possibles qu’avec le silence! On peut spontanément penser que le silence est d’abord absence de bruit. Ce n’est pas du tout faux mais c’est incomplet. Si le silence extérieur évoque un lieu ou un temps de sérénité, de paix et de tranquillité, il est certes désirable pour ponctuer le rythme de nos vies dans la farandole de nos nombreuses activités. Mais lorsqu’il est question du silence intérieur, c’est traiter d’un tout autre aspect. Partons de l’enseignement de John Main, ce moine bénédictin qui a réintroduit la prière contemplative (ou méditation) pour toutes et tous, de 1977 à 1982 à Montréal même. Il insiste avec vigueur sur le silence que j’oserais qualifier d’extrême. Non pas que le silence peut être absolu – au contraire, il ne peut l’être -! Je pense plutôt à ses consignes quand il nous invite courageusement à nous affranchir de toutes les pensées, images, fantasmes durant les 20 à 30 minutes de la méditation.

Certaines personnes ne comprennent pas que John Main incite aussi les méditantes et les méditants à se libérer des images et des  idées concernant Dieu lui-même. Jongler avec mes idées de Dieu ou sur Dieu, avec mes images que je me fais de Lui depuis ma tendre enfance, voilà bien, au même titre que mes occupations et préoccupations quotidiennes, des sources sûres de distraction. Les autres formes de prière, orale et liturgique, se réalisent par et dans  la parole, le chant, la demande, l’action de grâce. La prière contemplative ou méditation est d’un genre différent. Si je me sais habité(e) par Dieu, je dois créer un espace de silence extrême, pour le laisser se dire à moi et me laisser la pleine liberté intérieure de l’écouter, simplement l’écouter pour le saisir dans sa réalité et non comme je l’imagine.

John Main signale souvent que la méditation chrétienne est d’une grande simplicité, et il rajoute sur-le-champ, d’une grande exigence aussi. En fait, la difficulté majeure provient du silence intérieur à réaliser. C’est l’ingrédient primordial pour se disposer à l’écoute, et j’en traiterai au mois de mai prochain. C’est un mode d’être qui nous est peu familier. De tous les temps, d’hier à aujourd’hui, le silence intérieur apparaît étrange. Il a quelque chose de bouleversant sans qu’il opère par des manifestations extraordinaires. C’est d’ailleurs pourquoi il ne faut pas avoir d’attentes quand on médite : ni rien de merveilleux, ni rien de miraculeux, ni rien, au surplus, de magique. La simplicité, liée au silence intérieur, opère de façon imperceptible, gré à gré. Ce sont souvent les proches de l’entourage immédiat de l’individu méditant qui constatent de légers changements positifs , constructifs et constitutifs de la personnalité. Le silence intérieur est un sculpteur discret, voire même secret qui nous aide à faire de notre vie une œuvre d’art. Voilà l’accomplissement des gens qui se tiennent debout tant dans leur humanité que dans leur foi profonde et authentique.

Yvon R. Théroux




 
- L’attention comme boussole indispensable dans ma vie
 
« Le recueillement est le fruit de l’attention, seconde composante de la posture du sujet spirituel. Aussi est-il d’une  importance primordiale de porter attention à l’attention."  Richard BERGERON 1

 Dans notre monde d’aujourd’hui nous entendons parler souvent de déficit d’attention. Il semble bien que ce soit contraire à notre capacité de pouvoir comprendre, analyser et faire la synthèse de ce qui se passe dans notre environnement habituel qui n’est pas seulement extérieur. Quand une personne veut observer, elle se munit d’instruments qui vont l’aider à mieux réaliser ses observations. Celle qui observe les oiseaux a des lunettes d’approche qui ont été conçues expressément pour cette fonction. L’astronome amateur se procure un télescope parmi les plus performants. Dans le premier cas, l’observation, pour très bien réussir, exige le silence le plus complet pour ne pas interférer dans la vie de l’oiseau observé dans son habitat naturel (prairie, savane, forêt, littoral etc.). L’autre observera le silence sidéral des espaces célestes. Observer, c’est ultimement être très attentif.

Porter attention à soi c’est vouloir, dans un premier sens, se saisir dans sa réalité avec ses forces, ses potentialités, mais aussi avec ses faiblesses et ses limites. C’est une observation fort attentive de qui je suis vraiment. Sans me diminuer, sans me grandir au-delà de qui je suis. Bref, c’est simplement de faire la vérité en moi. Une vérité qui libère quand je suis authentique d’abord avec moi. Car, comment être vrai avec tous les autres de mon entourage si je ne suis pas vrai avec moi? La plus grande des libertés est la liberté intérieure : celle qui me promeut à une vie meilleure. Je me dis souvent que la vie est simple, pas du tout compliquée…mais que les humains ont la fâcheuse manie de la compliquer à souhait  avec leurs entourloupettes, leurs scénarios comiques ou dramatiques ou tragiques, avec leurs feintes et multiples stratégies, avec leurs racontars, bavardages et clavardages, commérages et ragots et je ne sais trop quoi! Et qu’en est-il des autres?

Dans un deuxième sens, porter attention à soi signifie être pleinement conscient de la qualité de mes relations avec autrui qui est totalement redevable à la qualité de ma propre vie que je prends le temps de polir, de corriger, d’améliorer toujours dans la vérité de qui je suis. Pour cela il me faut puiser intérieurement le meilleur de moi-même. L’attention est la véritable boussole de ma vie. Surtout si mon objectif de vie est de toujours devenir meilleur à mes yeux pour rendre les autres plus heureux. Je saurai à partir de là inspirer les autres, humblement et simplement. Et qui sait si cela ne viendra pas contribuer chez certains à aspirer à devenir vrais à leur tour? Entreprise difficile, certes, mais pas impossible. Un défi pour femmes et hommes qui veulent marcher debout avec fierté et grandeur. La méditation est un lieu privilégié de l’exercice de l’attention. Un apprentissage exigeant pour qui aime la vie en plénitude. Il n’y a pas d’âge idéal ou prescrit pour entamer d’une nouvelle manière ou poursuivre le pèlerinage dans cette existence-ci. Porte toute l’attention nécessaire à toi. Le reste suivra, car cela relève du spirituel vrai.

 1 BERGERON, Richard, La vie à tout prix! En quête d’un art de vivre intégral,  Montréal/Paris, Médiaspaul, 2006.  183 p. (Chapitre 8 fortement recommandé).

 Yvon R. Théroux 



- « Le silence comme un souffle ténu » (Élie)

 Chers jeunes et chères personnes de tous les âges,

 J’accepte aujourd’hui l’invitation de vos responsables et animateurs d’écrire une chronique mensuelle liée à l’expérience de l’intériorité. Parmi toutes les expériences humaines, elle se situe probablement pour un grand nombre dans l’ombre de la vie privée, discrète, voire même secrète. Elle fait partie de notre vie intime. Elle exprime souvent un besoin senti ou ressenti quand une réalité s’écroule, quand l’on se sent dépassé par les événements, quand on connaît l’échec ou la perte. Cela affecte et déstabilise notre vie.

Car elle se compose beaucoup d’occupations et de préoccupations. Il n’est pas du tout naturel de se sortir du trafic de la vie active des études, de l’emploi, des engagements sociaux, amoureux, sportifs, et pour certains, des  responsabilités familiales. On a parfois l’impression que notre vie se déroule rapidement comme un bon film sans annonces publicitaires. Le bruit scande nos heures quotidiennes : en son absence on se munit d’écouteurs avec les fournisseurs technologiques les plus récents. On est de son temps, quoi? Aimer la vie, croquer à pleines dents tous les instants qui la meublent est, certes, un signe de santé tant au plan physique, que psychologique et spirituel. Essoufflé, on a parfois simplement le goût étrange de se retrouver seul, en silence, en paix. Quand on sort d’une grande ville pour se retrouver dans un paysage inspirant qui nous calme et nous aide à nous recueillir, c’est que nous sommes au seuil d’une expérience d’intériorité. Car se recueillir veut simplement signifier se ramasser, s’unifier intérieurement, faire un bilan avant de reprendre la route. Et cela est aussi un signe de bonne santé. Le silence facilite ce recueillement. Il est l’étoffe même de l’Univers.

 Le silence extérieur d’un lieu choisi, pacifiant, en pleine nature ou dans un monastère est de même parenté. Mais c’est tout un défi que de provoquer un silence intérieur, libéré des images, des idées, des pensées. La rencontre avec l’Auteur de toute vie se réalise dans le silence. Élie (1R 19, 9-14) en a fait l’expérience. Dans le bruit d’une brise légère, Élie reconnut la présence de Yahvé et non dans le bruit de l’ouragan, du tremblement de terre ou le crépitement du feu. Remarque tout autour de toi : le soleil se lève et se couche dans le silence, la fleur de l’hibiscus voit le jour dans le silence…

 Si tu veux aller plus loin dans cette réflexion, rends-toi sur le site suivant en cliquant sur MÉDITER :   www.meditationchretienne.ca           …et à la prochaine.

                                                                                                                      Yvon R.Théroux


RP Source
    http://www.grouperavi.org/rp/archive_meditation.html
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