Il y a quelques mois à peine, avait lieu à
Saint-Lambert, chez les sœurs des Saints Noms de Jésus et de
Marie (SNJM), une
rencontre interreligieuse sur le thème de la non-violence. Une
expérience
exemplaire en milieu chrétien qui réunissait pas moins de
150 religieuses et
personnes associées. Qu’avaient à dire sur ce
thème, contrariant pour notre
époque et controversé pour les non initiés, les
représentantes ou représentants
de l’hindouisme, du bouddhisme, du judaïsme, du christianisme et
de l’islam? Un
message similaire sur une valeur fondamentale de l’humanité, la
non-violence.
Ce fut une prise de conscience
réelle et
authentique.
L’humain, quand il perd de vue sa nature
animale,
est alors souvent pris en flagrant délit d’actions
grégaires et instinctives.
La solution de la violence colore ses pensées et ses
mouvements :
L’autorité devient abusive, les relations exacerbées
tuent toute confiance et
installe la méfiance, le pouvoir s’érige à partir
de la force excessive, les
préjugés se nourrissent à même la peur et
l’ignorance. On exclue beaucoup en se
réservant des exclusivités. On bafoue des personnes,
sœurs et frères humains,
sous le moindre prétexte. C’est la cacophonie, l’anarchie. Le
gain du pouvoir,
de la richesse, de la notoriété, de la
célébrité enivrent les esprits. Après
coup, on se pose les questions suscitées par des crimes de
guerre, des crimes
contre l’humanité, des agressions ou voire même le
génocide. Mais y a-t-il des
antidotes à cette maladie grave de l’humanité?
Assurément! La non-violence est
une solution pragmatique faisant appel à l’intelligence humaine
et à sa
capacité de se dépasser dans un investissement solidaire
et cordial.
La non-violence est d’abord et avant tout une attitude de tout l’humain, corps,
cœur, tête, âme. C‘est une disposition de l’être tout
entier à exploiter le
meilleur de lui-même et à inciter
d’autres à en faire autant. Pour cela il faut avoir
intégré le difficile
apprentissage d’être vrai avec soi pour l’être ensuite avec
d’autres. En termes
spirituels et religieux cela fait appel à l’expression faire techouvah
(Hébreu),
ou au terme grec de métanoïa, ou la conversion…profonde et
authentique,
véritable retour à l’essentiel.
Au cœur de l’hindouisme, du jaïnisme
et du
bouddhisme l’ahimsâ est un
concept qui recommande la non-violence et le respect intégral
pour toute vie,
humaine et animale. Le terme ahimsâ
apparaît pour la première fois dans les Upanishad et dans
le Raja Yoga, c'est
le premier des cinq yamas, ou les vœux éternels, les
restrictions du yoga.
Mohandas K. Gandhi
(1869-1948) , en effet, n'a pas
« inventé » la non-violence. À son
avis, celle-ci s'enracine dans les
plus anciennes traditions religieuses, spirituelles et philosophiques
qui
constituent le patrimoine universel de l'humanité. Dans la
perspective de
Gandhi, l'ahimsâ, sous sa forme active, s'exprime par la
bienveillance à
l'égard de tout ce qui vit. C'est l'amour pur. Le christianisme
dirait l’agapè Cette réalité va
à l’encontre d’une
culture fondée sur la seule performance et la concurrence.
Dans le judaïsme,
le terme shalom dérive de la racine
shin-lamed-mem
(ש.ל.ם), qui possède de nombreuses
parentés dans les langues
sémitiques, et signifie entièreté,
complétion, achèvement,
bien-être, autant de concepts qui
pourraient se résumer dans le
mot paix. C'est pourquoi l'usage de shalom
dans la Bible
hébraïque fait souvent référence
à des conditions liées à la paix :
sécurité, santé, prospérité des
individus et des nations. "Je forme la lumière et Je crée
les ténèbres; Je fais la paix...", c'est-à-dire
"J'établis le shalom entre la
lumière et les ténèbres" Isaïe,45,7.
Dans le christianisme,
Jésus a
subi la violence sans y répondre, tout en luttant contre les
injustices. La
non-violence évangélique n’exclut pas, en soi, de
possibles conflits, mais elle
respecte ultimement la vie. «Vous
avez
entendu qu’il a été dit : “Œil pour œil et dent pour
dent” (Ex 21,24). Eh bien
! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant ; au
contraire, quelqu’un te
donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore
l’autre… » (Mt
5,38-42). Voilà l’attitude non violente de Jésus dans les
Évangiles. Elle est
plutôt radicale, et pour certains peu crédible.
De plus, il
est impératif d’ « aimer
ses ennemis ». « Vous avez entendu qu’il a
été dit : “Tu aimeras ton prochain
et tu haïras ton ennemi.” « Eh bien ! moi je vous dis :
aimez vos ennemis,
et priez pour vos persécuteurs…» (Mt 5, 43-45). La
non-violence est une attitude
engagée envers celles et ceux
qui la subissent. Elle est un parti pris pour les marginaux, les
laissés pour
compte, les sans parole.
Dans l’islam,
il
est d’abord question de miséricorde, de tolérance et
d'humanisme. Quand on renvoie
tout l’islam au seul concept de « djihad », au
sens prétendu et
réductif de guerre sainte, on occulte son sens premier,
réel et vrai, à savoir
"faire des efforts, lutter". Mahomet a expliqué que le plus
grand
« djihad » est celui "qu'une personne effectue
contre
soi-même". Si ce concept inclut aussi celui de la guerre
défensive, il
exclut toute agression contre des innocents, car autrement il serait synonyme d’injustice. Et telle n’est pas la
volonté d’Allah,
le Miséricordieux..
C’est un éclairage lumineux pour la foi de chacune
et de chacun que
de saisir et comprendre d’autres traditions religieuses, leurs enjeux
et leurs
défis. Jésus dit :« Dans la maison de mon
Père il y a de nombreuses
demeures » (Jean, 14,2). Et lors de la guérison du
serviteur d’un
centurion, Jésus conclura : « …pas
même en Israël je n’ai trouvé
une telle foi. » (Luc, 7,9).